Cannes : “Suis seul. Le poing levé. Grand moment de solitude”

Cannes : “Suis seul. Le poing levé. Grand moment de solitude”


Alerte sur le tapis rouge: Laurent Bouhnik est sur la Croisette! L'empêcheur de pavoiser en rond du cinéma français, l'homme qui a regardé les 190 films du coffret des César et a dit tout ce qu'il en pensait sans filtre ni pincettes, est de retour cette année à Cannes. Là où, en 1996, il présente son premier long-métrage, "Select Hotel", avec Julie Gayet . Le Festival a changé, lui aussi. Les films, les soirées, les à-côtés: il nous raconte sa quinzaine à lui. Sans filtre ni pincettes.

Il est un peu plus de 7 heures, je suis dans une foule, devant les barrières qui empêchent d'entrer dans le grand palais pour voir le premier film de la journée. Ça papote de tout de rien autour de moi. Les cinéphileux sont des gens patients.

Perso, je commence à trouver le temps long.

On se laisse enfin entrer au bout de trois quarts d'heure d'attente. Je rêve de mon lit ….

Sur le tapis rouge, la robe courte, le décolleté ouvert jusqu'au nombril, une blonde décolorée s'aperçoit que la caméra du festival est en train du filmer. Elle baisse la tête et pose sa principale sur ses seins. Fils mec, attifé comme un pingouin, sourit derrière son nœud papillon.

Il faut près d'une heure encore pour lancer la projo. Je sens mes yeux papillonner. Je me bats contre le sommeil. Résiste! Résiste! Les images devant moi ne m'aident pas à me réveiller. Tout est dans la douceur dans ce film japonais. C'est beau. C'est prêté. Vraiment prêté. Tellement prêté.

Ryusuke Hamaguchi est un cinéaste tranquille. Il filme l'amour et l'amitié au quotidien. Sans passion ni nervosité.

Ça parle d'une fille qui aime un type, puis qui aime un autre qui est son fils.

Lequel des deux va-t-elle choisir?

La grande question.

J'ai des coupures malencontreuses. Quelques minutes de sommeil volées. Pas fait exprès!

Suis content quand on arrive au générique.

Moment de solitude

Au repas de midi, sur moi présente Agnès Varda. Elle m'a sourit. Je rougis. Sur l'aide à marcher la petite grande dame.

Le cinéma, c'est rendre le temps éternel.

Malheureusement la vie va et ne s'arrête pas. Même pour une cinéaste oscarisée.

Puis un ange passe à ma table. La sublime comédienne de mon film "Q". D'une classe hors du commun. Déborah Révy. Fascinante. Électrique. En la regardant, je comprendrais que lui écrive des rôles sur mesure. Bien qu'elle peut tout jouer, tout interpréter.

Puis, une fois sustenté, je fonce à la projection de la Semaine de la critique

Je croise un gentil couple sur un passage piéton. Ils ont la trentaine. Elle est blonde platine, la robe bien sage. Lui à la coupe au carré, BCBG. Il est la taille par la taille. Elle jette un coup d'oeil entre ses jambes et lui souffle au moment où ils passent à côté de moi: "T'as pas mal, là, du coup?"

Ce sera la phrase mystère du jour ….

La foule est toujours aussi abondante devant le cinéma de la Semaine de la Critique. Je passe la grâce à mon passe.

"Fuga" est l'histoire d'une femme qui a perdu la mémoire. Elle ne reconnaît pas sa famille, ni sa vie d'avant. Peste.

C'est encore prêt. Mais prêté. Très prêté. Je m'endors. Désolé pour la réalisatrice. J'ai pas pu tenir. J'espère que mes ronflements n'auront pas perturbé le public. Mais tout le monde se casse sans que je ne reçoive aucune récrimination.

Faut maintenant que je cours à la Quinzaine des réalisateurs.

J'arrive pile poil à la fiesta du cinquantenaire. Suis pas en retard! Un miracle.

La salle applaudit chaudement la présence de Gilles Jacob.

Sur le grand écran passe un montage sonore dont les phrases ont été traduites en anglais, ou en français quand l'interviewé est anglishe. Quelque peu désuet leur bidule, mais combien intéressant. Ça t'apprend que la Quinzaine est née des revendications de mai 68 contre la mise en main du ministère des Affaires étrangères. La bande à Langlois, génial créateur de la cinémathèque, s'évertue à trouver des films de traverse. Libres et insoumis. C'est une génération d'amoureux du cinéma qui entre l'aide entre les réalisateurs, l'échange et le partage des idées.

Dans le public, je vois Mariam Al Ferjani, la comédienne exceptionnelle du film "La belle et la Meute", présenté en 2017 à Cannes, dans la sélection Un Certain Regard. Aujourd'hui, suis verni avec les comédiennes. Mais pas le temps de papoter qu'on invite les réalisateurs présents à monter sur scène.

Sur demande à faire une grande photo de groupe. Je trouve que pour toute commémoration, ça a envoyé le sapin. Je me dis que faut marquer le coup. Faire un truc. Moi viens une seule idée. Je m'avance alors sur scène et lève le poing, que nous sommes là, les cinéastes, toujours prêts à nous battre, à faire front commun. Que les combats d'hier sont encore les combats d'aujourd'hui.

Mais … suis seul. Le poing levé. Grand moment de solitude.

Heureusement une dizaine de cinéastes viendront moi rejoindre, le poing levé. M'ont sauvé de l'humiliation.

Dialogues de sourds

Il ya une projection d'un film. Une animation qui se passe entre la Belgique et l'Afrique.

Je suis peut-être très fatigué, mais j'arrive pas à accrocher.

Ensuite il y a le dîner. Sur la plage de la Quinzaine.

Me retrouver à la table numéro 7, où se trouve la représentante de la BNP. Qui ne tente rien n'a rien, je lui demande d'allonger les 250.000 balles qui manquent pour finir la post-production de mon dernier film. Elle me dit que c'est beaucoup d'argent. Je lui réponds au contraire, ce n'est pas grand choix pour une post-production. Elle me répond que la BNP finance déjà la Quinzaine des réalisateurs. Je lui rétorque que la Quinzaine des réalisateurs aide les films qui sont déjà terminés. Là, la banquière à l'occasion de participer à la production d'un film qui n'est pas l'être, fini.

Dialogue de sourds. J'abandonne.

À côté de moi, l'adjoint à la Culture de Cannes me reproche gentiment mes chroniques dévastatrices. Je lui réponds que je sais faire pire. Au moins il rigole. Il ne me tourne pas le dos comme tellement de mes bons amis.

Il y a un Thierry de Peretti qui s'installe à la table. Cela faisait longtemps que je voulais le questionner sur la magnifique mise en scène de son film "Une vie violente".

Discussion fiévreuse sur la façon de réaliser un film. Enfin, je sais pourquoi je suis là. J'ai à peine touché les plats qui s'enquillent devant moi.

Puis on se dirige vers les navettes qui doivent nous amener à la grande teuf de la Quinzaine

Le champagne coule à flots.

Ça danse sur la techno alors que des centaines de groupes éparses discutent dans l'immense jardin offert aux libations cannoises.

Je retrouve des amis. Des réalisateurs venus chercher de l'argent pour leurs projets, ou simplement profiter du festival pour voir des films.

Ambiance détendue.

Nous parlons et parlons cinoche. Nous rêvons de réaliser des films hors du commun, et nous buvons, buvons.

Les cinéastes sont à la merci de la téloche. Il serait temps que ça change. Faire un cinéma libre de toute contrainte!

Il est plus d'heure.

La fête se termine.

Putain, demain, ça va être facile.

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