Arrêter médecine, le grand tabou : “Ceux qui le font sont vus comme des fainéants”

Arrêter médecine, le grand tabou : “Ceux qui le font sont vus comme des fainéants”


C'était un samedi matin. Seule dans le labo d'un petit hôpital en Champagne-Ardenne, Aurélie *, numérise un appendice.

"Je me suis dit: 'Ce n'est plus possible, je ne veux plus continuer.'"

La jeune interne en huitième année de médecine a rassemblé ses affaires, s'est mise en arrêt maladie. Puis un saut dans le premier train direction Quimper, où vit sa famille.

"Je savais que je ne reviendrais jamais."

C'en était fini de la médecine. En quelques jours, Aurélie a tiré un trait sur un prestigieux cursus ultrasélectif, gage d'un emploi à vie.

Combien sont-ils à raccrocher leur blouse blanche? Aurélie est loin d'être la seule.

"Commentateur de refuser ce parcours universitaire alors que tout le monde connaît la difficulté du concours de première année?", Interroge Jean *, qui finit son internat de psychiatrie à Paris.

Laura, étudiante en quatrième année à Reims, a eu le cran d'annoncer sur YouTube il y a deux ans qu'elle s'est arrêtée tout. Sa vidéo (disponible depuis) ​​a été visionnée plus de 200.000 fois.

60% ont déjà pensé à abandonner

Alban Danset, un jeune médecin, un rédigé sa thèse sur la santé psychique des externes (les étudiants de bac + 4 à bac + 6) des facs de Tours et de Paris-Diderot. Son constat est accablant: plus de 60% d'entre eux ont déjà pensé à abandonner.

Sous les néons blafards de l'hôpital, le mal-être est endémique. En juin 2017, une enquête de grande ampleur (1) a révélé que 66% des médecins ont souffert d'anxiété, ont eu 28% de dépression et que 23,7% avaient déjà eu des idées suicidaires.

Que s'est-il passé pour Aurélie? La voie était toute tracée. Petite, sa mère infirmière lui a donné le goût de la biologie. Après un échec, cette étude studieuse s'inscrit en médecine à Brest. Elle échoue à peu près au concours redoutable qui sanctionne la première année, mais s'en sorte avec un très bon classement à la deuxième tentative: 45e sur 400. Le numerus clausus, ce système qui limite drastiquement les places, est alors fixé à 90.

"Je suis donné à fond, un peu trop peut-être, je n'avais plus d'activité à côté."

Grosse désillusion

Les premiers temps, Aurélie s'éclate dans ses études.

"Mon premier stade en hématologie stérile [traitement des maladies graves du sang, NDLR] m'a beaucoup plu. J'apprenais plein de choses, j'aimais accompagner les patients."

La jeune femme commence tout de même à accuser le coup niveau fatigue. Un soir par semaine, elle travaille dans un resto pour financer ses études. La coupure Erasmus à Cadix en troisième année arrive à point nommé.

"Une autre langue, une autre culture, ça fait du bien même si je n'ai pas beaucoup travaillé!"

Le calme avant la tempête de la sixième année, le deuxième gros bouchon des études de médecine. Les «épreuves classées nationales» déterminent la catégorie des stagiaires.

Une fois de plus, Aurélie s'en tire haut la main. Ce sera dermatologie.

"Cette spécialité m'a permis de travailler en cabinet, à l'hôpital, de traiter des maladies infectieuses, d'infections sexuellement transmissibles, de cancers, de patients de tout âge."

Aurélie a quitté sa Bretagne natale pour commencer son internat en Champagne-Ardenne. Grosse désillusion.

"Il y avait beaucoup de patients à voir, je n'étais pas bien encadré, je commençais à perdre le sens de ce que je faisais, à tirer le bilan des six dernières années."

Illustrations de Solange-SoSkuld, tirées d'Omerta à l'hôpital, par Valérie Auslender (2)

Gardes épuisantes

Et puis il a eu les gardes, une à deux fois par semaine.

"De 9 heures à midi, je faisais la tournée des patients, de 14 heures à 18 heures, j'assurais les consultations, puis de 18 heures au jour des urgences.

Certes, on Le pendentif les gardes, je suturais, je m'occupe de fractures … Mais je n'apprenais rien en dermatologie. "

Aurélie perd du poids.

"On mange quand on peut et mal, il n'y avait rien à la cantine le soir. "

L'interne se fonde sur la logique de l'entreprise appliquée à l'hôpital.

"Je sentais bien qu'il fallait réduire le temps de séjour des patients. patients âgés qui n'a pas de lit. "

Les rencontres entre pontes la retiment.

"On ne me donne pas de raison, je ne comprenais pas, car pour moi ça n ' avait rien à voir avec le quotidien des patients! "

Aurélie mise en scène sur la scène suivante, dans un laboratoire d'anatomopathologie.

"Je pensais que ce serait mieux, car je ne suis pas de garde, mais je n'ai pas eu de garde, je suis retrouvée à vider des colons, à faire de la médecine légale. de plus en plus ce que je faisais là. "

"Ces études bouffent tout"

Pire que la fatigue, c'est le sentiment de tourner à vide, tel un hamster dans sa roue, qui mienne. Jean raconte:

"L'interdisciplinarité est inexistante, aucune place pour la culture, toutes ces études bouffent tout: le temps, la place, l'énergie, tout. '' Au cinéma, au mot, au voyageur. années, je n'arrivais que très difficilement à lire, alors que j'adore la littérature.Je ne parvenais plus à associer la lecture à quelque chose d'agréable, comme je passais douze heures par jour à avaler des bouquins imbuvables de médecine. "

Valérie Auslender, médecin généraliste, auteur d'Omerta à l'hôpital (2), a recueilli une centaine de déposition d'étudiants en professions de santé. Tous l'épuisement, la lassitude, la perte de sens face à une formation que jugent souvent déconnectée du métier. La patricienne observe:

"Certains terrains d'étape sont très intéressants et dans d'autres, les étudiants n'ont rien appris, ils font 70 heures par semaine pour ne pas apprendre grand-chose."

Loïs, 28 ans, a arrêté en quatrième année. Elle est aujourd'hui autoentrepreneuse et a créé sa marque: Les Bijoux de Loïs. "Le problème, c'est que les étapes sont très chefs-dépendants." Et souvent, ceux qui sont formés à nous. , se souvient-elle.

Vie personnelle sacrifiée

Avec les années, le sentiment de sacrifier sa vie personnelle pèse de plus en plus. "Quand je vivais seul dans mon appart, ça ne me gênait pas faire du 7 heures-19 heures. je ne voulais pas vivre comme eux ", dit la jeune femme, aujourd'hui mère de deux enfants.

«C'est le biais des études longues, monsieur Jean-Baptiste Bonnet, président de l'Intersyndicale nationale des internes, qui peut se passer des choses en dix ans. "on commence à fonder une famille."

Comment annoncer l'on sur plaque tout? Loïs a Préféré une année sabbatique, pour ne pas trop poser des questions.

"Mais j'étais sûr à 90% de vouloir arrêter."

Aurélie à pris ses cliques et claques sans se retourner.

"Je n'ai rien dit à mes collègues, ils ne l'ont pas compris.

Même absence d'empathie sur les forums de carabins.

"Les modérateurs m'écrivaient: 'Il n'y a pas d'équivalence si tu arrêtes maintenant, passe à ce moment et tu verras après.' Mais trois ans, c'est long quand on va mal! "

Alors Aurélie a trouvé sa nouvelle voie toute seule: elle s'est inscrite au concours de prof des écoles, à elle un cartonné.

"L'échec est très mal admis"

«La réorientation est un sujet tabou», reconnaît Jean-Baptiste Bonnet, de l'Intersyndicale nationale des internes.

"L'examen est très mal admis en médecine., Ceux qui sont considérés comme des fainéants, ne répondant pas aux besoins de la santé publique."

Et pour cause: de génération en génération, sur un seriné aux carabins qu'il faut morfler pour y arriver.

"Un vrai sentiment d'injustice prévaut chez les soignants aînés. Donata Marra dans un rapport remis le 3 avril à la ministre de la Santé Agnès Buzyn.

Enquête du Conseil de l'Ordre

Le Conseil de l'Ordre des médecins commence tout juste à prendre la mesure du malaise.

"Une grande enquête va être menée en 2018 dans l'ensemble des facultés pour mesurer les difficultés du parcours et le taux d'abandon", explique le Dr Bruno Boyer, à la tête de la commission des jeunes médecins.

En attendant, dans quel état psychique ceux qui ont persévéré, mais que le cursus a laissé les exsangues? "Si c'était à refaire, est-ce que je recommencerais?", Assure Jean.

"J'espère que ce sentiment d'amour passé avec le temps et que mon amour du métier finira par contre-balancer le douloureux souvenir des années d'études.

* Certains prénoms ont été modifiés

(1) Enquête menée en 2017 par une intersyndicale de jeunes médecins

(2) Michalon, réédition 2018

(3) Rapport sur la qualité de vie des étudiants en santé

 Bérénice Rocfort-Giovanni "class =" img-profil "/> </figure>
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