“Allez, avouez que c’est drôle” : j’ai pris un café avec un troll de niveau 2

“Allez, avouez que c’est drôle” : j’ai pris un café avec un troll de niveau 2


J'ai rencontré un troll. Un vrai: il se décrit comme "petit, trapu, les cheveux blonds clairsemés, et des petits yeux malicieux / pervers". Il s'appelle Stanislas, mais son vrai nom de troll, c'est The_gritch (Le Grincheux).

Dans les contes, les trolls sont des créatures monstrueuses de la mythologie nordique aux pouvoirs surnaturels, hostiles aux hommes. Sur Internet, ce sont les mêmes, les poils en moins.

Stan a 25 ans. Il est militaire dans l'Armée de Terre. Mais le soir, après sa journée de travail, il enfile son costume de troll virtuel et inonde Facebook, Twitter et les forums de jeuxvidéo.com d'injures et d'images racistes, antisémites, homophobes ou pornographiques.

Dans ses posts, il est aussi bête que méchant, le type qu'on aurait envie de gifler si sur l'en face. Et pourtant, IRL (dans la vraie vie), le voici poli, prévenant, bien supérieur, et plutôt drôle.

Blague sur Anne Franck

Nadia Daam, victime de la cyberharcèlement en novembre dernier, de "traînée", de "beurette" , et même à la violer.

Nadia Daam, le journaliste qui prend les coups et qui déchire

Et pendant qu'il déguste son café latte, on écoute ce fan de Booba et Montherlant débattre de la culture du troll. Car Stan le troll est philosophe: troller, pour lui, est une activité noble et instructive, un style de vie, un humanisme presque. C'est un vrai puriste, "à l'ancienne" comme il dit, qui trolle par pur plaisir de troller.

Stan est assidu, régulier et producteur de mèmes à ses heures perdues. Rappel: un mème Internet est une image ou un GIF animé qui détourne une situation avec ironie. Il ne faut pas trop insister pour qu'il nous dévoile sa dernière création: un portrait d'Anne Franck en noir et blanc, avec, en légende: #MeToo. Il nous regarde, goguenard, guettant notre réaction du coin de l'œil: "Allez, avouez que c'est drôle."

Sur un mal à saisir l'humour du truc. Grand prince, il nous excuse: une question de génération peut-être. Et puis: "Il est temps de se familiariser avec l'humour trollesque, c'est souvent le cinquantième degré."

"Bébés trolls"

Stan se définit comme un "expert de niveau 2", soit: "Celui qui trolle pour être drôle", entre "ceux qui font chier pour faire chier" et "ceux qui sont là pour militer, à l'extrême gauche ou à l'extrême-droite ".

Comme il y a différents types de trolls, il y a aussi différentes catégories.

Lui qui fait partie du panier, celui des "intello-trolls", vraiment méchants, mais avec des lettres s'il vous plaît. Il cite ses références, qui va de Proudhon à Georges Bernanos, en passant par Céline, Drieu la Rochelle, Rimbaud, le Professeur Choron ou encore Michel Onfray. De l'esprit, de l'intelligence et de l'humour, dit-il, tendance "anar de la liberté libertaire."

Rien à voir avec les "PYJ" (les pyjamas), surnommés ainsi qu'ils sont très jeunes, "décérébrés" et qu'ils postent des "trucs pourris, pipi-caca pas drôles". Exemples? Un GIF animé d'une meuf qui s'étouffe avec le sperme. Ou cette image d'un singe avec la tête de Taubira: "Ce n'est pas la connotation raciste qui me pose problème, que le côté surfait et premier degré", juge-t-il.

Sur les forums de jeuxvidéos.com, ces "bébés trolls" sont à mésaventures ces dernières années, regrette Stan, qui les méprise beaucoup: "Ils ont baissé le niveau de la culture générale des trolls", affirme le militaire. Lui, un vétéran du Blabla 18-25, il n'y a pas de doute sur les pieds: "Je suis sûr qu'ils ne savent pas même qui est Anne Franck", déplore-t-il.

Ce sont souvent ces mêmes "PYJ" qui lancent des "cyberguerres" et se produisent à harceler telle ou telle bloggeuse ou journaliste féministe: "Les féministes, comme les hipsters ou les bobos, sont les nouvelles cibles du moment", décrypte -t-il. Un héritage de l'esprit "geek" et misogyne des "gamers" qui hante encore les forums de jeuxvideos.com.

"A la base, c'est une communauté de boloss et de petits blancs frustrés, aigris par la vie et sans amis qui se missent à discuter de leurs combinaisons de vidéos et de se défiler des délires."

"Happisme" et "pastafarisme"

Au fil des années, la communauté a partagé une sorte de sous-culture, avec ses codes, ses délires, à l'origine de phénomènes internet. Absolument abscons pour la majorité de la population. C'est ainsi qu'au gré des mutations avec leurs homologues américains de 4chan ou Reddit, sur une vision apparente sur les forums de JeuxVidéos.com plusieurs "religions".

Le "noélisme", les adorateurs du smiley de Noël; suivi du "bonheur", les adorateurs de l'émoji heureux; Puis, les adorateurs du "monstre spaghetti": un Dieu libertaire et bourré qui fait le "Ramendan" (un jeûne à la base de Ramen, ces pâtes de riz instantanées en sachet en soutien aux étudiants en galère) et fête la Pasteur à coups de bols de spaghettis.

Bref, ça rigolait bien dans le bon temps avec les "kheys" (frères en arabe), comme s'appellent encore entre eux les utilisateurs du site.

Sauf qu'il y a deux ans, les forums se sont fait par le noyau des "militants d'extrême droite et des insoumis venus se taper l'incruste sur les forums pour lancer des campagnes plus ou moins nauséabondes". Ce qui "a complètement cassé le truc" et a convaincu Stan de "changeur de crêperie".

Culte de Henri de Lesquen

Sur un trolls qu'on mérite. Et ceux de Stan, maintenant trop vieux pour jeuxvidéos.com, sont des vétérans, des puristes du gros LOL bien potache, qui tâche et qui fait le mal. Les "vrais" puisent leur inspiration dans les pages Facebook fermées aux titres fleuris: "Mèmes autoréduits du Shlagistan libre", "Les Côtés Sark des Mèmes", "la Déchetterie", "la Porcherie" … C'est là que se créer, vivre et se recycler les pires mèmes d'Internet.

Les femmes, les Noirs, les musulmans et les enfants sont les principaux visés. Avec un esprit "bien hardcore", comme cette vieille photo où l'on voit des Noirs pendus, les pieds flottant au dessus du sol et cette légende: "Le sol est des privilèges des hommes blancs" ). L'été dernier, quelqu'un a aussi posté une photo du petit Aylan échoué sur la plage, comme carte postale: "L'amos à la playa".

N'importe lequel de ces messages peut être passible d'une lourde condamnation, mais Stan s'en "fout" éperdument.

Il admet rire aux "blagues" de Jean-Marie Le Pen et voue à une sorte de culte à Henri de Lesquen, ex-président de Radio Courtoisie, une "figure très estimée dans le milieu": "Quand il traite la journaliste Eugénie Bastie d''ordure cosmopolite' sur Twitter, c'est proche du génie tellement c'est drôle. " Pourtant, il joue à dissiper les orientations sur ses orientations politiques: "Je ne suis ni raciste, ni antisémite, ni misogyne ni homophobe." Mais nihiliste, nietzschéen, et "Boobéen", ça oui: "Je ne crois en rien: ni en l'homme ni à la politique ni à l'amour."

Ancien libraire

Stan déplore la chute de la virilité, la mollesse des "bons sentiments" et de la "bien-pensance". Et se voit comme un Robin des Bois libertarien: "for the legalization of toutes les drogues, pour l'arrêt de la limitation de la vitesse, pour la défense légitime et pour la libre circulation des hommes et des armes".

A la maison, il raconte qu'il était le genre de gosse très bon à l'école mais tout le temps puni pour l'impertinence. Fils unique, – père prof de physique, mère prof de français -, il crâne en bon "digital native", il n '"écoute pas la radio, ne regarde pas la télé" et n'a jamais ouvert un journal de sa vie ".

Avant d'être gendarme, Stan a été libraire, pendant un an. "Avec ma personnalité de misanthrope, ça m'allait très bien." C'est là qu'il a découvert Alain Blondin, Roger Nimier et tout le courant des intellos anticonformistes qui inspirent tant aujourd'hui.

L'humour de caserne ne lui va pas trop mal non plus. "Et tout ce qui va à l'encontre du politiquement correct aujourd'hui." Comment voit-il son implication dans la société? "Je ne vois pas la bande", dit-il, avant d'être "très égocentré: tout ce qui ne me touche pas directement ne m'intéresse pas".

On croit savoir qu'un jour, pourtant, Stan est tombé amoureux: elle était végan et … féministe. Preuve s'il est est, derrière la carapace de l'abominable troll des bois, il y a encore un petit cœur qui bat.

Marie Vaton

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