“Le nouveau visage de Big Brother”

“Le nouveau visage de Big Brother”


L'exigence de transparence est-elle une vertu ou un "despotisme sournois" comme le disait Tocqueville bien avant l'invention d'internet? Un combat légitime contre toute forme de pouvoir exorbitant ou un poison affaiblissant la démocratie? A l'heure de la révolution numérique, Denis Olivennes, dirigeant d'entreprise, et Mathias Chichportich, avocat, analyste, dans "Mortelle transparence", commenter cet "instrument", qui ne devrait servir qu'à lutter contre les dictatures, s 'est transformé en idéologie. "L'Obs" en public ci-dessous quelques extraits.

Affaires Hulot, Darmanin, Mennel … faut-il tout balancer?

"La transparence devient l'alpha et l'oméga de notre vie en société.

Ses porte-parole sont nombreux. Les gourous de la Silicon Valley qui conçoivent la vie privée comme une parenthèse de l'humanité. Les grandes sociétés du monde numérique et les jeunes start-up qui voient dans les algorithmes et l'intelligence artificielle la poule aux œufs d'or de demain. Certains juges et procureurs pour qui justifient les moyens et le droit confondus avec le moral. La foule anonyme des forums et des réseaux sociaux qui exige de tout savoir sur chacun.

Pendentif longtemps, le combat pour l'émancipation des hommes consiste à arracher à l'arbitraire pour leur reconnaître le droit à la liberté en tant qu'individus. Ce fut l'œuvre, notamment, de la Révolution.

La transparence était un objectif car elle était conçue comme l'instrument d'une lutte contre le despotisme opaque du pouvoir.

L'antidote au secret derrière lequel s'abritaient l'arbitraire politique, les caprices des monarques, les complots des tyrans et des prêtres

Les totalitarismes nazi et stalinien, chacun à sa manière, inverser le sens de ce mouvement, en imposant, au service de la terreur, au contrôle total des consciences et des actes.

Leur essence était l'abolition de la séparation, entre les pouvoirs eux-mêmes, comme entre les pouvoirs et la société civile. La société sans division était toute entière absorbée dans l'État et l'État dans le Parti unique, développant une transparence perverse afin d'exercer un contrôle absolu sur ses membres. Le rêve du totalitarisme était celui décrit par Orwell dans '1984' d'une 'Police de la Pensée' qui poussent le souci de tout savoir pour essayer d'entrer dans le cerveau même des habitants d'Océanie.

La défaite des barbaries démonétisa un temps la transparence comme projet de société. Puis elle refit progressivement surface sous les auspices post-soixante-huitards de ce que l'on appelle l'élan libéral-libertaire: plus de droits pour les individus, moins de puissance pour les institutions. Mais, d'instrument, la transparence s'est transformée en idéologie. Aujourd'hui, elle s'apparente à une nouvelle servitude, indolore et volontaire, avec le doux visage du progrès moral

La révolution démocratique a voulu rendre le pouvoir plus transparent pour les citoyens. Le monde totalitaire a tenté de rendre les citoyens entièrement transparents pour le pouvoir. La société postmoderne serait-elle celle de la transparence complète de chacun pour chacun? Les prémisses d'un «totalitarisme doux»? […]

Servitude volontaire

D'où nous avons-nous besoin de croissant exposant? Cette démangeaison compulsive de guetter l'écran de notre smartphone? Cet irrésistible désir d'être connecté?

Avant tout, de notre goût du bien-être. Pour Tocqueville, il serait si grand qu'il conduisait les sociétés démocratiques à sacrifier progressivement leurs libertés individuelles. Au point de réduire «chaque nation à n'être plus un troupeau d'animaux timides et industrieux» …

A cette passion se mêlent les ressorts traditionnels de la servitude volontaire, chère à La Boétie. Ce n'est pas le pouvoir qui crée l'obéissance, mais l'obéissance qui crée le pouvoir. Engourdis par nos habitudes, divertis par les spectacles, nous perdons insensiblement insatisfaits, devenant les instruments de notre propre oppression. Au point que le tyran asservit les uns par le moyen des autres. […]

Tyrannie de la majorité

La puissance de la société numérique décuple ainsi la pression exercée sur ceux qui deviennent les cibles. Ces dernières sont alors conduites à des exercices de contrition qui rappellent les formes médiévales d'humiliation publique ou les séances de maoïstes d'autocritique

L'opinion majoritaire impose ses vues dans un tribunal instantané qui fixe ses propres normes sans s'embarrasser des règles du procès équitable: le tribunal du buzz.

Au sein de ce prétoire virtuel, pas de juge indépendant pour le droit ni d'avocat pour assurer le droit de la défense. Il n'y a qu'une seule règle: peu importe le contenu, c'est le nombre qui fait la valeur, et le nombre s'aligne sur la pensée «conforme».

'La tyrannie de la majorité' est en marche, dirait Tocqueville, et rien ne semble pouvoir arrêter. Alors que le monarque, par sa matérialité matérielle, le principal exerce dans une démocratie qui influence la volonté des citoyens. Il résume cette analyse:

'Je ne connais pas de pays où il règne en général moins d'indépendance d'esprit et de véritable liberté de discussion en Amérique.'

Aucun pouvoir ni aucun individu ne résistent à la puissance de l'opinion publique. Qu'elle soit visible ou invisible, ordonnée ou désordonnée, cette dernière est plus efficace qu'elle n'est généralement pas institutionnalisée. Elle est l'expression même de la démocratie et amplifie le conformisme ordinaire propre à chaque société humaine.

Les individus sont portés à devenir l'instrument docile des opinions communes. Chacun d'entre eux ne peut être identifié comme égal ou égal, la seule autorité intellectuelle tolérable est celle de l'opinion du plus grand nombre. La liberté de jugement se réduit à mesurer l'opinion majoritaire. […]

Tribunal médiatique

François Bayrou, Richard Ferrand, Marielle de Sarnez, Sylvie Goulard, Michel Mercier … déjà cinq démissions sous l'ère Macron! Bien qu'imparfaite, la jurisprudence Balladur avait le mérite d'avoir édicté une règle: un ministre démissionne quand il est mis en examen. Aujourd'hui, la pression et la confusion sont telles qu'une simple enquête préliminaire peut suffire. Et demain? Une plainte adressée par lettre anonyme? Une dénonciation sur #balancetonministre?

Les légendes de la légitimité des enquêtes en cours et des enquêtes sur ces personnalités, ces démissions sont enchâssées dans leur principe.

Car aucune accusation n'a été notifiée par la justice, seulement un soupçon disséminé dans la presse. Les mots de Léon Blum sur la dépouille de Salengro – «il n'y a pas d'antidote contre le poison de la calomnie», ou de François Mitterrand sur celle de Bérégovoy – «livrer aux chiens l'honneur d'un homme» – devoir pourtant inciter à la prudence …

A l'heure du tribunal de la liberté d'expression, la transparence devient le paravent d'un règne du soupçon qui peut conduire aux délits sauvages, aux langages publics et aux erreurs de la cible.

Rappelons-nous les gouttes de sueur perlant sur le front de Dominique Baudis, contrainte de se rendre sur le plateau de TF1 pour affirmer devant la France la pièce qui était ni un proxénète ni un assassin. Des mois d'hallali médiatique ont rendu infernal la vie de ceux qui ont été définitivement blanchi par la justice.

Gardons à l'esprit le déchaînement médiatique et les nombreux commentaires disséquant avec une gourmandise malsaine les SMS de Dominique Strauss-Kahn dans l'affaire du Carlton de Lille. Trois ans d'instruction, trois semaines de procès et douze se détend!

Souvenons-nous de l'affaire Bettencourt. Après trois ans de procédure, Nicolas Sarkozy a finalement bénéficié d'une compensation pour un non-lieu et Eric Wœrth a été relâché en mai 2015. Combien d'euros cette affaire a-t-elle fait couler!

On pourrait multiplier les exemples de violations flagrantes de la présomption d'innocence. Boucles de mails, groupes, pétitions, blogs et réseaux sociaux: les jugements à l'emporte-pièce sur les éléments tronqués de procédures et fleurissent allègrement. Le caractère commun des publications et de certains types de publication, mais aussi des documents qui sont sélectionnés pour une analyse unidimensionnelle. "

© Albin Michel, 2018.

"Mortelle Transparence", 198 p., En librairies.

(Les intertitres sont de la rédaction)

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