“Le football aux footballeurs” : l’étonnant Mai-68 des joueurs de foot français

“Le football aux footballeurs” : l’étonnant Mai-68 des joueurs de foot français


La puissante vague de contestation qui a gagné la France au printemps 1968 n'a pas épargné le football. Le 22 mai, un mois pile après le déclenchement du mouvement étudiant, un petit groupe de footballeurs à un tour de faire souffler le vent de la révolte. Pas en plein cœur du Quartier latin non, mais à 5 kilomètres de là, dans le très chic 16e arrondissement de Paris.

Sous les coups de 8 heures, ce 22 mai, une voix de joueurs débarque au numéro 60 de l'avenue d'Iéna, avec la volonté de prendre possession du siège de la Fédération française de football, et d'occuper les lieux. Dehors, des tracts sont distribués aux passants. A l'intérieur, les employés de la fédération sont rassemblés dans une salle de l'immeuble. Le secrétaire général de la Fédération, Pierre Delaunay et Georges Boulogne instructeur national, sont isolés dans un bureau. L'entrée de l'immeuble est barricadée, puis un drapeau rouge et deux banderoles sont déployées sur la façade. Avec deux slogans:

  • "Le football aux footballeurs"
  • "La Fédération, propriété des 600.000 footballeurs"

Occupation du siège de la FFF, 22 mai 1968 (J.-C. SEINE).

Si le personnel est rapidement "libéré", tout comme Georges Boulogne et Pierre Delaunay, qui quittent les lieux dans le milieu de l'après-midi, l'occupation de l'immeuble ne fait, elle, que débuter. Elle va durer plusieurs jours.

Beau jeu et lutte des classes

Qui sont donc ces joueurs, qui doivent prendre le départ de la FFF? Et quelles sont leurs revendications? "La quasi-totalité du groupe de contestataires appartenait aux clubs amateurs de la région parisienne", écrit l'historien du football Alfred Wahl, dans un article consacré à cet épisode méconnu . André Mérelle et Michel Oriot, les deux seuls joueurs qui participent à cette profession, évoluant à eux à l'étoile rouge, le légendaire club de Saint-Ouen .

Le miroir du football, engagé à gauche. Proche de la mouvance communiste, cette revue milite pour le beau jeu, le jeu créatif plutôt que le physique, et porte un discours très critique sur la société. Dans le domaine du football français, les affairistes, les politiciens et les technocrates, toujours prêts à exploiter ou à manipuler les sportifs.

L'étoile rouge, derniers jours d'un club ouvrier

http://www.scielo.br/scielo.php?script=sc. Dans ce document, sous-titré «programme du comité d'action des footballeurs», ils expliquent vouloir «rendre aux 600.000 footballeurs français à leurs millions d'amis ce qui leur appartient: le football dont les pontifes de la Fédération les ont expropriés pour servir leurs intérêts égoïstes de profiteurs du sport ".

Dans ce document, la collusion des dirigeants du football avec le pouvoir politique est également dénoncée. Le sélectionneur Georges Boulogne est décrit comme "le chef de la Mafia des entraîneurs", qui "réserve à ses amis les meilleurs rétribués". Quant à Pierre Delaunay, il est comparé à un "vulgaire Louis XVI", fait une "hérité" du poste de secrétaire général de la Fédération par son père.

"Pour que le football reste votre propriété, nous vous appelons sans délai devant le siège de la Fédération, redéfinit votre maison. «être: le sport de la joie, le sport du monde de demain que tous les travailleurs ont commencé à construire», concluent-ils.

"Les fondements du football français ont été mis en place par Vichy"

Si ce coup d'éclat a comporté une dimension symbolique, les footballeurs qui y ont aussi présidé des revendications très concrètes. Aux attaques personnelles portées contre les dirigeants de la fédération et à la remise en cause de la FFF, s'ajoute la critique virulente du «contrat à la vie», qui est à l'époque tout joueur professionnel à un club. Dénoncé par l'illustre Raymond Kopa dès 1963, ce contrat est qualifié d'esclavagiste et sa suppression est exigée.

Débats et pied sauvage

Au cours de ces six jours d'occupation, l'ambiance est à la fête, avenue d'Iéna. "Sur une table des lits de camp, sur une allusion dans les salons de la Fédération et sur le scrute depuis les combles tout mouvement suspect", raconte le journaliste Mickaël Correia, dans son livre "Une histoire populaire du football" . "Mai 68 est alors son paroxysme: le 24 mai, la capitale est le théâtre des rudes batailles de la rue entre les manifestants barricadés et les forces de police, la Bourse de Paris est incendiée. en cours et se transformer en agora démocratique ".

"Les débats enflammés autour d'un autre football et les projections de films de matches internationaux vont bon train, le tout entrecoupé de parties de pied sauvage sur la très pimpante avenue d'Iéna."

La fête prend fin le 27 mai, dans le calme. Les footballeurs décident de quitter les lieux après un vote à l'assemblée générale, alors que les syndicats et les organisations étudient les négociations avec le gouvernement, qui aboutissent aux fameux accords de Grenelle . Les footballeurs estiment avoir leur objectif, à savoir médiatiser leur combat.

Les présidents et le sport: qui imaginent De Gaulle en bref?

La lutte ne s'arrête pas pour autant. Dans la foulée, le "comité d'action des footballeurs", à l'initiative de cette occupation, se transformer. Il devient l'Association française des footballeurs, une entité présidée par Just Fontaine, ancien buteur de Reims et des Bleus . C'est à elle que revient la responsabilité de porter les revendications du mouvement.

Une farce simple?

Quelle place et quelle importance faut-il attribuer à cette épisode? Faut-il n'y voir qu'une simple farce? «Mai 68» of footballers n'a pas été un mouvement de masse. Il est essentiellement resté cantonné à Paris, et même à l'avenue de Iéna. Dans le reste du pays, quelque 200 joueurs sont réunis à Saint-Brieuc, mais c'est à peu près le seul écho rencontré par le mouvement en dehors de la capitale.

Limité, ce mouvement ne peut être réduit à un événement réservé au folklore. "Par sa pratique et par ses revendications, le" Mai des footballeurs se trouve au carrefour du mouvement étudiant et du mouvement syndical ", analysent Alfred Wahl .

"Relative the movement of students by the dream of football football ludical, the dreams of Democratic direct and rejet of any range, the progressif of the children of the workers of the categories catégorielles precise."

Pour l'historien, cet épisode, bien que modeste, un suffi à ébranler l'édifice du football français. "Quant à l'acquis, on observe les caractéristiques propres aux autres secteurs: des concessions immédiates, un processus de réaction, mais aussi des départs significatifs à plus ou moins brefs délais parmi les anciens responsables (de la FFF) et enfin, un train particulièrement dense dans les années précédentes, plus ou moins en rapport avec les revendications de Mai 68 ", écrit-il.

Mai-68, c'est aussi la plus grande Grève de l'histoire de France

Un certain nombre de progrès réalisés dans le cadre de l'abolition, dès 1969, du fameux "contrat à vie". Alors que les présidents de club tentent en 1972 de remettre en cause cette avancée, une Grève de joueurs est déjà arrivé et parvient au consolider. Autre changement notable: la démission, le lendemain du mouvement de 68, du très contesté Pierre Delaunay, secrétaire général de la Fédération.

"J'étais le gauchiste!"

Ebranlé, l'édifice de la Fédération à l'épreuve de la tempête. «When same that, in the other sphères sociales, we assistons to a remises en cause de la notion d'autorité, alors même à l'école, l'université, les orientations nouvelles se font jour, le football reste le domaine d'autocrates non éclairés ", constate avec regret André Mérelle, l'un des rares footballeurs pro à s'être joint au mouvement. Il.

Les instances ont également cherché à éloigner les terrains les contestataires amateurs. "La Ligue de Paris a suspendu ses licences", une raconte Serge Aurer, un autre participant. "Elle nous empêche de débuter la saison 68-69".

"La Bataille des Sexes": l'incroyable histoire du match révolutionnaire du tennis féminin Georges Boulogne, pourtant dans le viseur des contestataires, d'être nommé l'année suivante sélectionneur de l'équipe de France, puis directeur national du football en 1970, et de devenir l'un des piliers de la fédération.

Réputé dogmatique cet homme aux etait résolument conservateur, voire réactionnaire, un après 68 les coudées franches pour façonner à sa guise la formation des entraineurs et des joueurs français Plutôt que de faire évoluer, il s'est alors efforcé de consolider le système très vertical, inspiré du fonctionnement militaire, qui a été mis en place par Vichy . Des principes et un fonctionnement archaïques, bien éloignés des revendications et de l'esprit festif qui animaient les footballeurs contestataires du printemps 68, et dont le football français reste en partie imprégné aujourd'hui encore .

Sébastien Billard

Une révolte évoquée au cinéma par Louis Malle

Si le prix du siège de la FFF par les joueurs de footballeurs est plus élevé que celui du printemps 68, elle se présente dans le film de Louis Malle "Milou en Mai" avec Michel Piccoli et Miou-Miou. Dans ce long-métrage au scénario co-écrit par Jean-Claude Carrière, qui se déroule en mai 1968 dans le Gers, les événements de l'époque sont évoqués, notamment à travers plusieurs bulletins radios qui émaillent certaines scènes.

Dans l'une d'elle, on entend en fond sonore l'annonce du combat des footballeurs. «Les matinaux, les locaux de la Fédération française de football ont été occupés à leur tour par les manifestants, Fernand Choiseul, les échos de cette manifestation?", Annonce un journaliste. «Vous m'entendez, Jacques Paoli?», Répond l'envoyé spécial présent sur les lieux, alors que l'on entend plusieurs personnes qui scandent le slogan: «Le football aux footballeurs!».

SB

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