“Gaspard va au mariage”, “Sparring”… Les films à voir (ou pas) cette semaine

“Gaspard va au mariage”, “Sparring”… Les films à voir (ou pas) cette semaine


Le choix de "l'Obs"

♥♥♥ "Gaspard va au mariage" par Antony Cordier. Comédie Française, Avec Félix Moati, Laetitia Dosch, Christa Theret, Johan Heldenbergh, Marina Foïs (1h43).

En route pour le second mariage de son père, Gaspard (Félix Moati) voit son train arrêté par une bande de zadistes menottés à la voie ferrée. Parmi eux, Laura (Laetitia Dosch) s'est retrouvée là par hasard. Gaspard lui propose, moyennant une modeste rémunération, de passer quelques jours pour sa copine auprès de sa famille. Laquelle tient un zoo qui périclite dans le Limousin et le sort pour le moins farfelue. Coline (Christa Théret), la petite sœur, aime trop Gaspard et ne quitte jamais la pelure d'un de nos fils, ex-animal de compagnie dont elle traîne l'odeur avec elle. Virgile (Guillaume Gouix), le grand frère, le gestionnaire, pour une seule originalité de sortir avec la tatoueuse du coin. Le père veuf (Johan Heldenberg), l'ado du clan, solde son passé volage pour celui qu'il aime (Marina Foïs).

"Gaspard va au mariage" n'a pas de rohmerien que son titre. S'il faut lui trouver une filiation, elle est plus à rechercher du côté du cinéma de Cameron Crowe, et de "Nous avons acheté un zoo" en particulier, dont il serait le cousin français décomplexé. Même douceur du trait, même fantaisie bienveillante, sauf au sentimentalisme bon teint de l'Américain, Antony Cordier préfère l'exploration de notre part d'animalité, des affects incongrus et des désirs impromptus.

Depuis le prometteur "Douches froides", ménage à trois adolescents dans le milieu des judokas, le réalisateur de "Happy Few" interroge avec plus ou moins de bonheur notre rapport au corps et au couple, nos instincts transgressifs face à la norme sociale. Ça ne lui a jamais été aussi réussi que dans cette comédie tendre et crue au tempo indécis, donné par ses acteurs, entre l'indolence fantasque de Laetitia Dosch et la coolitude bonhomme de Johan Heldenberg (le Kris Kristofferson belge, a publié dans "Alabama Monroe" ). Une bulle fragile, flottant d'un personnage à l'autre. Du fils préféré qui renoue avec ce cocon dont il s'est éloigné, trop réconfortant pour ne pas l'étouffer, à sa frangine incestueuse, animée de pulsions violentes envers la fausse copine, cette "pâquerette déguisée en piège à loups", qu ' elle flaire d'emblée. La bulle, c'est aussi l'enfance qu'il faut quitter, c'est le lieu, à part (le parc animalier du Reynou). Cette bastide de western, bordelique et chaleureuse, encerclée par le zoo où certaines bêtes sont retrouvées mortes, attaquées par des chiens. A l'image de cette smala bohème jusqu'ici préservée du monde extérieur et contrainte de s'y confronter, à ce que son trop-plein d'amour et de rancs tues.

Nicolas Schaller

Les sorties

♥♥♥ "Sparring", par Samuel Jouy. Drame français, avec Mathieu Kassovitz, Souleymane M'Baye, Olivia Merilahti (1h34).

C'est l'envers de la boxe mythique, la version ombrée de "Raging Bull", désabusée de "Fighter", résignée de "Million Dollar Baby". Ici, la gloire n'est ni un regret ni une promesse. C'est seulement une chimère fatiguée. Car des combats, Steve Landry (Mathieu Kassovitz) en un tas plus perdu que gagné. Quadragantique marié, père de famille et titulaire d'un beau palmarès de défunts, il s'offre un dernier sursis avant de raccrocher les gants: il devient, sur l'anneau du Casino de Deauville, le partenaire sparring provisoire de l'authentique champion du monde des super-légers, Souleymane M'Baye, alias Tarek M'Bareck. Autrement dit, fils punching-ball. L'inconnu sur lequel l'athlète à l'entraînement cogne, sue et se défoule. Dans l'emploi du sac de frappe, Mathieu Kassovitz, cet anti-Rocky, donne des frissons. Il a la tête cabossée, le corps tatoué et le cœur en capilotade. Il est partagé entre une soumission contractuelle et le désir d'épater, une dernière fois, une femme (Olivia Merilahti, du groupe Le Dô, qui signe la BO) et sa fille, pianiste, dans le respect de laquelle il va voir voir briller peu de fierté. Il est en même temps dominé et bravache, humble et altier. Samuel Jouy, où la mélancolie – on pense à la chanson de Paolo Conte "Sparring-partner" – est plus puissante et inspirante que la rage de vaincre. Beau et triste à la fois.

Jérôme Garcin

♥♥ "La roue des merveilles", par Woody Allen. Comédie dramatique américaine, avec Kate Winslet, James Belushi, Justin Timberlake (1h41).

Woody Allen, côté sombre: un couple de petits opérateurs de fête foraine vivote, à Coney Island, dans les années 1950. Lui, Humpty, un manège. Elle, Ginny, est serveuse. Il y a un fils ado pyromane, une fille adulte traquée par des voyous. Le fragile équilibre familial est menacé par l'aventure sentimentale de Ginny avec un maître-nageur. Comme dans une pièce des années 1930, les personnages se heurtent, se bénissent, se révoltent, se résignent.

Le savoir-faire de Woody Allen n'est pas contestable, mais il manque l'étincelle qui fait plaisir à ce drame de la condition humaine un film mémorable. Les images, signées Vittorio Storaro, sont sublimes, mais où est passé l'humour? Woody, reviens!

François Forestier

♥♥ "L'Insulte", par Ziad Doueiri. Drame franco-libanais, avec Adel Karam, Kamel El Basha, Rita Hayek (1h52).

Tout d'une "vente con" adressée par Yasser (Kamel El Basha, prix d'interprétation à Venise), qui dirige les travaux de rénovation dans un quartier de Beyrouth, à Toni (Adel Karam) après il a arraché la nouvelle tuyauterie installée autour de son balcon. Le premier est palestinien et musulman, le deuxième, libanais et chrétien. L'un exige des excuses, l'autre lui refuse. Un coup de poing fusible. Portée devant la justice, la querelle de clocher enflamme le pays et vire à l'affaire d'État. Et "l'Insulte" de basculer d'un sous-Asghar Farhadi ("la Séparation"), trop volontariste dans une mécanique, à un film de prétoire plus convaincant.

Si Ziad Doueiri privilégie l'efficacité à la nuance dans son écriture comme dans sa mise en scène, sa manière frontale de lier les tensions du présent aux blessures du passé éclaire avec force le bourbier idéologique qu'est le Moyen-Orient, avec son communautarisme délétère.

Nicolas Schaller

♥♥ "Voyoucratie" par FGKO. Thriller français, avec Salim Kechiouche, Abel Jafri, Hichem Yacoubi (1h24).

Sam, un petit délinquant, sorte de prison. Il retrouve sa cité, son fils, drogué, et leur jeune fils, reprend les petits trafics, et parle avec un caïd de la pègre maghrébine. La spirale de la rue aura-t-elle raison de sa fibre paternelle naissante?

Tourné à l'arrache, "Voyoucratie" détonnée dans le paysage ratiboisé du film français. Il est signé FGKO, soit Fabrice Garçon et Kevin Ossona, deux ex-étudiants en cinéma "qui n'en veulent": ils se sont lancés dans ce premier long métrage par leurs propres moyens, filmant sans autorisation dès qu'ils trouvaient peu d'argent. Résultat, quatre ans plus tard? Un petit thriller porté par une niaque qui fait oublier le peu-près d'un script somme toute convenu et par une urgence qui sert à la peinture, d'une rare noirceur, de la violence en banlieue. Dans le rôle de Sam, Salim Kechiouche (vu dans la Vie d'Adèle), de Kechiche) électrise l'écran.

Nicolas Schaller

♥♥ "Centaure", par Aktan Arym Kubat . Drame kirghiz, avec Aktan Arym Kubat, Taalaïkan Abazova, Zarema Asanalieva (1h29).

Grands espaces, ample respiration, horizons du bout du monde: c'est avec plaisir qu'on regarde cette histoire dans laquelle un ancien voleur de chevaux, Centaure, tente de mener une vie simple en apparence, mais dérobe des pur-sang en secret … Peu à peu, il va s'isoler, puis être exclu du village.

Voici une petite fable sur la liberté, truffée d'images symboliques (les étalons qui galopent) et de références aux légendes (comme dans les Chevaux de feu), de Paradjanov. Arym Kubat capte avec talent la force du paysage, la force de ces visages sculptés par le labeur et le vent. La poésie émouvante d'un monde ancien qui disparaît.

François Forestier

♥ "Une saison en France", par Mahamat-Saleh Haroun. Drame français, avec Eriq Ebouaney, Sandrine Bonnaire, Aalayna Lys (1h40)

L'idée est généreuse: un immigrant africain, avec ses deux enfants, amoureux d'une femme française, mais il est obligé de continuer son chemin ailleurs. Deux destins, une tangente instantanée, ne laissant pas trace de quelques dessins d'enfants et de brefs signes de bonheur …

Ce cinéaste tchadien a le bon regard, la bonne attitude, mais pas le bon tempo: scènes souvent longues, rythme mal maîtrisé, images souvent ternes. Un film qu'on aimerait aimer. Attendons le prochain …

François Forestier

"Non" par Eñaut Castagnet et Ximun Fuchs. Drame français, avec Ximun Fuchs, Hélène Hervé (1h36).

Initié par le Petit Théâtre de Pain, compagnie de théâtre basque, "Non" met en scène l'engrenage tragique dans lequel se trouve un ouvrier chômeur après un contrôle routier qui a mal tourné.

Un scénario de la liberté bafouée qui a été rédigé de façon à pouvoir offrir un rôle à chaque membre de la troupe.

Le film, déjà tendu sans nuance entre pamphlet rageur et drame kafkaïen, étole la pertinence de sa révolte en se perdant dans d'innombrables pistes narratives.

Xavier Leherpeur

"Zéro phyto 100% bio" par Guillaume Bodin. Documentaire français (1h16).

Le documentariste Guillaume Bodin partie à la découverte de diverses communes françaises qui, bien avant la législation en cours, ont mis en place une politique environnementale excluant tout recours aux pesticides. Un noble combat servi ici par un film réalisé comme un clip promotionnel pour un politicien en campagne. Soit une école d'alternance de l'enseignante ou l'enseignant auto-congratulateurs et d'images bucoliques d'une nature ayant retrouvé ses droits. Un documentaire à voix unique a manqué une véritable distance objectif.

Xavier Leherpeur

C'est raté

"Oh Lucy!", par Atsuko Hirayanagi. Drame japonais, avec Shinobu Terajima, Josh Hartnett, Kaho Minami (1h35)

Itinéraire d'une folle japonaise (pas méchante) qui va de Tokyo à Los Angeles, apprend l'anglais, tombe amoureuse de son prof, voit sa sœur (une vraie sorcière) et provoque le suicide (raté) de sa nièce … Non seulement l'héroïne est conne, mais en plus, elle cramponne à sa frangine, encore plus conne, et elles s'engueulent tout le temps. Aussi sympa à regarder qu'un match de catch dans le boue, un jour de novembre. C'est le cinéma d'art et d'essai, tendance Rohmer nô, aïe aïe aïe!

François Forestier