“Je ne me suis jamais senti aussi homme qu’en étant sage-femme”

“Je ne me suis jamais senti aussi homme qu’en étant sage-femme”


"Bonjour, je suis le sage-femme qui va s'occuper de vous." Blouse rose, voix grave, posée: Louis Mourier à Colombes, dans les Hauts-de-Seine.

"Ah on ne dit pas sage-homme?", S'enquiert le compagnon. Comme il a dû le faire cent fois, le praticien de 30 ans, sept ans d'expérience, son explication: "Non, le mot vient du latin" sapiens. "Le sage-femme, c'est celui qui a la connaissance de la femme. "

Pas question non plus de le désigner comme un "maïeutique", soit "celui qui accouche", terme trop réducteur à ses yeux. Car peu de monde le sait, mais un / une sage-femme peut suivre une grossesse de A à Z quand tout va bien, en pratiquant une épisiotomie prescrire la pilule …

2,7% d'hommes …

Seule une porte d'homme pour cette "connaissance de la femme": 2,7%, sur les 23,000 sages-femmes en exercice. La profession ne leur a ouverte en 1982. Au départ, des pompiers ou bien encore des parents de famille transcendés par la naissance de leurs enfants décident de sauter le pas.

"Les sages-femmes voyaient d'un mauvais œil l'arrivée des hommes, raconte Benoît Le Goëdec, l'un des pionniers, sage-femme libérale, enseignant et auteur (1). Les hommes ont dû faire leurs preuves, ils ont dû être empathiques. "

Anne-Marie Curat, présidente du Conseil national de l'Ordre des sages-femmes, ancienne cadre à la maternité du Centre hospitalier du Val d'Ariège, près de Foix, se souvient:

"Au début, certains ont été modifiés par les actes techniques., Parfois même après leur visite:" j'ai vu le médecin. "»

Un choix par défaut

Peu lucratif, bâtarde, à la croisée du soin, de la psychologie et du social: la profession n'attache pas d'hommes. Et bien souvent, ceux qui brouillent les maigres rangs là par défaut, à cause du mode de sélection.

Florent Pellegry, nombre de sages-femmes hommes de sa génération, espérait faire médecine. "La fin de la première année, mon classement m'a laissé le choix entre le sage et la femme. une idée claire de ce qu'on fait. "

 Victor Prost (BRG) "width =" 400 "/> </p>
<p> Victor Prost, 28 ans, sage-femme libérale en région parisienne, se voyait lui chirurgien cardiaque. </p>
<p><q> "Une cause du film" John Q ", que j'avais vu enfant <em> (Denzel Washington y joue un père désespéré qui prend en otage tout hôpital pour son fils bénéficiant d'une transplantation cardiaque, NDLR) </em> J'ai redoublé la première année de médecine à la fin, j'ai eu la dernière vraie place qui a donné droit à quelque chose.<br />
<q> Je ne connais rien au métier. C'est le père d'un ami, gynécologue-obstétricien, qui m'a expliqué ce que c'était autour d'un dîner. </q><br />
<q> Aujourd'hui, quand je vois mes amis internes, ostéo ou infirmiers, je me dis que j'ai de la chance. C'est une profession très gratifiante, les gens vous font confiance ", dit le jeune homme au regard d'étudiant, sac à dos et lunettes chics. </q></p>
<h4> "Des gardes entières sans patientes" </h4>
<p> Depuis la réforme en 2010 de la première année commune aux études de santé, la PACES, la donne un peu changé. On peut présenter le concours que l'on veut présenter: médecine, pharmacie, chirurgien-dentiste ou sage-femme. "Le revers de la médaille, c'est un encore moins d'hommes dans les promos!", Observe Anne-Marie Curat. </p>
<p> A leur contact, le sexisme prend mille visages. </p>
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Victor Prost: «Je ne sais pas être sage-femme car tu es un homme, tu ne comprends pas», soit «c» Je me souviens d'une sage-femme de garde pendentif l'un de mes étapes qui m'a fait la tête toute la nuit parce que j'avais oublié une sonde urinaire dans un kit de naissance. "

A contrario, les infirmières, parfois promptes à asticoter les étudiantes, lui fichaient une paix royale. "Elles semblaient avoir peur de moi parce que j'étais un homme." Des médecins qui ne sont pas toujours ravis de voir débarquer ces garçons qui, comme eux, présagent la blouse. "Certains veulent être les seuls coqs dans la basse-cour", pointe Benoît le Goëdec.

Quant aux patientes, elles oscillent elles aussi souvent entre rejet et adhésion extatique.

"A l'hôpital, j'ai fait des gardes entières sans patientes parce qu'elles refusaient d'être prises en charge par un homme, souvent pour des motifs religieux, racontent Victor Prost. qui ne me regardait pas même si elle se glissait 'lui, ne touche pas à ma femme'. "

"Mon homosexualité me sert beaucoup"

Anne-Marie Curat, du Conseil, a déclaré: «Nous devons nous rappeler plusieurs fois par le passé. de l'Ordre. En revanche, quand un accouchement se passe bien, sur se souviendra plus volontiers du sage-femme que de son collègue. "On devient presque sacré", reconnaît Benoît le Goëdec.

"Mes patientes font ma 'pub' à l'extérieur: 'il est hyper doux, prévenant' Mon homosexualité me sert beaucoup, car j'assume ma part de féminité", raconte Lionel Champ, 43 ans, 20 ans d'exercice au Centre hospitalier du Val d'Ariège.

Le fait de ne pas être un père en revanche éloigné de ses patientes.

"Je ne me sentais plus dans la paternité au quotidien." Je ne me sentais plus, je n'ai plus rien … J'ai besoin de faire une coupe de deux ans pour devenir enseignant. J'ai adopté un petit garçon en Haïti. »J'ai ensuite pu me réconcilier avec mon métier.»

Quand le débat sur les violences obstétricales a éclaté, tous se savaient assister au tournant. "Les étudiants sont à avoir peur de la connotation sexuelle du toucher vaginal", relève Benoît Le Goëdec. "Il est impossible de ne pas demander le consentement à la pratique du vagin, insiste Florent Pellegry, surtout quand on est homme." Ce n'est pas un geste de soin lambda. " Pour Lionel Champ, "avoir des gestes inappropriés est inconcevable."

Fusion des genres

Au contraire, estime Benoît le Goëdec, le métier de sage-femme rend ultra-sensible aux maltraitances et décuple tant l'empathie envers l'autre sexe qu'il fait fusionner les genres.

"C'est une fenêtre sur les discriminations." En tant qu'homme, je ne veux pas jamais appréhender le machisme. Je n'ai jamais été aussi équilibré, j'ai pu montrer mon côté féminin, je ne suis jamais senti aussi homme.
A mes yeux, le sage-femme est un androgyne, mi-homme, mi-femme. Il y a quelque chose d'universel dans cette profession, sur un espace suspendu. Des sages-femmes hommes découvrent leur homosexualité grâce à ce métier. J'ai moi-même franchi ce pas. "

Benoît Le Goëdec, père de cinq enfants, se bat pour que les couples gays qui décident d'être des parents soient assistés d'un ou d'une sage-femme. "Nous ne suivons pas les évolutions de la société."

(1) "Le guide de l'accouchement" (Larousse, 2010)

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