Entrée à la fac : la France reste une exception mondiale

Entrée à la fac : la France reste une exception mondiale


Le réveil militant des universités et … la prudence de l'enseignement supérieur Frédérique Vidal qui, refusant toute assertion, refuse une assocation à une éventuelle forme de sélection, venir le rappeler: en France, le totem du libre accès à l'université reste difficile ébranlable.

Résilience peut étonner au vu des enquêtes d'opinion, qui montrent une majorité de Français – toutes catégories de la population confondues – s'est rallié à l'idée d'un tri des étudiants à l'entrée de la fac. Il devient encore plus troublant quand on s'intéresse à ce qui se pratique à l'étranger.

Avec un secondaire diplômé 80% d'une génération au niveau du bac, et une grande majorité de filières qui restentont en libre accès, notre pays ouvrira et continuera à ouvrir ses licences universitaires à un très vaste public. Mais est-il le seul? Intuitivement, on se dit que non. Après enquête, il ressemble pourtant que oui.

L'Italie proche de la France

Que nous dit la comparaison internationale? Que le système le plus proche de nôtre est encore celui de l'Italie où l'Essai d'état, à l'image du bac, permet d'intégrer un grand panneau de formations, suivies par 1,8 million d'étudiants. Un bémol-logement: le taux de réussite canon des lycéens italiens – 94% – masquer une statistique moins flatteuse: ces 18% d'une génération laissée sur le bas-côté sans aucune qualification, soit deux fois plus qu'en France.

Filières professionnelles en Allemagne et en Suisse

Viennent ensuite des systèmes permettant aux détenteurs du baccalauréat (ou d'un équivalent équivalent) de s'inscrire librement à la fac. Mais limitant drastiquement l'accès à cet examen. Soit parce que l'enseignement secondaire est réservé à une petite élite (la plupart des pays d'Afrique noire francophone, qui reproduisent le modèle français d'après-guerre), soit parce que ce diplôme cohabite avec des brevets professionnels ne donnant pas peu accès au supérieur.

C'est le cas de l'Allemagne, souvent loué pour la qualité et le prix modique de ses formations universitaires, mais où seuls 33% d'une classe d'âge parviennent à décrocher l'Abitur. Ou bien de la Suisse qui réserve sa "maturité gymnase" à 20% seulement d'une génération. Dans les pays germaniques, la majorité des jeunes se déploie vers les études professionnelles et technologiques dès le collège et les lycées ne permet pas de rebasculer vers l'université.

Sélection en Grande-Bretagne et en Asie

Du côté des systèmes ouverts sélectifs, deux grandes familles cohabitent. La première s'est construite autour des pays anglo-saxons, qui ont toujours retenu les universités libres de choisir leurs modes de sélection: tests, studies of class schools and extrascolaires. Ce modèle libéral domine le paysage universitaire mondial. Il s'est imposé dans la plupart des pays européens, mais aussi dans une bonne partie des pays nordiques, très progressistes dans leur approche de la scolarisation, mais aussi très pragmatiques, lorsqu 'Il s'agit de réguler les flux d'entrée dans le supérieur.

La seconde famille est constituée d'étudiants inscrits à l'examen d'entrée dans le supérieur. On y trouve les grands pays asiatiques (Chine, Japon, Corée du Sud) qui ont échappé à l'influence anglo-saxonne, mais aussi l'Espagne et les pays sud-américains, la Russie, et les deux frères ennemis gréco-turcs, aux systèmes étrangement similaires. Quelques notes finales n'organisent pas d'examen, mais utilisent les notes obtenues au bac pour orienter les lycéens par filières. C'est le cas notamment de la Tunisie et de l'Algérie, marqués par la colonisation française.

Société "de nature profondément inégalitaire"

Y a-t-il un impact sur ces différents systèmes sur les résultats de l'enseignement supérieur? Les disciples de Pierre Bourdieu, nombreux dans les universités françaises, vantent les mérites de la démocratisation universitaire, et font valoir que le modèle sélectif "exacerbe la mise en concurrence généralisée", aboutissant à une société "de la nature profondément inégalitaire", comme le soutien la sociologue Annabelle Allouch dans son tout récent "la Société du concours" (Seuil, 2017). L'exemple des pays imposant un examen d'entrée à l'université semble être une partie de cette hypothèse. Dans les pays aussi éloignés que la Grèce et le Japon, les mêmes officines privées (payantes et donc discriminantes) enrôlent les mêmes adolescents en cours du soir, soumettant à forte pression. Hasard ou coïncidence, ces pays affichent un taux de suicide très élevé chez les moins de 25 ans …

Une étude récente de la Commission européenne sur les systèmes d'admission à l'université amène à regarder les choses de manière moins clivée. Les chercheurs mandatés par l'institution pour évaluer la pertinence de chaque modèle en fonction de trois critères: la capacité à recruter des étudiants dans toutes les couches de la population, l'efficacité (capacité à diplômer les étudiants) ) et le rendement (capacité à proposer des formations monétisables sur le marché de l'emploi). «En effet, que le système allemand (sélection dans le secondaire)» n'est efficace que pour ceux qui sont socialement privilégiés au départ. Que le système français (sélection minimale) est très équitable dans l'accès au supérieur, mais beaucoup moins "dans l'obtention des diplômes". Et que le système anglo-saxon, avec tous les défauts, parvient à un taux de diplomation supérieur à la moyenne, tout en intégrant davantage des étudiants atypiques, reprenant les études après une première vie professionnelle.

Un dernier élément, mais non expérimenté par les chercheurs: la capacité émancipatrice de l'université. Le sociologue Fabien Truong, qui travaille sur le parcours scolaire des jeunes d'origine populaire, nous invite à ne pas entrer trop vite les belles utopies de Mai-68.

"Même quand elle est synonyme d'échec, la fac française offre à beaucoup de jeunes une forme d'ouverture. Ça n'est pas directement mesurable, mais on ressent les effets dix ans plus L'éducation continue à jouer un rôle central, et dans une société aussi tendue que la nôtre, je veux croire que cela a un impact sur les équilibres sociaux. "

L'exception française dans ses derniers retranchements …

Gurvan Le Guellec

Mehdi Benyezzar / "L'Obs"

Libre accès à la plupart des filières universitaires pour les lycéens, mais diplôme du secondaire sélectif : Allemagne, Italie, Autriche, Belgique, Hongrie, Pays-Bas, Suisse, Norvège, Lituanie, Bosnie.

Examen d'entrée à l'université : Grèce, Turquie, Chypre, Espagne, Russie, Biélorussie, Portugal.

Baccalauréat pour l'université : Irlande, Slovénie, Albanie, Bulgarie, Croatie.

Sélection faite par les universités sur la base des dossiers, des notes au bac, et des tests spécifiques : Royaume-Uni, Danemark, Suède, République tchèque, Slovaquie, Roumanie, Serbie , Lettonie, Ukraine, Finlande, Estonie.

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