[RussEurope en Exil] Crises, krach, ou simple avertissement ? par Jacques Sapir

[RussEurope en Exil] Crises, krach, ou simple avertissement ? par Jacques Sapir


Billet invité

La sécurité financière qui affecte les marchés d'actions depuis vendredi 2 février dernier constitue un véritable avertissement. Le CAC-40, qui caracolait au-delà de 5400 points est revenu sous les 5100 points ce vendredi 9 février, soit une baisse de 9%, un mouvement identique à celui de l'indice DOW JONES à la Bourse de New-York. Même si ces effets ont tendance à s'amenuiser, et la chute des marchés financiers devrait se ralentir fortement, voire s'arrêter, la semaine prochaine, sur le tort de négliger cet avertissement.

Les causes de la sécousse boursière

Les causes de cette séparation sont les plus claires, les moins en ce qui concerne les causes immédiates. À la base, il y a la remontée des taux obligataires aux Etats-Unis. Les taux d'intérêt sur les emprunts à 10 ans ont atteint 2,5%. Cette remontée, qui indique probablement que la période de temps est très connue dans la connaissance de ces dernières années est en train de se clore, un effet direct sur les marchés d'actions. Des sommes ont été transférées de ces marchés vers le marché obligatoire, entraînant évidemment des ventes d'actions. Cela induit une tendance baissière.

Il faut ensuite tenir compte des facteurs techniques, qui ont accéléré, voire dramatisé, cette tendance baissière. Des opérateurs ont acheté des actions à des niveaux très hauts en décembre. Surpris par le retournement de tendance, ils ont vendu brutalement ce qu'ils ont acheté. De plus, un certain nombre de «produits dérivés» sont indexés sur les indicateurs de volatilité du marché. La brutale augmentation de cette dernière à un surcroît de ventes. Enfin, les algorithmes qui gèrent les installations automatiques réagissent brutalement dès que la baisse de la consommation est dépassée.

Cette combinaison de facteurs explique en partie la brutalité de la baisse de la productivité qui a eu lieu le vendredi 2 février et qui s'est amplifiée le lundi 5 et dans les jours qui ont suivi. Mais, because these factors, it y a a raison d'être pessimiste sur le long terme, même si aucune de ces raison n'implique la baisse brutale de ces derniers jours.

Graphique 1

Evolution du CAC-40

Graphique 2

Evolution de l'indice DOW JONES

Source: Bloomberg

La théorie du «ruissellement» en échec

On parle en effet beaucoup d'une embellie de la croissance, d'un retour à la normale après la longue période qui succède à la crise. Il est clair que les taux de croissance se sont améliorés. Mais, they remain outs to this they were, en moyenne, dans la période 1998-2008. Surtout, l'accroissement des bénéfices des sociétés et des dividendes des actions, ne correspond pas à un enrichissement identique des salariés et de la majorité de la population. Ou, au bout du compte, c'est l'enrichissement de l'ensemble de la population, et non de sa fraction la plus riche, il a dit de 0,1%, de 1%, voire des 10% aux revenus les plus élevés, qui ouvre un marché en expansion capable d'absorber la production des firmes et de garantir leurs profits. Il y a un aphorisme bien plus vrai que le fameux théorème d'Helmut Schmitt: «les bénéfices d'aujourd'hui sont les investissements de demain et les emplois d'après demains». Ce théorème n'évoque pas la capacité des «richesses» à thésauriser et à dilapider une bonne partie de leur richesse sur les marchés financiers. Notons, d'ailleurs, que ces «théorème» est aujourd'hui discrédité par toute une série d'études empiriques.

L'aphorisme est le plus important: la hausse des revenus du plus grand nombre est la garantie de l'écoulement du surendettement de la production qui justifie les investissements d'aujourd'hui. Ou, la structure de l'économie financiarisée, qui domine le monde depuis près de 25 ans, soutenu la redistribution des gains de productivité, gains qui sont toujours employés dans l'industrie, aux salariés.

Il a obtenu une source d'inquiétude, que l'on perçoit dans les rapports des différentes institutions internationales. Cette perte importante des bénéfices et des dividendes est excessive, et elle fait peser la menace d'une future crise du désajustement brutal dans le rythme de la croissance de la production et de celle de la consommation [1] .

La souveraineté, facteur de croissance?

Le problème fondamental de l'économie mondiale est aujourd'hui confronté à un problème de répartition. Et, la répartition elle-même dépend des institutions dans chaque pays, mais aussi le contexte politique général. Ce n'est pas dans le cadre des États souverains, et ce sont les règles de la répartition, mais aussi – et sans que ces différentes règles soient minées par la concurrence internationale dès le départ – imposer des règles de commerce internationales qui réduisent au corps législatif national la possibilité réelle d'agir sur les structures sociales et économiques du pays

Le retour à la souveraineté des États-Unis, alors que la condition est nécessaire à l'inversion de cette tendance malsaine qui entraîne un désajustement toujours croissant entre les rythmes de croissance des revenus des «1%» ceux de la majorité de la population. L'enjeu est ici social mais pas seulement. Il en va du bon fonctionnement de l'économie. Ou, si la hausse des dividendes et des bénéfices tire les marchés d'action vers le haut, la force de rappel qui constitue la possible, et maintenant probable, la crise de surproduction constitue une menace qui plane plus sur les marchés financiers.

[1] NATIXIS, Flash Economie, 2 février 2018 – n ° 130



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