Les libéraux sont-ils les seuls à résister au pouvoir ?

Les libéraux sont-ils les seuls à résister au pouvoir ?



Liberté et démocratie ne vont plus de pair. Et ceux qui se réclament de la liberté contre l'extension sans limites des États démocratiques font paradoxalement comme des anarchistes. Sur les appel libéraux.

Par Patrick Aulnas.

L'image du libéralisme est mauvaise dans le grand public parce qu'elle est associée à l'argent. Les doctrines économiques libérales ont en effet préempté cette philosophie politique avec l'aide très active des marxistes

Le libéralisme économique offre un repoussoir commode à tous ceux qui se réclament du communisme, du socialisme ou même de la social-démocratie. A la générosité, aux libéraux l'égoïsme de la lutte pour la vie.

Le libéralisme, goût de la liberté et de la dépendance au profit

Mais le libéralisme n'a rien à voir avec l'addiction au profit, ni même avec un intérêt marqué pour l'argent. Il s'agit d'une philosophie de l'individu et de sa liberté dans l'espace social. Est libérale toute personne qui place l'individu au premier plan, qui n'accepte pas qu'il soit constamment subordonné à des intérêts collectifs.

Faire société supposer une organisation dans laquelle l'individu trouve sa place, ce qui suppose une discipline commune basée sur des normes juridiques consensuelles. Mais une société libre ne peut pas accepter le primat du collectif sur l'individu. La liberté est individuelle ou n'est pas. Elle est appelée à adhérer à des orientations idéologiques ou à des mouvements collectifs, mais à l'abolition du droit de s'abstenir et du droit d'entreprendre.

Qu'est-ce qu'un homme libre?

Qu'est-ce qu'un homme libre aujourd'hui? Que faut-il à l'individu pour qu'il se sente libre? L'argent ne compte pas ou très peu. Est celui qui se réalise dans une activité qu'il a choisie. Si les quelques instants d'une vie humaine sont une succession de choix de personnes et non d'un déterminisme, cette vie est une réussite.

Vivre libre, c'est être jardinier et aimer jardiner, avoir le goût d'entreprendre et créer une entreprise, vouloir soigner ses semblables et être médecin, éliminer un altruisme hors du commun et être l'abbé Pierre. Idéalisme de pacotille? Approche réductrice de la complexité des sociétés contemporaines? Pas vraiment. Nietzsche préconisait déjà «d'être ce que nous sommes».

Si la liberté individuelle signifie quelque chose, elle doit être à la disposition de tous. Il n'est donc pas possible de penser que la liberté et la réussite économique vont de paire. Il n'est pas possible non plus de penser qu'elles sont exclusives de l'autre. Lorsque Bill Gates, après une réussite économique exceptionnelle, crée une fondation pour lutter contre la pauvreté et favoriser l'éducation dans les pays pauvres, il manifeste son sens de la liberté.

Plus d'un million de dollars en Afghanistan avec un peu de monnaie en poche pour rejoindre l'Angleterre et y réaliser un rêve, c'est aussi exercer sa liberté. Et même si la précarité économique et l'insécurité politique expliquent la migration, celle-ci reste un choix individuel, un acte de liberté.

Le libéralisme, dernière grande évolution de la pensée politique

Après que le christianisme ait affirmé en Occident que tout être humain ait le statut de personne et ainsi passé l'approche inégalitaire de l'Antiquité qui distingue les esclaves et les hommes libres, le seul grand progrès de la pensée politique a été la conquête de la liberté. Le christianisme apportait l'idée de la dignité de tout être humain, mais il a fallu attendre de longs siècles, à peu près jusqu'au 18 e pour qu'émerge le concept d'autonomie de l 'individu.

Cette autonomie est protégée par un pouvoir de l'opposer à ses propres valeurs. Nulle obligation de se réclamer d'une affiliation religieuse, idéologique ou partisane dans une société libre. L'individu définit même ses priorités, peut emprunter plusieurs pensées et appartenir à plusieurs organismes.

Au 20 e siècle, le communisme, sous prétexte de l'égalité, un besoin d'annihiler l'autonomie de l'individu dans le soumissionnaire à nouveau à une pensée monopolistique et à une hiérarchie étatique. Il a totalement échoué.

Le dépassement du marxisme n'a pas eu lieu. Il n'y a plus de révolutionnaires parce qu'il n'y a plus de pensée révolutionnaire. L'atavisme constructiviste se manifeste rarement par la violence aujourd'hui. Il prend la forme des propositions réformatrices visant à étendre toujours plus loin la sphère étatique, l'emprise du collectif sur l'individu, la limitation de la liberté individuelle. Les partis écologistes et sociaux-démocrates sont les principaux. On pense à Sens commun cherchant à imposer autoritairement à tous une conception intangible de la famille.

Le libéralisme, lui, est un réformisme pour toujours résister à la croissance du pouvoir politique, au cantonner à sa sphère incompressible, les attributions régaliennes

Résister

Lors de l'impulsion de la prodigieuse croissance économique des deux siècles précédents, les États-Unis sont enclins à l'économique et au social, le risque majeur pour la liberté a subi une sorte de traduction. Il résidait dans l'accaparement du pouvoir politique par un dictateur qui devait être roi

Il se situe désormais dans l'envahissement du corps social tout entier par les minuties et dans l'utilisation de la violence étatique pour pionnier des revenus gigantesques sur les revenus et les patrimoines en prétextant de l'intérêt général.

Le Léviathan étatique dévore à belles dents la société civile sans le moindre autoritarisme, tout est consenti dans le respect scrupuleux des formes démocratiques.

Ainsi, liberté et démocratie ne vont plus de paire. Et ceux qui se réclament de la liberté contre l'extension sans limites des États démocratiques font paradoxalement comme des anarchistes. Sur les appel libéraux.



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