Grève des Ehpad : “C’est leur dernière maison ici, pas un supermarché !”

Grève des Ehpad : “C’est leur dernière maison ici, pas un supermarché !”


"Tiens, je me demande comment va bien pouvoir nous servir ce midi …", sourit Annie * en regardant par la vitre. Comme elle, une soixantaine de personnes âgées occupent ici une chambre à la maison de retraite Saint-Charles de Sceaux. Un établissement au charme discret implanté dans les Hauts-de-Seine.

"Il y a l'ambiance aujourd'hui", amusez-vous avec cette grande-mère au regard clair à l'entrée. Dehors, à quelques mètres d'elle, une quarantaine de salariés de la maison (aide-soignants, auxiliaires de vie, cuisiniers …) comme d'autres Ehpad de la région, agitateur des drapeaux CGT et sifflent leur colère.

A bout de souffle, le personnel des Ehpad est en grève: "On ne demande pas la lune"

"En même temps, je comprends les choses, son travail dur", glisse la pensionnaire face à la tête de l'établissement. "Oh moi, je n'ai aucun commentaire à faire", signale cette dernière avant de nous presser rapidement vers la sortie. Circulez, il n'y a rien à voir.

Un personnel "à bout"

L'ambiance se veut plus chaleureuse dehors. Armés de ses prospectus et de quelques voix de porte-voix, des accompagnateurs de personnes du troisième âge ont répondu à l'appel à la grève nationale dans tous les Ehpad de France. Une mobilisation inédite qui regroupe à la fois les organisations syndicales (CFDT, CGT, SUD, FO …), mais aussi certaines associations de directeurs d'établissements, de familles de personnes âgées. Le mouvement s'est prolongé à l'après-midi devant le ministère des Solidarités et de la Santé où les syndicats espèrent se faire entendre.

Ces derniers dénoncent en choeur les conditions de travail toujours plus éprouvantes du personnel aidant. Dominique Lucea, aide-soignante depuis plus de dix ans, explique être "à bout". En arrivant à 9 heures au travail, elle doit servir le petit déjeuner, donner la toilette, changer les draps, faire le lit et la chambre … Le tout avant midi. Le calcul est vite fait:

"Chacun doit s'occuper en moyenne de 12 à 14 résidants, ce qui fait peu près 15 minutes par personne!"
"Je fais ce que je peux, mais c'est la course."

La douche? Une fois par semaine

Un "abattage", ajoutent certains collègues. "D'une certaine manière, on peut parler de maltraitance …", confie-t-elle. Car faute de personnel, les tâches sont souvent bâclées.

"On donne la douche une fois par semaine, rarement plus", remarque, amère, Sabrina, une aide-soignante de 25 ans.

Ce rythme effréné n'est pas sans conséquence sur les liens entre aidants et personnes âgées. "C'est ma frustration: sur aimerait leur donner plus, mais sur ne peut pas", soupire la jeune femme.

"Certains sont en colère contre nous, ils s'interrogent même sur les délaissés … L'autre d'entre eux m'a dit l'autre jour:" je paie cher, je mérite que s " occupe mieux de moi '. "

Pour rappel, une chambre dans l'établissement Saint-Charles coûte en moyenne entre 3.500 et 4.000 euros par mois. "Evidemment c'est cher, mais ça ne change rien pour nous." (19459003)

Les salaires, déjà bas – entre 1.300 et 1.400 euros pour un aide-soignant -, n'augmentent pas. Au contraire, "on a vu certains avantages (chèques cadeaux, bons pour les enfants …) nous sommes retirés depuis le rachat de l'établissement il y a deux ans par l'entreprise 'Korian'".

Des accidents de travail en hausse

"Un moment, sur un même vouloir nous retirer notre prime d'année", se souvient Sabrina.

Une demande qui n'a "heureusement" pas aboutie. La jeune femme avait 20 ans et a commencé à travailler en maison de retraite. Si elle se dit encore aujourd'hui "adorer son métier", elle ne se voit pas "traiter toute sa vie". Un manque de motivation? Une perte d'envie? Même pas, dit-elle. "Juste un problème au dos".

"Lors de ma dernière visite médicale, le docteur m'a dit que je ne peux pas continuer comme ça toute ma vie. ]

Une souffrance physique éprouvée par l'écrasante majorité des aides-soignants. Ce n'est pas un hasard si le rapport de l'assurance maladie indique en novembre 2017 une augmentation du nombre d'accidents du travail dans le secteur des aides et des soins à la personne. On dénombre pas moins de 94,6 accidents de travail pour 1.000 salariés. Le chiffre d'affaires est égal à celui du secteur BTP (90 pour 1.000 salariés).

«On compte beaucoup d'arrêts maladie à Saint-Charles … Mais on est pas payé pendentif … ça dissuade certains d'en prendre», pointe Sabrina

"Fait comme tout le monde: sur bâcle"

Au quotidien, beaucoup déplorent ainsi une politique de santé minée par une gestion de comptable. "C'est leur dernière maison ici, pas un supermarché!", S'indigne Tina L., un drapeau de la CGT à la main. Cette auxiliaire de vie explique "les gants de latex pour les soins, les gants de toilette … et la liste est encore longue".

Des économies de bout de chandelles qui se remarquent dans les soins … comme en cuisine. Albert Papadacci, délégué syndical CGT à Korian et cuisinier en Ehpad déplore "des aliments et des produits de qualité moyenne tous les jours."

"On essaie toujours de faire quelque chose de correct, mais là aussi est pris par le temps, alors on fait comme tout le monde: on bâcle."

Sentant pointeur la fronde, le gouvernement avait promis jeudi dernier nouvelle enveloppe de 50 millions d'euros pour l'Ehpad en difficulté. "Des miettes", pour les syndicats. "Ils ne comprennent rien! Il faut revoir la prise en charge des personnes âgées dans sa globalité!" s'indigne Albert Papadacci.

"Et s'il y a 100 résidents, pourquoi pas 100 professionnels?"

Un manque de reconnaissance

Voiture au regard de certains pays européens, la France fait toujours figure de mauvais élève dans sa prise en charge des personnes âgées. "Au Danemark, on compte en moyenne 12 professionnels pour 10 résidents …" Vous voyez, sur ne demande pas la lune ", affirmait à" l'Obs "Pascal Champvert, président de l'association nationale des directeurs au service des personnes âgées.

Reste pour beaucoup d'accompagnants un sentiment de "non-reconnaissance" de la part de l'Etat.

"Vous savez, on ne fait pas ce métier par défaut."
"Notre degré d'investissement est-il énorme?", "Soulève encore le cuisinier."

Le gouvernement s'entêtera-t-il à faire la sourde oreille? Les syndicats espèrent faire pencher la balance après cette journée d'action. "Après tout ce qu'on peut, on pourrait aussi s'occuper d'un peu de nous …", conclut Tina.

M.C.

* Le prénom a été changé

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