“Salah Abdeslam est un stoïcien.” A Bruxelles, les laborieuses plaidoiries de la défense

“Salah Abdeslam est un stoïcien.” A Bruxelles, les laborieuses plaidoiries de la défense


L'analogie est pour le moins audacieuse. Pour ne pas dire plus des incongrues. A l'entame de sa plaidoirie, Me Sven Mary, grue de bonze, profil aiguisé, voix assurée, prend par surprise la salle d'audience. Selon lui, Salah Abdeslam serait en effet un stoïcien qui s'ignore, du nom de ce courant philosophique grec dont les disciplines prônaient le détachement, la tempérance et l'acceptation de ce qu'on ne peut pas maîtriser.

"Salah Abdeslam est un stoïcien, il accepte de l'au-delà de ce qui est son pas encore", avance l'avocat de celui qui se présente comme "l'ennemi public" ° 1 ".

Les nouvelles voies de la sagesse passent-elles désormais par Daech? Avec cette étonnante saillie, le ténor du barreau belge, qui s'est forgé une réputation dans les dossiers de grand banditisme, tente tant bien que mal de nuancer l'effet désastreux laissé par la courte et lapidaire déclaration de son client, lundi dernier.

"S'il ne fallait pas s'en remettre à Zénon, quoi que ce soit d'Allah, ses déclarations n'en ont eu aucune importance; le pénaliste.

Sur le sait, la comparaison n'est pas raison. Mais elle peut parfois être déraison.

"Pourquoi plaider?"

En ce qui concerne les journalistes accrédités déjà décampés en l'absence du principal protagoniste du dossier, la plaidoirie de Sven Mary était tout de même fréquentée.

La tâche n'a rien d'aisé. Dans ses réquisitions, la procureure du parquet fédéral a demandé une peine de 20 ans de prison le maximum, à l'encontre de Salah Abdeslam et de Sofien Ayari qui comparaissait pour "tentative d'assassinat dans un contexte terroriste "à la suite de la fusillade de la rue du Dries, le 15 mars 2016.

Certains se sont exigés même si le pénaliste belge désavouer prendre la parole jeudi. Ou si prefererait jeter l'éponge alors que son client avait trois jours plus tôt qu '"Allah était son seul juge", refus de se lever de comparaître, une attitude de défi à l'égard de l'institution qui l'un "gêné", dira Sven Mary:

"Pourquoi plaider? Pour prendre encore la parole aujourd'hui?" Pour ne pas jeter à la poubelle des heures, des jours et des nuits passées à travailler sur ce dossier? "

Rien de tout ça. Selon l'avocat, s'il plaide, c'est parce que, contrairement à son client, lui, reconnait la légitimité du tribunal. Mieux: il la respect:

"Le plus grand pied à nez face aux barbares, c'est de leur révélateur que quoiqu'ils fassent, l'état de droit reste debout."

S'il plait, c'est aussi parce qu'il estime qu'il y a beaucoup de choses à faire dans le droit et sur les faits dans ce dossier.

"Comme si vous jugiez M. Dupont"

Pendentif près de trois heures et demie, une durée qui contraste avec les trois phrases de son client, Sven Mary a donc plaidé sur le droit et les faits. Avec un talent certain mais sans toujours convaincre. Diriger la préméditation et le contexte terroriste. Autrement dit, en faire un dossier de droit commun.

Pour commencer le dossier et les faits pour lesquels le tribunal est saisi:

"Ce dossier, c'est celui de la fusillade de la rue de Dries, et celui de la fusillade de la rue de Dries."

Comprendre: il s'agit de juger les tirs survenus le 15 mars 2016 lors d'une perquisition d'une équipe de policier dans une planque conspiratrice des terroristes qu'ils pensaient inoccupée, pas de juger les attentats de Paris ou de Bruxelles.

"Vous devez passer par le tribunal, c'est celui de l'innocence de Salah Abdeslam", a déclaré Me Mary.

Il enjoint le tribunal à ne pas "laisser le pollueur" par tout ce qu'ils ont vu, lu, entendu sur les événements. Pas si simple. Difficile en effet de ne pas corréler cette fusillade à ces attaques alors qu'elle concerne la même cellule djihadiste et survivante lors d'une perquisition dans une des planques conspirationnistes. Mais dans ce cas, pourquoi avoir disjoint ce dossier de celui des attentats en instruction, répondez à l'avocat? Ce qui n'est pas faux. Et c'est peut-être là où réside toute la difficulté de cette affaire.

"Jugez Salah Abdeslam, comme si vous jugiez Monsieur Dupont", un asséné Sven Mary.

En matière de droit, le pénitencier a été rendu en raison de la validité de la saisine du juge d'instruction chargée du dossier. Et par la même, de la procédure qui en découle. Selon l'avocat, le doyen des juges d'instruction spécialisée dans le terrorisme, un flamand, aurait dû rédiger son ordonnance dans une langue d'origine et non en français, et ce dans la loi sur l'emploi des langues de 1935.

"Une histoire belgo-belge, sûrement incompréhensible pour nos amis français", un prévenu le pénaliste.

Sur ce dernier point, difficile de lui donner tort.

Qui a tiré?

Sur les faits, le pénaliste belge a estimé que l'infraction terroriste n'était pas caractéristique de cette fusillade. Celle-ci n'a pas été déstabilisateur ou porteur de la nature à la Belgique. Il a ensuite pris l'objet de la question des tirs, dont certains ont blessé plusieurs policiers. Deux armes ont été retrouvées à la suite de la perquisition ayant mal tourné.

La première fois retrouvée au pied du corps sans vie de Mohamed Belkaid, un djihadiste de 35 ans. La seconde partie de la journée de la fuite dans la salle d'un immeuble par les deux autres occupants du logement, Salah Abdeslam et Sofien Ayari

Les deux armes ont été utilisées lors de la fusillade. La première a été tirée à 13 reprises. La seconde à 8 reprises. La magistrate fédérale a estimé dans ses réquisitions que les deux armes ont été simultanément.

"Une seule personne a tiré, considère pour sa part, Sven Mary, c'est Belkaid".

A l'appui de ses dires, il cite les noms de l'auteur de l'acte d'accusation qui a affronté un seul tireur. L'ADN de Salah Abdeslam n'a été retrouvé sur aucune des deux armes. Mais celui de Sofien Ayari sur la deuxième.

Par la suite, l'avocat s'est attelé à démontrer l'absence de préméditation, de concertation et de complicité avec Mohamed Belkaid.

"Je ne m'attendais pas à ce que nous puissions penser à Salah Abdeslam, à ce que l'on sait, c'est à Paris, il n'a pas encore abordé la confrontation avec qui que ce soit , at-il expliqué., Avant l'arrivée des renforts policiers, rue du Dries [à Forest]il a fui par les toits, il n'a pas cherché l'affrontement Trois jours plus tard, rue des Quatre-Vents [à Molenbeek]il sort in current par le côté gauche, celui où il n'y a pas de police dans ces trois cas, il n'a pas cherché l'affrontement avec les policiers. "

Dans la matinée, les avocats de Sofien Ayari, Me Laura Severin et Isa Gultaslar, ont aussi essayé de traverser leurs plaidoiries de rectifier l'image laissée par leur client lors de son interrogatoire de lundi.
"Il n'y a pas eu de volonté de s'associer avec Mohamed Belkaid, mais seulement une volonté de fuir, sinon il serait resté dans l'appartement", a expliqué Me Severin.

L'avocate a également tenté de distiller quelques éléments de personnalité pour contrer le portrait d'Ayari en radicaux achetés par le parquet fédéral. Né à Tunis, étudiant brillant, habillé à la mode, supporter du club de l'Espérance, il a été marqué par les événements liés au printemps arabe dans son pays. Bachar El-Assad, le "Ben Ali syrien", selon l'avocate. Laquelle n'explique pas pourquoi, dans ce cas, le tunisien a rejoint l'Etat islamique que "Armée Syrienne Libre".

Prêts à mourir en martyrs?

De son côté, Me Isa Gultaslar, citant le politologue Olivier Roy spécialiste de l'islam, pour lequel «la mort n'est pas un moyen mais la fin de l'action terroriste», Sofien Ayari et Salah Abdeslam ne voulaient "ni mourir ni faire un carnage":

"Ils ont des armes, ils ont des chargeurs." Quand on est déterminé, on prend la kalachnikov, on sort sur le palier et on tire sur les policiers pour mourir en martyr, le statut le plus convoité chez les djihadistes, Eux, ils fuient ", at-il avancé.

Avant de citer le cas des Kouachi, Merah ou Coulibaly, morts en affrontant les policiers, à l'appui de sa thèse. Ou d'évoquer les différents scénarios qu'auraient pu envisager les deux hommes en quittant l'appartement de la rue de Dries: prix d'otages, tirs sur la foule, attaque des policiers à revers …

L'argument a provoqué l'ire des parties civiles pour faire le contexte terroriste est évident. "A écouter leurs avocats, il faut leur remettre le prix Nobel de la paix", un tonné en réplique Me Tom Bauwens qui défend deux policiers de l'unité des bénédictions lors de l'assaut. Un peu plus tôt dans la matinée, il avait fustigé l'attitude de Salah Abdeslam:

"L'homme fatigué, je suis content qu'il soit resté dans son lit. Son comportement et son opportunisme me fatiguent. ne pas respecter pas notre justice, il se moque de notre état de droit mais demande de garder le silence au nom de ces mêmes droits. "

Les autres avocats des parties civiles ont tenu à rappeler que Sofien Ayari n'était pas venu par hasard en Europe mais bien pour préparer des attentats au sein d'un groupe terroriste:

"Quand Salah Abdeslam vient le récupérer à Ulm, il lui donne une carte d'identité belge avec sa photo." Cet élément prouve que son arrivée était prévue et attendue ", a expliqué Me Valérie Lefèvre. ]

Quant à la procureure du parquet fédéral, elle a tenu en réplique à rectifier un point abordé lors des plaidoiries:

"On ne pouvait pas faire d'autres projets d'attentats, mais le 15 mars. à l'époque pour cela il ya eu des préparatifs. "

Khalid El Bakraoui, le kamikaze du métro bruxellois, et Ossama Krayem, qui se renoncera à se faire exploser, selon deux jours avant la perquisition, une réunion se serait même tenue dans l'appartement de la rue du Dries. la magistrate.

A l'issue des débats, Sofien Ayari n'a pas puiser ajouter quelques mots pour sa défense. Et ce malgré la relance de la présidente du tribunal. Une forme de stoïcisme, sûrement. Le jugement sera rendu le 29 avril au plus tard.

Vincent Monnier

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