Mais qui est ce Valentin qui prend chaque année les tourtereaux pour des pigeons ?

Mais qui est ce Valentin qui prend chaque année les tourtereaux pour des pigeons ?


Il ya quelques années, notre ami François Reynaert publie sur notre site une pieuse chronique hebdomadaire racontant à nos lecteurs la vie des saints (1) . Valentin, saint qui prend les tourtereaux pour les pigeons.

Même pour les incroyants, l'hagiologie, c'est-à-dire l'étude de la vie des saints, ce petit exercice spirituel nous nous efforçons ici de nous entraîner, est pleine de ressources précieuses. Prenez notre candidat de la semaine, dont nul n'ignore que la fête le 14, le célèbre Valentin.

Je passe sur la vie du saint lui-même, elle n'a que peu d'intérêt. Il est un de ces innombrables martyrs de l'époque romaine, un de ces deux classes de l'armée du Ciel, dont on est si sûr de la biographie qu'on lui attribue deux ou trois.

Saint Valentin, au gré des textes, est un tour à tour romain, évêque de Terni, ou évêque de Rhétie, ce qui vous passionne déjà, il y a seulement deux lignes, vous ne saviez même pas que ce nom existait. Je suis dans un bon jour, je suis le précis par parenthèse: la Rhétie est une province romaine que l'on peut situer grosso modo autour de la Bavière, du Tyrol et de l'est de la Suisse. Cela ne sert à rien, mais au Scrabble, qui sait?

Je glisse également sur la métamorphose historique qui fit passer le saint homme du rang de martyr obscur au statut que nous connaissons aujourd'hui, celui de protecteur des fleuristes, des menus spéciaux pigeons (en couple), des mugs avec la tête de ta douce reproduction ci-dessus, des cahiers de petites annonces de journaux, de cartes postales neuneus, et de toutes ces dégoulinades de guimauve qu'on veut maintenant faire avaler le 14 février.

La folie des "luperques"

Deux théories s'affrontent pour expliquer ce changement. L'une est pastorale et saisonnière. On fêterait les amoureux ce jour-là, parce que les paysans, en particulier ceux d'Angleterre, et ceux de la moitié nord de la France, ont remarqué que les oiseaux commençaient à cette date. C'est charmant mais peu crédible. Je n'imagine pas que les oiseaux ont un calendrier qui se reproduit dessus 14. le 14. En forêt, ça s'entendrait. Admettons que l'on soit plus plus la période. Pourquoi, dans ce cas, ne pas prendre comme date de l'amour, la veille, saint Evroult abbé d'Ouche, ou le lendemain, saint Jovite? "Tu as fêté ta Valentine?" "Non, moi j'ai la Jovite". On dirait un nom de maladie vénérienne, ça nous mettrait tout de suite dans le bain, si j'ose écrire.

L'autre explication est plus solide. Une fois de plus, comme c'est le cas pour d'autres, la fête nouvelle sert à christianiser plus ou moins habillage la fête païenne qui prééexistante. Cette dernière s'appelait la fête des Lupercales. Les latinistes élégants ont vu poindre, derrière la racine du mot, le musée de la fameuse louve de Rome, celle qui nourrit à la maman Rémus et Romulus, les fondateurs de la ville. Ça n'en fait pas pour autant la fête du biberon – ce que regrette les alcooliques, mais celle de la fécondité. Lors des swingantes cérémonies célébrer ce jour-là, les "luperques", c'est-à-dire les gaillards alors à la noce, "couraient à demi dans les villages et frappaient les filles qu'elles voulaient épouser avec les lanières des bêtes qu'on venait d'égorger ". On voit que là de temps, on sait rire. Ah! dans les restaurants, ça serait une autre gueule, si on se remettait à ces saines pratiques au lieu de se contenter des couillonnades au sirop qu'on se sert aujourd'hui.

On doit obligatoirement les types à assister à l'abattage de la bête en cuisine (le veau, le mouton, la belle-sœur, c'est selon) avant de lancer au milieu de la salle, à la poursuite de leur dulcinée en slip kangourou, avec l'os du gigot et des épisodes de fourrure pleins de sang à la main. Pour une fois, on aurait envie de sortir ce soir-là.

Le symbole du gaufrier

Quoiqu'il en soit, et c'est le point où je veux en venir, l'étude précise des textes sur Valentin nous apprend à cause de la date à laquelle sur la fête, il fut, pend longtemps, locataire dans une main principale (annonce du printemps qui va revenir) et dans l'autre un gaufrier. Certes c'était pour annoncer le carnaval, qui ne se fête plus, trop chez moi, à Dunkerque. Peu importe. C'est bien cette dernière pratique. Au lieu des cartes postales idiotes et des cœurs niaiseux qui tombent alors dans la pluie, il faut rendre au saint ce qui lui appartient: le gaufrier. Évidemment, on peut parfaitement modernizer l'ustensile: le gaufrier qui fait en même temps crêpière et nécessaire à raclette sera bien aussi. Voire la fameuse yaourtière.

Et en très peu de temps, on aura compris enfin l'intérêt de cette avancée sociale: avec les mots pareils, la Saint-Valentin fera la fête des mères en même temps. Deux niaiseries fondues en une seule, un réel progrès.

(1) Reprises en volume sous le titre "La Planète des Saints" (Hachette littératures, 2007)

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