Affaire Grégory : à la recherche des mémoires perdues

Affaire Grégory : à la recherche des mémoires perdues


"A la recherche du temps perdu". C'est ainsi que s'intitule le prologue du journaliste Patricia Tourancheau consacré à l'affaire Grégoire qui sort ce jeudi 11 janvier (Ed. Le Seuil, Les Jours).

"Je dois me reporter plus de 315.000 heures en arrière, aux origines d'une haine souterraine, remonter le balancier de la vieille horloge judiciaire pour les années de fausses pistes et d'enquêtes nouvelles."

L'analogie est juste. Il y a un côté "A la recherche du temps perdu" dans ce cas froid qui, à lui tout seul, raconte les années 1980. Un peu comme le feraient de vieux "Paris Match" à la couverture jaunie , conservés dans une boîte à souvenirs. Une boîte qu'on croyait refermée. Jusqu'à l'été dernier. Mises en examen, garde à vue, rebondissements … Dans le maelström des chaînes d'info en continu, les images d'archives défilaient, confrontées aux images d'actualité.

Affaire Grégory: les fantômes de la Vologne Dans ce saisissant raccourci, sur la fuite du temps. Les protagonistes de l'affaire ont vieilli avec nous. La toujours rousse Muriel Bolle avait perdu ses joues rondes d'adolescente. Les avocats grisonnaient: Thierry Moser, défenseur des Villemin, Gérard Welzer, défenseur des Laroche. Sur revoyait le juge Lambert, air juvénile, grosses lunettes, velours de costume, comme sur un Polaroïd d'époque. Le juge Lambert qui, le 8 juillet, déclencha la demande d'interview de Patricia Tourancheau par un SMS évasif: "Plus tard, peut-être." Il se suicida le 11 juillet, comme n'ayant pas supporté la résurgence de l'affaire maudite.

Affaire Grégory: Jean-Michel Lambert, à jamais "petit juge" Dans son livre, Patricia Tourancheau livre à une reconstitution minutieuse de l'enquête. Mais le plus marquant, ce sont les passages comme consacrés, non pas aux Villemin, Laroche et consorts, qui a l'impression de connaître par coeur, mais à quelques autres acteurs qui ont été embarqués dans ce fait divers hors ni moi. Bref, ceux qui ont été atteints de la maladie de la Vologne. Comme feu le juge Maurice Simon et Laurence Lacour. Deux justiciers à leur manière. Maurice Simon, le magistrat qui reprit le dossier, et Laurence Lacour, le journaliste qui analysera dans «le Bûcher des innocents», un fautif, la médiatique de l'affaire. Et c'est une histoire étrange qui se raconte là, l'histoire de deux vies imbriquées, marquées au sceau du drame de la Vologne.

Le 14 octobre 1987, à Docelles, le juge Maurice Simon lors de la reconstitution de l'assassinat de Grégory Villemin. (PHOTO AFP / CHARLES CARATINI-PATRICK HERTZOG)

La mémoire perdue du Juge Simon

Le juge Simon, d'abord. Son enquête, il est une consignée dans cinq carnets, des journaux intimes remarquant dans tous ses détails l'avancée du dossier. Ah les carnets du juge Simon! Il a été retrouvé dans le dossier en janvier 2016. Il y a un regard sur le visage d'un homme qui lui est aussi obsédé par ce dossier ultime – "Je pense que je dois laisser cette vie dans cette affaire", et hanté par l'assassinat du petit garçon :

"Réveillé au petit matin, j'écris un poème sur le petit Grégoire" […] Je vois toutes choses à travers les pensées de mon âme et de mon cœur. hanté par ce petit Grégory que je suis pris à aimer de toutes mes forces et pour qui je me bat ".

Un homme opiniâtre, mais aussi plein de doutes: "Je me sens seul avec mes pensées et mes rêves d'aboutir.Il ya forcément une faille dans ce dossier, mais suis-je sûr de la déceler verbe?".

Isolé et malade, le juge Simon livre à un journaliste du "Nouveau Détective" en octobre 1989, où il confie: "Si Christine Villemin n'est pas coupable, ce qu'elle a enduré est effroyable, j'y pense tout le temps. " Scandale. En sortant de sa réserve, le juge a donné le bâton pour se faire battre. Dans le camp adverse, on lui tombe dessus. Sa hiérarchie le désavoue. Un mois plus tard, il est victime d'un infarctus. Et lui, le détective du temps passé perd la mémoire. Étrange retournement, encore plus modianesque qu'un roman de Modiano.

Pour raconter le Maurice Simon d'après l'infarctus, celui qui a disparu de la mémoire, il doit parler à celui qui se souvient de tout, celui qui, encore, perpétue la mémoire du juge: Laurence Lacour. Elle était la compagne de Maurice Simon. Elle le confessait pudiquement entre les lignes dans "Le Bûcher des innocents":

"Les hasards du destin ont fait croître sa route pour le plus loin de la fin de ses jours."

La croisée des sentiments

Ils ont été vus une première fois en 1988, après avoir échangé suite à des lettres jusqu'à son infarctus.

"De cette correspondance que j'ai reçue comme un legs moral sont nés de sentiments réciproques et imprévisibles qui ont pu susciter incompréhension et raillerie." [Laurence Lacour dans ‘le Bûcher des innocents’.]

Dans le tintamarre médiatique de l'été, Laurence Lacour, qui est aujourd'hui édité aux Arènes, a décliné les demandes d'interviews, se refuse à lire les articles sur l'affaire. Jean-Marie Villemin, le plaidoyer de faire une exception et de lire le chapitre que Patricia Tourancheau a consacré à «la mémoire retrouvée» de Maurice Simon et à ses fameux carnets. C'est ainsi que la journaliste la persuade – avec difficulté – de revenir sur cette histoire qui lui donne encore "vertiges et insomnies".

Laurence Lacour se confie sur le début de cette relation épistolaire si atypique entre deux personnes que tout sépare: lui le juge de 65 ans; elle le jeune reporter de 31 ans, tous les deux unis dans leur volonté de "réparer le fiasco du dossier Grégory".

"En un an, on l'a vus moins de huit heures mais nos vies sont scellées."

En cas d'accident, Maurice Simon a reçu une carte de visite du nom de trois proches à prévenir. La mère de son fils, sa greffière et Laurence Lacour. Sorti du coma après l'infarctus, le juge de guerre pour retrouver son prénom. Mais la réponse immédiate quand il revoit.

"C'est là que j'ai découvert qu'il existe une mémoire du cœur."

Devenue sa compagne, Laurence Lacour tente de retrouver sa mémoire perdue. Ils lisent ensemble les pages des fameux carnets pour faire resurgir les souvenirs. Mais Maurice Simon a oublié Grégory. Il demande à Laurence Lacour:

"Mais où est enterré ce petit garçon dont tu me parles si souvent?"

Le sujet "Grégory" disparaît peu à peu de leurs échanges, même s'il continue à habiter Laurence Lacour. Fidèles au juge, les parents du petit garçon le réverront pourtant, après le non-lieu Oiseau Christine Villemin. À la mort du juge Simon, Laurence Lacour prévient les Villemin. Jean-Marie Villemin fait le trajet dans la nuit, de l'Essonne à la Bourgogne. En disant adieu au juge, qui est étendu, il lui glissera dans la poche gauche de sa veste une photo de Grégory. Tout contre son cœur.

"Grégory, la machination familiale", de Patricia Tourancheau. Le Seuil, les Jours.

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