Discours sur l’état de l’Union : Trump, un président normal ?

Discours sur l’état de l’Union : Trump, un président normal ?


Le président normal, et le déjanté. Le pragmatique prônant l'unité et l'idéologue parlant de "carnage". Le président "présidentiel" … et l'autre. Docteur Davos et Mister Twitter.

On nous refait le coup à chaque fois. Et hier soir, on allait voir ce que c'est voir! En amont, la Maison Blanche avait préparé le terrain, annonçant un discours pansant les plaies après une année de division féroce. "Il est le président de tous les Américains, y compris les millions qui n'ont pas voté pour lui", avait insisté Kellyanne Conway, sa conseillère. Bingo!

"Ce soir, je nous demande à tous de mettre nos différences, de chercher un terrain d'accord et de faire appel à l'unité que nous devons au peuple", a lancé le 45e président des Etats-Unis, collant au texte que défiler son téléprompteur.

Le décor était posé: un président qui brasse beaucoup d'air mais, au fond, n'est pas si extrême que cela.

Sauf que cette fois cela n'a pas marché. L'empressement, pardon, la précipitation de beaucoup à apposer le label "normal" à ce président qui n'est pas l'est, a laissé laissé au scepticisme profond: un de guerre civile larvée, cela laisse des traces.

L'an dernier, il avait suffi à Trump d'un seul instant scripté devant le Congrès pour une armée de commentateurs dégainer son "alleluia!". "Il estu président des Etats-Unis", a été émmoréillé Van Jones, le commentateur de CNN, le compliment des forces mot pour deux mois plus tard par Fareed Zakaria, l'expert de politique étrangère de CNN, après le bombardement américain punitif en Syrie … qui reste sans lendemain et n'a fait partie d'aucune stratégie. Qu'à cela ne tienne, le même Zakaria en a remis une louche à Davos, saluant un discours de Trump "franc, intelligent et conciliant, embrassant le monde plutôt que du condamner".

Des avis minimes

Mais la ficelle est usée jusqu'à la corde. L'audience d'hier était sur ses gardes, échaudée par les plantations en série de Trump 2.0, supposé contenir moins d'insectes que la première mouture. La tentation reste mais forte de qualifier de "succès" tout discours ne pétant pas les plombs.

Trump "profit d'attentes extraordinairement faibles à sa capacité à ne pas dévier de son message et de délivrer un discours cohérent", remarque le "New York Times".

Comme le notait après Davos Masha Gessen, du "New Yorker":

"Le consensus général reflète nos attentes minimales: le meilleur que l'on peut attendre du président est un discours creux et un semblant de dignité quand il répond à des questions qu'on lui sert sur un plateau."

Espérer que le président de la première mondiale ne soit pas aussi cinglé et dangereux qu'il est à l'air est un réflexe humain – qui ne l'a pas eu? Le théoriser, en revanche, n'a rien d'anodin. A écouter Newt Gingrich, l'ex-Président de la Chambre des Représentants qui a joué un rôle dans la politique américaine, la Maison Blanche est «en train de passer de» Trump le combattant «à» Trump le gagnant, la tonalité est plutôt "Ecoutez, je suis le président des Etats-Unis, je n'ai pas besoin de chercher la bagarre".

SAUL LOEB / AFP

Du côté des médias, le "Wall Street Journal", où l'influence de son propriétaire Rupert Murdoch se fait chaque jour, plus pesante, avance une hypothèse audacieuse:

"Trump aime la controverse, mais il ne raffole pas du conflit", "ses aboiements sur Twitter sont pires que ses morsures".

CQFD! Et de décrire un Trump doux sur les échanges extérieurs, soucieux d'accueillir son fils "ami" Emmanuel Macron à propos du réchauffement climatique et "prêt à conclure un deal" sur l'immigration.

Vœux pieux

En anglais, cela s'appelle du voeux pieux – le fait de prendre ses désirs pour les réalités. Sur l'immigration, Trump n'en finit pas de saboter les négociations entre républicains et démocrates raisonnables, traitant le sénateur démocrate Chuck Schumer de "perdant" et de "pleurnicheur". Il est conseillé par Steve Miller, un nativiste enragé contre l'immigration mais également légale, qui a soufflé hier soir au président ce fantasme surréaliste, et totalement mensonger, d'un "seul immigrant" peut faire venir aux Etats-Unis "un nombre illimité de ses parents lointains ".

Unité? Trump n'est pas "sur le point d'embrasser" le programme d'Obama offrant un statut légal aux 800.000 Rêveurs (jeunes ayant immigré aux États-Unis alors qu'ils étaient enfants), comme le réclamait le "Wall Street Journal" , il est au contraire cyniquement pris en otage pour parvenir à ses fins. Ses "offres", il a été répétées hier soir, ne sont qu'un élément d'un chantage pur et simple sur le dos de ces jeunes, une majorité immense d'Américains – autour de 80% – voir restes aux Etats-Unis.

Fausse modération

Même fausse modération à propos du commerce extérieur. On n'en est pas certain escarmouches avec l'Asie pour ce qui est des droits de douane, mais d'autres droits seront tout prochainement relevés (sur l'acier et l'aluminium) et les choses peuvent être facilement dégénérés.

Sur le continent américain, la renégociation de l'Alena avec le Canada et le Mexique n'a encore rien de certain, et vis-à-vis de l'Europe, Trump, à peine rentré de Davos, a placé Bruxelles dans sa ligne de mire. Trump est un vrai protectionniste, la seule a choisi qui est le retient vraiment l'inquiétude des Etats ruraux du pays – et de leurs élus républicains – pour leur agriculture.

Quant au réchauffement climatique, il faut vraiment voir le verre à moitié plein pour se rassurer avec un président répété que les États-Unis "en théorie" rejoindre la communauté internationale, sans prendre le moindre engagement sur l 'environnement, bien au contraire.

"Trump continue à dire que les Etats-Unis restent dans l'accord de Paris", ironise le "Washington Post".

Et les parlons de politique étrangère. "Normal", le Trump nouveau? Quelques heures avant son discours devant le Congrès, sur un candidat pressenti au poste d'ambassadeur en Corée du Sud, un prof de la prestigieuse Université de Georgetown, n'était plus dans la course. La raison? Son opposition à un plan américain de frappes militaires contre la Corée du Nord. En déclenchant ce plan, surnommé "nez ensanglanté",

"le président mettrait en danger une population de la taille d'une ville américaine moyenne – par exemple, Pittsburgh ou Cincinnati -, faisant le pari qu'un dictateur fou et prêt à tout sera rationnellement intimidé par une démonstration de puissance américaine ", écrivait hier dans le" Washington Post "Victor Cha, l'ex-candidat au poste d'ambassadeur.

Une crise à l'horizon

Il y a un pire. Pendentif que la Maison Blanche se gargarise de discours "optimiste", d'atmosphère "bipartisane" et de "message attrayant", une crise constitutionnelle gravissime se prépare à Washington. Encouragé par une démolition trumpienne sans relâche du FBI, les alliés républicains du président au Congrès ont pris le relais et ont violé les règles les plus élémentaires d'éthique et de respect de l'institution parlementaire, leur volonté de rendre public un "mémo" secret et sélectif de quatre pages censé prouvé la partialité du FBI. Dans la foulée, la commission d'où vient ce mémo prévoit «d'ouvrir une enquête sur le département de la justice et le FBI», indique l'agence Bloomberg. Robert Mueller sur le "Russiagate" et, encore, d'en prendre au n ° 2 du Département de la Justice, Rod Rosenstein, à qui il reviendra – s'il Bob Mueller

n'a pas été en mesure d'établir une relation avec lui.

On est loin, comme on peut le constater, d'un président Trump assagi et soudain œcuménique. Et tout cela, sans même mentionner la perspective des tweets, insultes, mensonges et propos menaçants qui ne respectent pas leurs droits dans les jours à venir. Car s'il vous plaît un proverbe qui ne s'est jamais démenti, avec Donald Trump, c'est celui-ci: chassez le naturel, il revient au galop. C'est même l'une de ses rares qualités: il est instable, narcissique, vaniteux, grandiloquent, dénué d'humour, borné, incurieux, ingrat, misogyne, rapace, vulgaire, revanchard, menteur et violent mais ce n'est pas un hypocrite. N'en déplaise au dernier carré d'optimistes s'obstinant à rêver d'une version plus bisounours de Trump, celle-ci n'existe pas.

Philippe Boulet-Gercourt, des États-Unis

De Néron à Trump, la folie de nos grandeurs [1945909]

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