Grandeur et misère du souverainisme

Grandeur et misère du souverainisme



En appeler au retour de l'État-nation est une imposture historique et une politique étrangère. La démocratie y va à l'évidence et ne contribue pas de manière symétrique à la montée de l'abstention et à celle du vote populiste.

Par Vincent Feré
Un article de Trop Libre

Depuis l'Europe, l'idée souverainiste remporte des victoires: elle exprime une volonté des Européens que sur l'entendre au lieu de la traiter par le mépris, reprendre leur destin dans le monde globalisé, dangereux où l'autre est perçu comme un concurrent (économique) ou une menace.

À cette peur le souverainisme national répond à une illusion: la restauration de l'ancien monde; ses adversaires par une incantation: l'éloge de l'ouverture et du multiculturalisme. Les uns et les autres feraient sans doute mieux d'écouter les peuples qui ont commencé à réfléchir à la question de l'exercice de leur souveraineté dans le nouveau monde.

L'imposture souverainiste

Les souverainistes ignorent l'histoire. S'ils lisaient l'ouvrage d'Eric Hobsbawm Nations et nationalisme depuis 1780 ils apprendraient par exemple que l'État-Nation est une figure historiquement datée dont l'apogée se situe en Europe dans la seconde moitié du XIX è siècle, notamment avec l'achèvement des unités italiennes et allemandes.

Il correspond, selon le grand historien britannique, à un stade particulier de l'histoire du capitalisme celui où « le développement économique », avant même la première révolution industrielle, « s'est fait sur la base des États territoriaux, chacun d'entre eux est tenu d'appliquer, de permettre une politique unifiée, une politique mercantiliste » et d'ailleurs « au cours de la longue période qui s'étend du XVIII è siècle aux années qui suivirent la Seconde Guerre mondiale, qui a peu ou pas d'espace ou de créneaux dans l'économie du globe pour ces unités authentiquement extraterritoriales ou interstitielles qui ont joué dans si grand rôle dans la genèse d'une économie capitaliste ». "1945-1900]" "1945-1900]" – 1945 ".

Un moment de l'histoire politique de l'Occident

L'État-nation correspond également à un moment de l'histoire politique de l'Occident, celui de l'affirmation de la souveraineté populaire sur les ruines des monarchies absolues européennes. Hobsbawm en voit d'ailleurs l'origine principale dans la Révolution française: [traduction] conception démocratique révolutionnaire de la Nation »qui pose l'équation Nation = État = peuple souverain.

Mais pour que l'État-Nation fonctionne de manière cohérente, économique et politique, il faut marcher de concert: quel sens peut avoir la souveraineté du peuple et les décisions de l'extérieur?

Or, précisément, la mondialisation de l'économie et de la réapparition de ce qu'Hobsbawm nomme les unités authentiquement extraterritoriales et interstitielles »font que l'État-Nation 'est plus le lieu pertinent d'exercice de la souveraineté populaire.

Il est d'autant moins d'ailleurs que les systèmes de solidarité dans ce cadre, les États-providence, arrivent aujourd'hui à épuisement, déstabilisés eux aussi par l'ouverture des marchés mondiaux.

En appeler au retour de l'État est une imposture historique et une politique étrangère. La démocratie y fonctionne du reste à ne pas témoigner de façon symétrique la montée de l'abstention et celle du vote populiste, deux menaces pour la démocratie elle-même. Il importe alors de repenser l'exercice de la souveraineté populaire, plutôt que de se contenter de simples incantations sur l'éloge de l'ouverture et du multiculturalisme.

Repenser l'exercice de la souveraineté populaire

La souveraineté populaire est un acquis historique irréversible. L'enjeu pour le monde en général et pour l'Europe en particulier, est ce qu'elle s'exprime dans les «démocraties» mais dans un cadre libéral.

Les «démocratures» sont « un mode de gouvernement original qui se revendique comme plus stable, plus efficace et plus en prix direct avec le peuple que la démocratie. Elles se caractérisent par le culte de l'homme fort, un populisme virulent qui mêle l'exaltation nationale et religieuse »; Elles ne recourent néanmoins pas « à la terreur de masse comme les totalitarismes du XXe siècle» .

Ces «démocratures» sont ainsi l'expression de la tentation souverainiste de l'ancien monde en même temps que la ruine annoncée de l'Union européenne. Et c'est justement l'Europe qui peut constituer le meilleur rempart contre elles car « longe de contredire la souveraineté nationale, la construction d'une souveraineté européenne à l'âge de la mondialisation représente la seule possibilité de restaurer la force »

[traduction]

Entendre les régions

Mais this Europe, single response added the challenges, challenges, challenges, militaries that be use in the europeans, has not behaviour their movements from their their destin in main. Sans les peuples elle sera pas.

C'est l'Europe des régions, où souvent aspirent à se développer les «unités (interstitielles)» de Hobsbawm, l'Europe décentralisée, fidèle aux valeurs libérales, qui est aujourd'hui hui la seule à même de satisfaire la volonté des citoyens d'exercer leur souveraineté.

La politologue Ulrike Guérot en appel à une « République européenne »: « un marché, une monnaie, une démocratie », dans laquelle « présenterait « la cinquantaine des régions d'Europe – et non des« nations »d'aujourd'hui – que l'on retrouve sur les cartes médiévales» .

Étrange retournement de l'histoire: au XIX è siècle, c'est l'échec du libéralisme à remplir politiquement les revendications populaires des Européens qui a conduit à la victoire de l'idée nationale et au triomphe des États-Nations; il se pourrait qu'en Europe, le XXI è siècle opère le mouvement inverse et soit la revanche du libéralisme sur le nationalisme pour permettre l'exercice de la souveraineté des citoyens européens.

L'Europe et les Européens sont ainsi confrontés à une alternative historique: «démocratisation» et populisme ou démocratie et libéralisme . Il est aussi face à un enjeu politique majeur pour le nouveau siècle: la misère du souverainisme national ou la grandeur du souverainisme européen.

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