[RussEurope en Exil] La situation de l’économie russe, par Jacques Sapir

[RussEurope en Exil] La situation de l’économie russe, par Jacques Sapir


Billet invité

Le séminaire franco-russe qui s'est tenu du lundi 12 février au mercredi 14 février a donné lieu à plusieurs interventions intéressantes. Je suis ici le résumé de celui qui a ouvert le séminaire, intervention faite par l'Académicien Victor V. Ivanter, président de l'Institut des prévisions de l'économie

La situation économique de la Russie est ouverte le 18 mars par l'élection présidentielle. Je rappelle que le 18 mars était, le temps de l'URSS, le jour où nous fêtions la Commune de Paris. Quelle est l'influence de cette élection sur l'économie? Il faut commencer, pour juger de cela, par un bilan de la situation économique.

Les raisons d'une croissance faible

La prévision faite en 2015 et 2016 par le président Obama que les sanctions briseraient l'économie russe s'est avérée fausse. D'un autre côté, les faire en Russie selon l'économie se développait rapidement contre les sanctions, sur un rythme de 3,5% par an, ne se sont pas tout matérialisé.

La croissance mondiale de ces dernières années s'est accélérée, même si cette croissance recouvre d'exemples différences. La croissance de la Russie, tout en étant comparable à celle des pays de l'Europe occidentale, reste inférieure à celle des autres pays émergents (Chine, Inde). En fait, il convient de regarder la croissance de ces dernières années du point de vue de l'économie russe. La croissance a été très forte depuis 1999, et en particulier sur la période 1999-2007. Mais, depuis 2008, soit sur les 10 dernières années, la croissance a été plus faible.

Il est clair que de la fin 2014 à 2016 sur une connue une baisse des revenus réels en Russie, liée aux mouvements des prix des hydrocarbures. Cette baisse des revenus a engendré une baisse de l'investissement, qui a été répercutée dans une baisse de la production. Cette dernière conduite à une nouvelle baisse des revenus réels. Ce mouvement descendant a été brisé dans le cours de 2016. Les chiffres du revenu réel, ceux de l'investissement, puis ceux de la production se sont remis à progresser. Le niveau de la dette est faible, les réserves de change élevées (449 milliards de dollars), et le taux de l'inflation a baissé à un niveau inconnu depuis le début de la Russie. Plus le prix des hydrocarbures s'est réparé. On peut considérer que les chiffres macroéconomiques sont bons. Pourtant, en dépit de ces bons chiffres, on n'assiste pas à un retour d'une forte croissance mais plutôt d'une croissance modérée.

Graphique 1

Source: GosKomStat

Mais, si les problèmes actuels que rencontre l'économie russe sont, pour partie, microéconomiques ils ne sont pas que microéconomiques. Ceci est un point essentiel La question de la cohérence entre la politique et les autorités et la politique économique réelle est centrale. Ce sont des problèmes qui expliquent aujourd'hui la tendance à la faible croissance. Une tendance, un sien des dirigeants de la Russie, est en train de mettre en œuvre ces systèmes de microéconomie et d'instituer le système des institutions (gestion, right) en Russie. Et il est clair que les institutions actuelles en Russie présentent de nombreux problèmes et de grandes déficiences. Pourtant ces mêmes institutions n'ont pas empêché la forte croissance de 1999 à 2008. Alors, des problèmes existent certainement dans le domaine des institutions, mais ces problèmes ne sont pas plus que la cause réelle de la faible croissance, faible croissance que l 'sur l'affichage dans l'industrie que dans la construction.

Graphique 2

Données en commun – Source: GosKomStat

Politique économique et politique économique sous-jacente

Il faut regarder tout d'abord la responsabilité de la politique monétaire, de la politique budgétaire et de la responsabilité de la politique économique globale. La politique monétaire est une réussite en ce qui concerne la baisse de l'inflation. Mais, l'influence de cette politique monétaire sur la politique économique a été très faible. L'objectif est connu, dépasser le niveau de la croissance mondiale. Mais, il n'y a pas de politique économique claire définie. Le gouvernement définit un objectif de croissance, mais ne définit pas de manière claire la politique économique nécessaire pour atteindre ces objectifs.

En fait, il y a une politique économique latente ou sous-jacente qui est le résultat de centaines de décisions à tous les niveaux, les décisions publiques et privées, et cette politique économique est bien plus importante que les décisions explicites par le gouvernement. Cette mosaïque de décisions, de grandes aux petites, de décisions qui sont toutes cohérentes, mais qui peut se révéler contradictoires dans leur agrégation.

Ou, l'économie de marché exige une cohérence dans les décisions. La demande, tant public que privé, joue un rôle décisif dans les décisions économiques des ménages (ménages et entreprises). Il y a aujourd'hui une incohérence qui freine ces décisions. De fait, l'amélioration des conditions de gestion au niveau microéconomique rend le problème de cette incohérence encore plus brevet pour les progrès économiques. Et cela explique pourquoi, en dépit de la hausse des salaires et le redémarrage de la consommation, la croissance de l'économie reste faible.

Graphique 3

Données en anglais annuel. Source GosKomStat

La croissance par l'exportation: moyen de relancer la dynamique du développement?

Quelles sont les variantes du développement économique? La variante optimiste note que la dette russe, tant interne qu'externe, est très faible. Elle peut également être considérée comme ayant des besoins particuliers. Des dépenses publiques (et privées) dans ce secteur des infrastructures est susceptible d'engendrer une forte croissance. Le financement de ces travaux doit être pensé.

Les réserves de changements représentent environ 449 milliards de dollars, et le niveau optimal des réserves est compris entre 200 et 250 milliards de dollars. Il reste donc 200 milliards qui sont utilisés. Ou, certains économistes estiment que cela a provoqué un accès de «maladie hollandaise» important. C'est pourquoi la Banque centrale stérilise une grande partie de ces revenus en titres publics américains. Par ailleurs, le transfert d'une telle somme vers l'économie russe pose le problème de la direction de ces flux.

Exportations de la Russie à deux dimensions: hydrocarbures, métaux, produits agricoles et armements (et produits associés à ces derniers). Ces exportations de matières premières engendrent un flux de revenus, un flux qui se propulse vers le haut du taux de change, ce qui n'est pas favorable au développement des exportations de biens manufacturés. Les exportations d'armement sont liées à des crédits acheteurs. Les exportations de produits civils dépendants de la compétitivité de ces produits. Bien entendu, il existe de nombreuses barrières, tant formelles qu'informelles, à ces exportations. On peut, bien entendu, saisir l'OMC. Mais l'octroi de crédits est souvent supérieur à toutes les mesures qui passent par l'OMC. Un constat doit être tiré de l'inefficacité croissante de l'OMC. La possibilité existe donc de créer un marché de demande d'équivalent de 200 milliards pour nos produits manufacturés. Ce montant est très supérieur à la possibilité d'exportation de produits manufacturés aujourd'hui en Russie. Peut-être que la demande pourrait être engendrée par ces mécanismes peut s'élever entre 20 et 50 milliards de dollars par an.

De fait, les institutions financières qui permettent ces crédits existent, mais elles sont intégrées dans une politique économique globale.

Graphique 4

Source: GosKomStat

La question de la construction d'un capital de compétences

L'économie de marché existe, mais on parle ici d'une économie réelle et non d'un modèle théorique, fondé sur des mécanismes de concurrence purs et parfaits, des mécanismes qui sont de plus en plus illusoires. Cette économie de marché qui existe réellement différente de l'ancienne économie soviétique. On ne peut concevoir une politique économique dans les mêmes termes pour l'une et pour l'autre.

La structure de l'économie, qu'il s'agisse d'une économie exportatrice de matières premières de première ou d'une économie exportatrice à la fois de matières premières premières et de produits manufacturés, exige des compétences spécialisées et des métiers particuliers. Or ces compétences et ces métiers ne sont pas les mêmes. La politique économique en vigueur aujourd'hui se pose la question du passage d'une structure de compétences et de métiers orientée vers l'exportation des premières premières vers une structure plus orientée vers la production de produits manufacturés. Cela pose la question de la formation du potentiel humain.

Nous avons connu l'expérience de la réanimation du secteur de la défense, qui a reconstruit ces 8 à 10 dernières années. La remontée des sentiers techniques et technologiques dans le secteur de la défense, ainsi que la formation des cadres dans le domaine de la recherche, de la production que de la gestion. Ces cadres, et ces compétences qui ont été trouvés et ré-acquises sont le substrat réel de la réanimation de ce secteur, et ce qui pourrait servir d'exemple pour l'industrie civile.



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