H&M : l’incarnation du greenwashing dans la mode

H&M : l’incarnation du greenwashing dans la mode


Vendredi dernier, nous nous réjouissions que " le mode se met (enfin) au recyclage ". Sauf que les grandes marques ont bien senti le créneau, H & M en tête. Le géant multiplie les initiatives, tout en est accusé de brûler ses invendus (pour une valeur totale de 4 milliards de dollars). Jetant au passage des forts soupçons de greenwashing, cet art de juste écolo dans un seul mais marketing.

C'est tout le point de vue de Julia Faure cofondatrice de Métier à tisser une marque Il ya deux ans et l'idée de produire des vêtements "conçus pour durer", avec l'espoir de "démocratiser les fringues éthiques". Voici sa critique du travail de débrouillardise par la fast-fashion, et qu'incarne H & M.


Julia Faure

La mode, c'est imprévisible. En quelques années, les tee-shirts sont utilisés pour de nouveaux espaces d'expression. On était habitué à ceux du type "le matin c'est trop tôt" ou "madame chiante" (sic), mais récemment, on est tombé sur un nouveau spécimen, un peu plus revendicatif, sur le site d'une marque célèbre de vêtements:

"Il n'y a pas de planète B".

Ce n'est pas anodin de la part d'H & M. L'entreprise se veut le leader du développement durable parmi les marques dites de «fast-fashion» (celles qui ont mis en place un système de renouvellement ultra-rapide de leurs collections). Elle enchaîne les initiatives, nombreuses et médiatisées – H & M Consciente Fermer la boucle ou Climat positif 2040 par exemple. À première vue, elle est la meilleure élève de la classe sur le sujet, avec ses 220 personnes dédiées au développement durable.

Cette fast-fashion est-elle vraiment en train de devenir durable ou est-elle juste en plein greenwashing ? (spoiler: réponse 2)

La pollution chimique: la plus médiatisée


Le tee-shirt "Il n'y a pas de planète B" de H & M

En Chine, on peut dire que l'on peut prédire la couleur à la mode, mais qu'en utilisant celle des rivières. Greenpeace in their Detox Catwalk avec Zara et Benetton. En gros, ils s'engagent d'ici 2020:

– à éliminer les déchets usées rejetés dans les eaux usées;

– a limiteur the emission of substances cancérigènes ou perturbateurs endocriniens, ces substances, notamment, pour fabriquer des vêtements imperméables, des imprimés, ou pour être utilisés dans les détergents des usines.

Et le boulot est énorme. Aucune marque de fast-fashion ne possède ses propres usines: ils ont des sous-traitants, qui passent eux-mêmes par des sous-traitants, qui passent eux-mêmes par des sous-traitants, etc. Mais cette pollution chimique, même si elle est dramatique, n'est que la partie émergée de l'iceberg *.

Même à vélo, vous faites fondre la banquise

 Extrait de la campagne "Glamour toxique" de Greenpeace "width =" 640 "height =" 320 "/> <br /> <span> Extrait de la campagne" Glamour toxique "de Greenpeace </span> </p>
<p> La fast-fashion pose trois gros problèmes environnementaux (sans parler des conditions de travail des ouvrières du textile, souvent déplorables, mais c'est une autre histoire): </p>
<p> – L'industrie de la mode consommée <a href= 79 milliards de mètres cubes d'eau chaque année, presque 1% de la consommation mondiale. Cette eau sert entre autre à la culture du coton, dont une grande partie est cultivée dans les régions qui sont déjà arides, comme l'Ouzbékistan ou la vallée de l'Indus. Du coup, des territoires entiers sont asséchés, avec des tombes incommodantes, comme la disparition à 90% de la mer d'Aral .

– Le polyester, un dérivé du pétrole, représente aujourd'hui 60% des fibres textiles utilisé dans le monde. Quand ce polyester est de mauvaise qualité, à chaque machine, des milliers de "micro-plastiques", invisibles à l'oeil nu, se sépare de nos vêtements puis sont déversés dans les canalisations. Bilan: ces micro-plastiques représentés 90% des déchets retrouvés dans l'océan . A ce rythme, on y retrouve en 2050 plus de plastique que de poissons .

– Culture du coton, production de fibres synthétiques, filature, tissage, teinture, confection … Fabriquer un vêtement consommé de l'énergie et produit par conséquence du gaz à effet de serre ce n'est pas le transport qui produit beaucoup de gaz à effet de serre (seulement un peu plus de 1% des émissions ). Pour donner une idée, pour utiliser un tissu, utiliser des autoclaves: des machines à pression pressurisées avec un bain de cuisson à plus de 100 ° C. Des gouffres d'énergie. La plupart des usines sont situées en Asie, l'électricité est produite en brûlant du charbon ou du gaz naturel, ce qui rejette du CO2 en quantité.

Bilan: selon le rapport Climat Travaux de 2018 the industry of the mode of the market 8,1% la planète **. Bref, vous avez beau aller au boulot à vélo, si vous faites tous les jours un nouveau t-shirt, vous faites quand même fondre la banquise.

Que fait H & M?

 Extrait de la campagne "Glamour toxique" de Greenpeace "width =" 564 "height =" 400 "/> <br /> Extrait de la campagne" Glamour toxique "de Greenpeace </p>
<p> Une première vue, H & M à l'air (encore) d'être parmi les premiers de la classe. Avec leur initiative <a href= Climat positif 2040 ils affirment non seulement réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, mais devenir des contributeurs positifs d'ici 2040!

Chouette. Mais quand on regarde en détail comment ils ont pris il, il y a comme un petit souci. La plupart des émissions de gaz à effet de serre sont liées, comme sur l'a vu, à … la fabrication. Un secteur sur lequel ils n'ont pas la main, puisqu'aucune des usines qui produit leurs vêtements ne leur appartient.

Alors pour y arriver, ils veulent s'appuyer sur des "puits de carbones" notamment artificiels. L'idée? Aspirer le CO2 de l'atmosphère avec de nombreuses machines pour le planquer sous la terre, très profondément.

Léger problème: on n'a jamais réussi à prouver que ça marche marcher … D'ailleurs, la plupart des projets pour mettre en place le puits de carbone ont tout bonnement été abandonnés en raison de coûts faramineux ou de problèmes techniques. C'est sans doute la raison pour laquelle, sur sa page H & M appelle à l'aide les "experts et innovateurs" du monde entier. Quelqu'un de dispo?

Se jeter de la falaise?

Autre proposition: produire des vêtements à partir de fibres recyclées. On aime beaucoup le clip Fermer The Loop d'H & M, mais en carbone, le recyclage des fibres textiles est une solution très partielle – à ne pas confondre avec le vertueux boucle de recyclage ", qui consiste à recycler le plastique d'autres produits, comme les bouteilles, notamment utilisé par Patagonie, Hopaal et Ecohalf .

Produire un vêtement à partir de fibres recyclées suppose un processus industriel qui permet aussi de beaucoup de CO2, ne serait-ce que pour récupérer les fibres … De plus, la technologie n'est pas tout au point pour la très grande majorité des cas. Par exemple, on ne sait pas encore séparer les fibres coton et polyester à un prix raisonnable. Résultat: même avec une hypothèse ultra-optimiste de 40% de fibres recyclées, sur les émissions de CO2 de l'industrie de la mode de moins de 10% .

Recycler les vêtements permettant de réduire l'utilisation des matières premières (eau et pesticides dans le cas du coton, pétrole dans le cas du polyester), mais en matière d'empreinte carbone, il n'y a pas vraiment de quoi sauver les nôtres blancs. Bref, pour reprendre la métaphore de Philippe Bihouix :

"On nous propose d'appuyer sur la pédale d'accélérateur de la voiture en espérant que sur l'inventera les ailes avant d'atteindre le bord de la falaise."

S'attaquer au modèle même du vêtement jetable

 Nombre d'implantations de magasins H & M dans le monde depuis 1974 "width =" 459 "height =" 450 "/> </a> <br /> Nombre d'implantations de magasins H & M dans le monde depuis 1974 </p>
<p> Pour résoudre le problème environnemental de la fast-fashion, on préfère se leurrer en pariant sur les technologies qui restent à l'inventer plutôt que de s'attaquer au vrai sujet qui fâche: la mode jetable.</p>
<p> Chaque année, l'industrie du prêt-à-porter produit <a href= 150 milliards de vêtements dont les plus s'entassent dans des placards ou sont jetés au bout de quelques mois. Et ça va en augmentant: la production mondiale de vêtements à doublé entre 2000 et 2014 .

Cette courbe exponentielle n'est pas compatible avec une planète qui a, par définition, des ressources finies. Non, "il n'y a pas de planète B". Les conséquences négatives de la mode rapide sont au cœur même de son modèle. Toute initiative "écologique", dans un tel contexte, reviendrait à remplir une baignoire percée.

Le greenwashing est dangereux, car il nous décourage de changer nos modes de consommation. Car il nous fait croire que le problème est résolu. Car il nous endort alors que la maison brûle. Bien sûr, on peut être un jour inventer des technologies génériques d'aspiration de CO2 ou de recyclage de fibres pour les effets environnementaux. Mais c'est un énorme pari. Et surtout un énorme risque.

En attendant, qu'est-ce qu'on fait?

 Jeune fille dans une friperie (Anouk De Maar / Cultura Créative / AFP) "width =" 600 "height =" 400 "/> <br /> Jeune fille dans une friperie (Anouk De Maar / Cultura Creative / AFP) </p>
<p> En attendant, il y a une équation qui ne chante pas: produire, c'est polluer. Alors qu'est-ce qu'on fait? On peut confectionner soi-même ses vêtements. Ou acheter en fripes. C'est cool. Mais il ne faut pas faire d'illusion: ça n'habillera jamais tout le monde. Bon courage pour trouver un t-shirt blanc en taille chez Ding Fring ou Guerrisol … </p>
<p> Il n'existe qu'une seule solution, simple et évidente. De bon sens: acheter moins. En attendant des vêtements bien construits, de qualité, qui tiendront le plus longtemps possible. Bien sûr, le coton, ce n'est pas du Kevlar. Vous ne pourrez jamais garder un t-shirt toute votre vie. Mais si vous êtes un minimum vigilant, vous le porterez plusieurs années. Et c'est plus simple que vous le croyez: </p>
<p> – Achetez des marques qui se produisent bien et intelligemment, comme <a href= Veja Patagonie Maison Standards Asphalte Bonne Gueule Hopaal Les Récupérables 1083 Atelier Tuffery … Et bien sûr Métier à tisser chez qui l'on découvrait des vêtements qui durent longtemps.

– Prenez votre temps. Si le vêtement est un poil trop petit mais que vous le prenez en espérant maigrir, si vous n'aimez pas trop la couleur mais que vous achetez parce que c'est en solde … laissez tomber. D'ailleurs, ne vous laissez pas aveugler par les promos, c'est bien souvent une manière artificielle de vous faire acheter quelque chose dont vous n'avez pas besoin.

– Regardez l'étiquette. Si la matière est certifiée OEKO-TEX, ça veut dire qu'il n'y a pas de produits toxiques. S'il est fabriqué en Europe, cela assure que les ouvriers travaillent dans un cadre légal protecteur (à l'inverse du Bangladesh) et que l'empreinte carbone est plus limitée.

– Prenez-en soin. 50% de la durée de vie d'un vêtement après l'achat, rien que par la façon dont vous l'entretenez. Alors suivez les instructions de lavage et ces conseils tout bêtes (oui, il faut arrêter de laver vos cheveux en laine).

– Les retoucheurs sont vos amis. Une petite réparation a rarement plus de 10 euros, fait quelqu'un à côté de vous et vous évitez de racheter un vêtement qui a coûté 5 fois plus.

L'industrie de la mode n'est pas vraiment partie dans la bonne direction. Et c'est à chacun de nous de décider où elle doit maintenant aller.

Tribune de Julia Faure, cofondatrice de la marque à tisser

* Non, l'industrie textile n'est pas le deuxième secteur d'activité le plus polluant du monde après le pétrole. Cette statistique, reprise par masse, ne spécifie pas le type de pollution qu'elle recouvre et ne repose sur absolument aucune source .

** Selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, le transport routier représente 10% des émissions de gaz à effets dans le monde: en 2010, le transport représente serre et le transport routier représente 72% des émissions de gaz à effet de serre du transport . Cela fait partie du mode d'activité du pollueur du monde sur ce critère, derrière l'agriculture, l'électricité et le chauffage des bâtiments, et donc, le transport ici ).

 Julia Faure, cofondatrice de Loom "class =" img-profil "/> </figure>
<div>
<p class= Julia Faure, cofondatrice de métier à tisser



Source link

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *