La naissance du dieu État en Occident

La naissance du dieu État en Occident



Si globalement, les occidentaux d'aujourd'hui connaissent une liberté politique et économique jamais d'abord, un risque colossal vient de naître. Il s'agit de la déification de l'État.

Par Patrick Aulnas.

Depuis toujours la liberté nous fait progresser et la servitude nous pétrifie. Cette vision optimiste de l'histoire peut sans doute être nuancée par les spécialistes. Il n'empêche. Si nous observons à grands traits notre passé, nous avons beaucoup plus inventé et évolué avec la démocratie pour la dictature. L'autoritarisme bloque nos élans créatifs quand la liberté les encourage.

Construire dans la liberté ou décliner sous l'autorité?

L'histoire de la Rome antique illustre bien cette idée. La République romaine dure environ cinq siècles, du 6 e au 1 er siècle avant J.-C. Elle crée les institutions politiques démocratiques, invente les bases de notre droit civil, conquiert tout pour le méditerranéen, réalise les merveilles architecturales et picturales.

L'Empire, du 1er er au 5 e siècle après J.-C., conduit tout d'abord à l'apogée de la puissance politique romaine, mais va suite de crise en crise: sociétés violentes du pouvoir, administration pléthorique, guerres coûteuses.

Le pouvoir autoritaire amène la décadence et la chute à la fin du 5 e siècle. Cette période d'un millénaire recèle une grande loi: les hommes bâtissent les puissances politiques dans la liberté, mais c'est la dictature de quelques-uns qui le conduit au déclin

La sonnette d'alarme au 20 e siècle

Le 20 e siècle a vraiment sonné l'alarme avec les désastres [du totalitarisme . Corrélativement, il a mis en évidence l'importance et l'efficacité de la liberté. Tous les régimes autoritaires ont échoué et même provoqué des catastrophes. Le communisme qui prétendait créer un monde idéal et juste, conduit politiquement au goulag et économiquement au déclin.

Le fascisme conduit à la seconde guerre mondiale, puis il subsiste (Espagne de Franco et Portugal de Salazar) étouffe toute évolution économique et amène la pauvreté. Quant au nazisme, pathologie individuelle et collective, il se termine par l'apocalypse dans l'Allemagne de 1945. Même apocalypse pour les Khmers rouges au Cambodge à la fin du 20 e siècle, et l'État islamique au début du 21 e .

Les salaires libres, au contraire, évolutif plus ou moins selon leur degré de liberté. Si les États-Unis deviennent la première puissance économique et militaire du monde, ils doivent être autorisés à laisser les individus créer et entreprendre en toute liberté.

Le rêve des dictateurs: contrôler notre imaginaire

Pourquoi la liberté produit-elle des fruits magnifiques alors que la servitude a causé la stérilité? Parce que deux couples s'affrontent: le vertueux et le diabolique. Liberté et créativité vont de pair pour nous amener vers le progrès, mais a contrario, la peur de l'innovation et la volonté de puissance forment le couple infernal des autocraties.

Pour innover, il faut pouvoir penser librement. Voilà le danger majeur pour tous les pouvoirs autocratiques! Leur ambition est de cantonner la masse des individus dans les activités routinières et de contrôler ceux qui les encadrent. Toute recherche libre est proscrite car elle constitue un risque pour le pouvoir.

La société doit être toute partie sous la puissance du pouvoir politique. L'autoritarisme politique, a fortiori le totalitarisme, veut contrôler et réduire notre imaginaire, élément fondamental de notre humanité.

Le grand risque du futur: le dieu État

Si globalement, les occidentaux d'aujourd'hui connaissent une liberté politique et économique jamais d'abord, un risque colossal vient de naître. Il s'agit de la déification de l'État. Celui-ci est aujourd'hui omniprésent. Il est en passe de devenir omniscient. S'il y parvient, il deviendra omnipotent, mais alors les trois caractéristiques que les philosophes attribuent à une divinité.

L'omniprésence de l'État aboutit à la densification sans précédent du droit. Rien ne semble pouvoir échapper à la folie normative. Nous vivons dans un filet réglementaire dont les mailles se rétrécissent.

Assistés par une fonction publique pléthorique, les gouvernants encadrent les citoyens, puisquent et punissent les récalcitrants. Une majorité de femmes et d'hommes s'assemble à cette lente extinction de la liberté. Ils pensent naïvement que l ' on doit combler les vides juridiques ignorant qu'ils sont en réalité des espaces de liberté.

L'omniscience de l'État a commencé à s'installer avec d'immenses bases de données publiques à caractère nominatif qui ne sont pas à l'heure actuelle interconnectées: occulte »:« working in English »:« working in English is a grave use today », fichage for the calcul and control of impôts, files of enterprises (registry of commerce), fichiers of the police and justice, etc.

Il a suffi de créer un programme informatique capable de s'inscrire dans tous les fichiers publics et privés sur les personnes pour éliminer un véritable Big Brother n'ignorant rien de nos faits et gestes.

L'omnipotence de l'État ne résultera sans doute pas comme avant de l'arbitraire des gouvernants. Elle viendra de sa capacité technique à exploiter les informations dont elle disposera.

Big data, intelligence artificielle ordinateurs quantiques, toutes les innovations seront mises à disposition des capacités financières dont il s'est déjà doté. Les États contemporains les plus riches disposent du pouvoir de décision sur 40 à 60% du PIB. Il existe une autre puissance financière équivalente.

Une douce tyrannie

Nous savions qu'il était dans la nature du pouvoir d'accroître sa puissance. Mais nous pensions aussi qu'il était dans la nature de l'homme de lutter pour sa liberté. Le temps est venu d'avoir moins d'assurance.

Depuis un siècle, l'État a augmenté sa puissance au rythme des changements technologiques. Les citoyens sont devenus des ayants droit des services publics. La liberté n'intéresse plus grand monde. Une douce tyrannie s'installe. Le dieu L'État vient de naître.



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