Le dioxyde de titane disparaît des Malabar (mais il en reste partout)

Le dioxyde de titane disparaît des Malabar (mais il en reste partout)


Les enfants ne mâcheront plus de dioxyde de titane dans leur Malabar. La société “Carambar and Co”, repassé l’an dernier sous pavillon français, a retiré l’ingrédient controversé de ses chewing-gums Malabar, a indiqué son président Thierry Gaillard, lundi à l’AFP.

Utilisé fréquemment dans les sauces, les nappages ou pour blanchir les confiseries – et parfois, sans être précisé sur l’étiquetage – l’additif également nommé “E171” est souvent utilisé sous la forme de nanoparticules. Ces dernières, 50.000 fois plus petites qu’un cheveu, peuvent dérégler les cellules dans lesquelles elles s’immiscent et avoir des conséquences sur la santé des consommateurs. 

En 2006, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le dioxyde de titane comme “cancérigène possible pour l’homme” lorsqu’il est inhalé. Le dioxyde de titane peut être absorbé par voie digestive, en franchissant la paroi de l’intestin. “Carambar and Co” a donc décidé d’agir.

“Un sujet très important”

Par la voix de son nouveau président depuis janvier, Thierry Gaillard, la société s’est positionnée contre l’utilisation du dioxyde de titane dans ses chewing-gums Malabar : 

“Nous avons enlevé l’ingrédient dioxyde de titane du produit Malabar depuis la fin 2017, ce qui veut dire que les chewing-gums vendus actuellement n’ont plus cet ingrédient, mais cela n’apparaîtra sur les emballages qu’à la fin du premier semestre 2018.”

Pour justifier ce changement de recette, Thierry Gaillard précise “l’importance” du sujet : “C’est un sujet très important, nous avons toute une réflexion RSE [Responsabilité sociétale des entreprises, NDLR] en cours”. Carambar & Co, qui détient également les bonbons Krema et les pastilles Vichy, a annoncé sa volonté de redevenir leader du marché français, ce qui passe visiblement par la suppression de l’additif controversé. 

Des produits épinglés 

Biscuits, confiseries, gâteaux, sauces, épices… Aujourd’hui, de nombreux produits alimentaires, encore en rayon, ont dans leur recette, du dioxyde de titane. Carambar & Co, à l’inverse de plusieurs de ses concurrents, n’était pas ciblé par la plainte d’UFC-Que Choisir datant de fin janvier. L’association de consommateurs accusait neuf entreprises agroalimentaires ou de cosmétique d’avoir commercialisé des produits contenant des nanoparticules non mentionnées sur l’étiquette. L’association rappelait pourtant les risques :

“Si la taille des nanoparticules est infinitésimale, le doute sur leur impact sanitaire et environnemental est, lui, gigantesque.”

Les neufs produits épinglés par l’UFC-Que-Choisir qui contiennent des nanoparticules, tel que le dioxyde de titane, et qui le dissimulent sont les suivants :

  • la soupe “Poule au pot déshydratée” de Casino,
  • la préparation instantanée “Cappuccino Maxwell House”,
  • les “M&M’s Peanuts” de Mars,
  • les épices “Ducros Mélange malin italien”,
  • le “stick à lèvres nourrissant Avène Cold Cream”,
  • la crème solaire “Lavera 100% minérale SPF30”, 
  • le gloss “effet 3D-33 brun poetic” de Bourgeois,
  • le dentifrice Aquafresh triple protection+blancheur de “GlaxoSmithKline”,
  • le “déodorant Sanex Natur 48h” de Colgate-Palmolive.

Au total, 87% des 40 produits cosmétiques et 39% des 74 produits alimentaires (confiseries, décorations pour pâtisserie, épices…) analysés contenaient des nanoparticules.

Une enquête de “60 Millions de Consommateurs” de août 2017 accusait également certaines marques d’utiliser des nanoparticules de dioxyde de titane sans y faire mention sur l’étiquette. Parmi eux figurent :

  • les Napolitain de Lu,
  • les gâteaux glacés Monoprix Gourmet,
  • les M&M’s.

Absence de réglementation

En juin 2016, l’ONG Agir pour l’environnement avait alerté sur la présence fortes de nanoparticules dans plusieurs denrées vendues, dont l’E171. 

L’inhalation du E171 est déconseillée aux ouvriers en nanotechnologie ou aux pâtissiers qui manient l’additif, selon une étude du CIRC, mais les dangers du dioxyde de titane par voie digestive sont encore à prouver. Après des tests sur des animaux, l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) avait conclu que l’exposition chronique au dioxyde de titane favorisait la croissance de lésions pré-cancéreuses chez le rat. A la suite de cette étude, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) avait été saisie par le gouvernement en juillet 2017. Dans son bilan, elle annonçait “des évaluations qui seront menée en 2018″, dans le but de “prouver les risques et les dangers du E171 sur l’Homme” et ainsi “peser l’utilité […] de la mise sur le marché de tels produits”.

Mais en attendant, aucune réglementation n’existe, ce que déplorait Laurent Chevallier, médecin nutritionniste à “l’Obs” en août 2017 :

Les additifs sont autorisés sur leur forme conventionnelle, mais sous la forme de nanoparticules, on ne sait pas très bien ce qu’il se passe au niveau de l’organisme.[…] La présence de dioxyde de titane doit être clairement spécifiée, et les sanctions doivent être fortes en cas de non-respect.”

Le problème, relevé en 2016 par Agir pour l’environnement, se pose particulièrement pour les enfants. Selon l’ONG, les jeunes consommeraient “deux à quatre fois plus de titane que les adultes”. En cause : l’ingestion de sucreries ayant des niveaux élevés de nanoparticules de dioxyde de titane. D’autant que les enfant apparaissent “plus fragiles du fait d’un organisme en plein développement”. 

B.A.

L'Obs



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