Air France, SNCF : l’État sait-il négocier avec les partenaires sociaux ?

Air France, SNCF : l’État sait-il négocier avec les partenaires sociaux ?



Par Eric Verhaeghe.

Les entreprises publiques et leurs héritières (Air France) sont-elles capables de pratiquer le dialogue social au sens où l'entendent les entreprises privées classiques? Le cas des conflits à la SNCF et à Air France d'en douter

Après l'échec de son référendum sur ses propositions salariales, Jean-Marc Janaillac, président d'Air France, a décidé de démissionner . Il amplifie ainsi une crise qui dure plusieurs semaines avec les salariés. Chacun se fera son idée sur un tort et qui a raison dans ce dossier. Une chose est sûre: la négociation qu'il a endossée avec les organisations syndicales posent, sur la forme, autant de questions que celle que l'État mène et mène encore à la SNCF.

Air France et ses hauts fonctionnaires

Avec un peu de malice, on remarquera tout de même que Jean-Marc Janaillac est un ancien de la promotion Voltaire, à l'ENA – celle qui a tant marqué la politique française. Gilles Gateau, directeur des ressources humaines, était conseiller social de Manuel Valls à Matignon. Ces deux points soulignent la particularité d'Air France et les syndicats, cités à l'époque par Le Monde s'en ont émus:

Nous ne sommes pas sortis de l'entreprise: Air France n'est toujours pas une société comme les autres

On ne peut les démentir sur ce point: ce n'est pas parce qu'Air France est une société privée que l'État ne cherche plus à contrôler les salaires. Cette absence de lâcher prix (trié à la SNCF est promis après une transformation en entreprise publique prévue par le gouvernement) montre aujourd'hui toutes ses limites.

Les hauts fonctionnaires face aux syndicats majoritaires

Dans la pratique, l'état-major d'Air France a fait l'objet d'étranges leviers pour négocier son accord au sein de l'entreprise. Pour mémoire, la représentation syndicale et la forte dispersion entre la CGC, FO, l'UNSA, la CGT et la CFDT. En revanche, chez les SNPL représente les 2/3 des 4.000 employés qui occupent les cabines de bord.

Face à cette arithmétique implacable, toute négociation à Air France est la contrainte incontestable de rassembler les syndicats dont aucun ne se dégage clairement, sauf pour les dirigeants où le SNPL est incontournable. On peut évidemment le regretter et rêver d'une situation plus acceptable. Mais la réalité est têtue: la direction d'Air France est obligée de passer par le SNPL.

On retrouve, the resident same, at the SNCF, where any strategy of contournement of the CGT constitue the forte chance of risk when when il s'agit de réformer l'entreprise. Un syndicat dominant, quoi qu'il arrive, une épine dans le pied patronal. Vouloir l'ignoreur peut se révéler douloureux.

À la SNCF comme à Air France, au-delà des effets de la manche, le gouvernement en fait l'expérience, et c'est pénible.

L'étrange méthode de la direction d'Air France pour négocier

Depuis le début, sur s'étonnera lorsque même de peu de direction de la direction d'Air France s'est fait preuve de vis-à-vis des pilotes de ligne. On peut bien entendu reprocher à cette catégorie de salariés socialement privilégiée de se comporter à la manière des divas. Il n'en reste pas moins que, est obligé de passer par un syndicat représentatif, il faut savoir mettre de l'eau dans son vin. Manifestement, ce n'est pas la première des facultés de la direction d'Air France .

Par exemple, le SNPL reproche au président et au directeur général de l'entreprise de n'avoir jamais participé, même symboliquement, à une des séances de négociation salariale. Sur la lire dans la presse la réaction de Gilles Gateau, le DRH, à cette demande:

Dans une entreprise, c'est le DRH qui négocie. C'est partout comme ça.

Manifestation, la direction de l'entreprise imagine qu'elle dirige une entité comme les autres. Ou, Air France, ne serait-ce que le profil de ses dirigeants, est une entreprise à part. Dans ce contexte, le SNPL lance (dans un tract du 11 avril 2008) de lourdes accusations contre la direction:

Dans le courriel du 10 avril adressé à tous les pilotes, Franck Terner dit «tendre la main» à travers une proposition de négociation pluriannuelle sur les salaires. Pour notre part, nous avons appris l'existence et les détails de cette proposition par la voix des journalistes qui nous ont été identifiés pour réagir face à cette proposition! Nous apprenions un peu plus tard une conférence de presse organisée pour présenter cette proposition aux médias. Cela illustre la pauvreté du dialogue social qui prévaut aujourd'hui à Air France.

Retrouver la même technique à la SNCF: la manie de réserver des annonces à la presse pour faire pression sur les syndicats.

Les entreprises publiques et leur stratégie sociale dangereuse

Dans une entreprise ordinaire, les négociations entre patrons et syndicats ne se passent pas par l'intermédiaire de la presse. Tôt ou tard, la direction et la rencontre des représentants élus des salariés et discute avec eux pour trouver un accord

Manifester cette méthode de négociation est trop simple pour les brillants cerveaux qui dirigent les entreprises publiques. Ceux-ci préfèrent se lancer dans les billards à quinze bandes dont l'émission laisse le dubitatif.

Dans le cas d'Air France, la direction ne doit pas être prise en compte auprès du SNPL. Au contraire, le SNPL a compris que la direction cherchait à contourner et à le discréditer.

Puis, le président Janaillac s'est levé en convoquant un référendum informel alors que la CGC et la CFDT étaient prêts à signer un accord moins favorable … Là encore, le bon sens de la direction laisse perplexe: comment peut-on espérer être soutenu par le personnel, quand on désavoue officiellement les syndicats les plus modérés de l'entreprise? Le président du conseil est suicidaire.

Dans tous les cas, il ne faut pas attendre le soutien de la CGC et de la CFDT qui étaient prêts à signer à 5% d'augmentation, 7% par voie référendaire. Reste ce sentiment diffusé que Janaillac a voulu jouer aux Machiavel, et que les syndicats lui ont mis une bonne raclée.

Un dialogue franc et massif, mieux que ces interminables finasseries de biais.

Peut être un patron sans concession mais savoir négocier

Comme à la SNCF, tout se passe comme si l'élite technocratique à la tête des entreprises publiques gâchait toute possibilité d'évolution collective faute de savoir négocier avec le petit personnel. Comme si jouer le jeu de la négociation avec les syndicats exposés à un ridicule indigne des codes aristocratiques.

À la SNCF, l'attitude d'Elisabeth Borne les syndicats à demander une négociation directe avec Matignon. Chez Air France, les malades de la direction ont conduit à un résultat connu. Pendentif ce temps, les comptes des entreprises se dégradent et l'économie du pays souffre.

Une autre voie possible. Si, as a lieu de jouer à Machiavel, les dirigeants publics pariaient sur une négociation sans concession, mais aussi et franche, ils ont obtenu beaucoup probablement plus de résultats et de mener des stratégies beaucoup plus ambitieuses.

Mais cela supposerait que tous ceux qui ont des leçons de la démocratie sociale, de dialogue social et d'autres balivernes, aux entreprises, mais appliquant leurs grands principes sont en position de faire. Cette exemplarité-là n'est malheureusement pas le fort de notre haute fonction publique.

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