[RussEurope en Exil] L’investissement en Russie, par Jacques Sapir

[RussEurope en Exil] L’investissement en Russie, par Jacques Sapir


Billet invité

Le séminaire Franco-Russe qui se jouait du lundi 12 février au mercredi 14 février a donné lieu à plusieurs interventions. Je donne ici le résumé de celle que j'ai faite le lundi 12 février, à la suite de celle de l'Académicien Victor Ivanter.

Jacques SAPIR

CEMI-EHESS et PSL

Les problèmes de l'investissement en Russie:

Direction et origines de l'investissement en période de désajustement entre la politique explicite et la politique sous-jacente dans le domaine économique

La question de l'investissement est-il fondamental pour l'évolution de l'économie russe, de l'évolution de la croissance et du PIB ou de l'évolution de la structure de l'économie? appareil productif. Les autorités russes affichent depuis la fin de 2014 et le début de 2015 un objectif de recentrage de l'appareil productif pour une partie à accroitre la diversification des productions et d'autres parties la substitution des importations par des productions nationales. Cet objectif devrait être traduit dans le choix des investissements. Mais, la dualité entre la politique économique sous-jacente et la politique économique affiché une dualité sur laquelle a insisté le professeur V Ivanter dans son intervention existe aussi. De fait, l'intervention qui suit, mais qui n'a pas été coordonnée à l'avance, les propos du professeur Ivanter

Où en est-il l'investissement?

Sur les 12 dernières années, le montant global de l'investissement en capital fixe a fortement augmenté à prix constants. La plus grande partie de cet accroissement a eu lieu de 2004 à 2008. La crise financière internationale de 2007-2009 a entraîné une réduction brutale en 2009, avec une baisse de plus de 13%. Le mouvement de hausse continue en 2010 et s'est poursuivie jusqu'en 2012. Sur la stagnation de l'investissement au niveau de 2012. Cette stagnation s'explique pour la partie par la fin des grands travaux d' Le processus de consolidation du secteur bancaire, qui a débuté en 2013 et qui se sont déroulés dans le cadre de la préparation des Jeux olympiques d'hiver qui a débuté en 2014. traduit par la fermeture de banques ou la mise sous tutelle de certaines d'entre elles aussi par une augmentation des taux d'intérêt qui a freiner certains investissements. Néanmoins, dans les faits, les investissements privés ont continué à progresser. Les événements de 2014 et 2015 ont provoqué une baisse de -12,4% de l'investissement. Ceci est été dû:

  • (1) Aux tensions géopolitiques des événements d'Ukraine
  • (2) Effets de la baisse brutale du prix du pétrole (2 semestre 2014 – 1 er semestre 2015).
  • (3) Effets de la contraction de l'activité économique.

On a estimé que cette baisse de vitesse en 2016, et que le mouvement s'inverse à nouveau pour 2017 ce que l'estimation des chiffres pour l'année dernière ne soit pas encore disponible.

Graphique 1

Source: GosKomStat

Ceci ne couvre pas les tendances agrégées au niveau macroéconomique. Il faut donc regarder les dynamiques qui affectent les différents secteurs.

Où l'investissement se dirige-t-il?

Les dynamiques des différents secteurs peuvent être observées dans les changements des investissements dans le secteur des matières premières premières et des industries extractives, les industries manufacturières et le secteur des services et des hautes technologies.

Pour ce qui est du secteur des industries extractives, la dynamique globale du secteur est globalement à la hausse des investissements. La chute de 2009 y est bien plus faible que dans le reste de l'économie, et il n'y a pas de traces de problèmes rencontrés dans l'investissement global de 2013 à 2016. L'extraction des minerais autres que les sources d 'energy a same known is higher and important that the ensemble of the secteur and that the secteur of hydrocarbures.

L'agriculture a connu une croissance très forte de 2004 à 2007, le niveau des investissements s'est stabilisé de 2011 à 2016. Toutefois, dans ce secteur aussi, les chiffres provisoires pour 2017 montrent une nouvelle importante.

Graphique 2

Dynamique des investissements dans le secteur des premières premières

Source: GosKomStat

Globalement, le secteur des premières premières, qui est un secteur exportateur, et cela concerne maintenant l'agriculture car la Russie est devenue un exportateur important de produits agricoles, montre une dynamique très positive pour l'investissement.

En ce qui concerne les activités manufacturières, les évolutions et les ressemblances plus aux évolutions générales. Mais, cela cache des résultats très différents suivant les branches industrielles. Les industries du textile et de la papeterie ont connu des évolutions très heurtées et en 2016 se retrouvent au même niveau qu'en 2004. En fait, on assiste à deux types d'évolution. L'industrie chimique (I), qui utilise les premières premières produites en Russie et qui est devenue une grande exportation, connaît une forte augmentation des investissements depuis 2010. La hausse cumulée sur les six dernières années a été de 97%, soit une hausse moyenne de 12% par an.

Inversement, les automobiles et les équipements de transport (II), qui a connu de 2009 à 2014 une hausse de l'investissement nécessaire, un beaucoup souffert de l'évolution de 2015 et de 2016 quand le marché de l'automobile Russie s'est fortement contractée. Les investissements ont chuté de 29% en deux ans. Néanmoins, avec les reprises d'automobiles en 2017 et le début des exportations de ce secteur, l'investissement devrait se redresser fortement en 2017 et 2018.

Graphique 3

Investissement dans le secteur manufacturier

Source: GosKomStat.

On voit bien que dans ce secteur, les dynamiques de l'investissement sont différentes, de moins à court terme, selon que les branches sont des branches exportatrices, dans la logique des premières premières (comme c'est le cas de la chimie), ou selon les branches de la demande intérieure.

L'observation des évolutions du secteur des hautes technologies et des services a confirmé ce diagnostic. Les branches des productions électriques et électroniques suivent la tendance moyenne de l'économie, avec une augmentation générale d'environ 70% de 2004 à 2014, et une baisse pour 2015 et 2016. Cependant, deux branches échappent à cette dynamique. Les équipements de bureau et de bureautique (III) ont connu une véritable explosion des investissements de 2009 à 2014. Bien sûr, la baisse de l'activité a eu des effets négatifs sur la croissance de l'investissement dans cette branche. Néanmoins, avec un niveau de 240 (la base 100 étant 2004), cette branche montre une dynamique de l'investissement positif.

L'autre branche remarquable du point de vue de la dynamique de l'investissement est celle du matériel médical. Elle connaît une évolution régulière depuis 2009, avec une croissance des investissements de 10% par an en moyenne. ,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,:

Graphique 4

Secteur des hautes technologies

Source: GosKomStat

Quelques leçons peuvent être tirées de ce survol des évolutions de l'investissement.

  • Le secteur des exportateurs (matières premières et industrie chimique). Il ya une diversification relative de ces exportateurs, en particulier avec la partie prix dernières années par la chimie. Mais, this diversification is do not have hide that the activity that these dependencies of the global conjoncture.
  • Le secteur desservant la demande intérieure reste très indépendant des évolutions des revenus internes. On constate que c'est bien la demande qui tire les investissements. Ou, cette demande est fluctuante suivant la conjoncture économique. D'où la fluctuation des investissements.
  • Là où l'État est capable de contrôler ou d'influer sur la demande, de stabiliser cette dernière et de stabiliser la dynamique de l'investissement?

Ces leçons dessinent déjà quelques caractéristiques du système des investissements en Russie.

D'où vient l'investissement?

Le premier changement qui a eu lieu à la date de 2009. De 1999 à 2009 la partie externe des investissements en capital fixe ne cessait d'augmenter. Elle était passée de 48% à 63% du total de l'investissement. Cette évolution traduisait à la fois le besoin d'investissements pour la reconstruction de l'économie russe, le besoin de dépasser les capacités d'autofinancement des firmes et qui, bien souvent, impliquait le recours à une épargne étrangère, mais aussi la confiance que Les entrepreneurs doivent avoir des partenaires extérieurs dans l'entreprise (et donc ne craignaient pas plus des entreprises de contrôles sauvages) mais aussi des partenaires étrangers. Cette époque était celle où les entreprises vinrent s'installer en Russie (Renault, Total, etc …).

Ou, ce mouvement se casse en 2009 et de 2009 à 2015 la partie externe des investissements va retomber de 63% à 50%. Elle atteindra même 49% en 2016. Ou, le montant des investissements s'est accumulé dans de nombreuses branches. Cela veut dire que ce mouvement de ré-internalisation des investissements peut s'appuyer sur les moyens financiers accrus des entreprises.

Graphique 5

Source: GosKomStat

Ces sources de financement des investissements en capital fixe ont elles-mêmes évolué. La part des fonds publics, très élevée en 1998 (62%) s'est réduite à 35% (soit environ 17% de l'investissement total) en 2016. Les prêts inter-entreprises sont restés à peu près constant (10%) dans la période. Quant aux financements à l'intérieur des groupes industriels et financiers, ils ont fluctué de 20% à 30% et représentent aujourd'hui 25% du financement externe. Quant aux financements bancaires, ils sont passés de 10% du total des investissements en 1998 à plus de 20%. Le reste provient de l'émission d'actions et d'obligations.

Graphique 6

Sources de financement externe de l'investissement

Source: GosKomStat

Retenons-nous autour de ces idées.

  • La partie du financement de l'investissement non intermédié par les banques reste importante. En 2016, nous avons fait 49% d'autofinancement, 17% de financement externe par l'État et 18% de financements d'autres entreprises que ces dernières fassent ces financements dans le cadre des groupes industriels et financiers ou par des accords directs entre entreprises. C'est donc un grand total de 84% du financement de l'investissement qui n'est pas intermédié par la finance au sens large.
  • La capacité d'influence de l'État sur l'investissement en Russie est certainement très importante. En effet, outre le 17% du financement global is taken of the State, il faut tenir compte de l'autofinancement réalisé par les entreprises d'État ou à participation majoritaire de l'État, et les prêts consentis par les entreprises d ' État major (ou à participation majoritaire d'État) aux autres entreprises. Le total est probablement supérieur à 50% du financement des investissements en capital fixe.
  • Le financement bancaire, réduit en pourcentage, est très concentré sur les grandes entreprises. Moins de 20% des entreprises ont recours aux banques pour le financement des investissements. Mais, en réalité, un grand nombre de grandes ou de très grandes entreprises accaparent la quasi-totalité de l'investissement bancaire ou financier. Ce sont en général des entreprises dont la santé financière est bonne, et qui ont les moyens de négocier les taux d'intérêt avec les banques.

Tout ceci concourt à l'image d'un système d'investissement où le crédit bancaire est faible, voire minime. Pourtant, ce n'est pas le cas, ou plus précisément que les effets directs des crédits bancaires sur l'investissement. En fait, les effets indirects de l'offre de crédit pèse de manière sensible sur la formation des investissements.

Les effets pervers des taux d'intérêts

Les taux d'intérêt jouent un rôle important, mais indirect, via le crédit aux ménages et aux agents non financiers.

Crédits à la consommation. Le lien entre le crédit et la demande finale est évident, et sur un dessus plus dans les branches non exportatrices la demande interne était décisive pour la formation des investissements.

Pour les entreprises, les entreprises empruntent peu aux banques pour financer leurs investissements, elles sont importantes pour le financement de leurs fonds de roulement. Là, la faiblesse financière représentée par les taux d'intérêt pèse sur le résultat global de l'entreprise et son bénéfice d'exploitation. Ou, le bénéfice d'exploitation est la base sur laquelle est prélevé l'auto-financement. Donc, plus importants sont les taux d'intérêt et plus le bénéfice est réduit, et donc l'auto-financement réduit lui aussi.

Graphique 7

Evolution de l'endettement des ménages et des agents non financiers

Source: Banque centrale de Russie

On peut aussi dire que l'endettement des ménages (et donc la capacité à utiliser le crédit pour lancer des consommations) est resté déprimé pendant toute l'année 2016 et une partie de l'année 2017. Cela explique aussi pourquoi les branches Ils ont également subi des dommages en 2016.

Graphique 8

Source: Banque centrale de Russie

Il faut dès que regarder les taux d'intérêt en Russie depuis ces dernières années. Ces taux d'intérêt réels sont la différence entre les taux nominaux et le taux d'inflation. Ou, sur que l'inflation diminue en Russie de façon bien plus rapide que les taux d'intérêts nominaux, les taux d'intérêt réels ont été en réalité augmentés depuis le début de 2016. Au premier janvier 2018, ces taux d'' intérêts réels atteignent quasiment 8%. Le prélèvement exercé par le système bancaire sur les ménages et les entreprises non-financières (par le biais du biais du financement des fonds de roulement des entreprises) s'annonce très haut, voire prohibitif.

Graphique 9

Taux d'intérêts réels

Source: Banque centrale de Russie

Ce prélèvement est, en partie, compensé par la hausse des salaires, mais cette compensation n'est que partielle. Le système bancaire prélève une rente (au sens du prélèvement excédant les coûts du fonctionnement du secteur bancaire et un niveau «normal» des bénéfices) sur les agents non financiers. Cette rente contribue à diminuer la demande finale en Russie, ce qui déprime l'investissement dans les activités tournées vers la demande intérieure. Les effets des taux d'intérêt sont donc au-delà de leurs effets directs sur l'investissement, les effets directs qui sont en réalité limités. Nous sommes donc confrontés à une situation où les «chats gras» du système bancaire accumulent des ressources qui manquent par la suite pour le développement de l'économie.

Stérilisation, chats gras et développement de l'investissement en Russie

La situation actuelle en Russie peut être un exemple parfait de la divergence entre la politique économique explicite du gouvernement et le développement économique du gouvernement. la politique sous-jacente des décisions prises par ce même gouvernement.

Le gouvernement russe a décidé de laisser la politique monétaire à la Banque centrale de Russie. Cette dernière est persuadée que la lutte contre l'inflation passe par la stérilisation des moyens financiers résultant des exportations. Cette stérilisation conduit à une situation de liquidité délicate dans le secteur bancaire, situation qui, par l'intermédiaire des banques, demande des taux d'intérêt très élevés pour reconstituer leurs liquidités, politique qui fait alors naissance à un phénomène de «chat gras» dans le système bancaire. Cette situation conduit à une demande déprimée, qui engendre un investissement des industries qui travaillent pour le marché intérieur lui aussi déprimé. En revanche, les industries qui travaillent pour l'exportation elles-même bien, mais ne peuvent pas profiter du reste de l'économie de leur bonne santé. Nous avons donc en place tous les éléments qui poussent l'économie russe vers une structure d'exportation des matières premières et des produits semi-finis et ce à contrario de la volonté mainte fois affirmée par les autorités et le gouvernement de développer les processus de diversification, de la modernisation de l'économie tournée vers la demande intérieure et du développement des branches à haute technologie.

Le gouvernement est alors conduit à corriger les effets de la politique économique réelle par des interventions économiques ciblées. Ces interventions entraînent certains effets plus dommageables engendrés par cette politique économique «réelle». La dépréciation du rouble contribue également à corriger en partie les effets de cette politique économique «réelle». Ainsi, le nombre d'entreprises russes achetant des équipements est passé de 48% en 2013 à 68% pour le dernier trimestre de 2017. Mais, ces résultats, même si sont intéressants, restent très en deçà de ce qui pourrait être obtenu si la politique «réelle», ou sous-jacente était mise en cohérence avec la politique «affirmée» ou explicite.

This mis en coherence through a reprise in the base of the politique monétaire, and a regulation of the financial banking qui visgage to capturer (with a fiscal based on the difference of the taux of interest and the rate d ' inflation par exemple) une partie de la rente accumulée par les «chats gras» pour la redistribution aux agents de l'économie, qu'il s'agisse des ménages ou des entreprises.

La mise en cohérence de la politique économique du gouvernement, la réduction de l'écart entre le politique «sous-jacent» et la politique «explicite» est un des grands enjeux de la formation du prochain gouvernement après les élections présidentielles du 18 mars. Le gouvernement et le nouveau Premier ministre comprennent la conscience des aspects délétères de l'écart qui peut exister entre la politique «explicite» et la politique «sous-jacente». Cet écart ne contribue pas à l'attentisme d'une partie des entreprises, et donc à l'immobilité relative de l'économie russe aujourd'hui.



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