Apparences et réalités de la commémoration de Charles Maurras [2e partie] Une commémoration-célébration par un biographe faisant l’unanimité des « historiens du consensus »

Apparences et réalités de la commémoration de Charles Maurras [2e partie] Une commémoration-célébration par un biographe faisant l’unanimité des « historiens du consensus »


                    

Deuxième partie de cet article détaillé sur la commémoration de Charles Maurras – Pour faire vivre le débat historique. Nous publions les réponses d'historiens à cet article.

Je. Apparences et réalités de la commémoration de Charles Maurras

II. Une commémoration-célébration par un biographe faisant l'unanimité des «historiens du consensus»

III. – De l'urgence de la réédition des «collabos» au rôle du Comité des commémorations nationales de 2011 à 2018

Apparences et réalités de la commémoration de Charles Maurras, par Annie Lacroix-Riz [2e partie]

Par Annie Lacroix-Riz, professeur émérite université Paris 7

II. – Une commémoration-célébration par un biographe faisant l'unanimité des «historiens du consensus»

«On se demande ce qui a traversé l'esprit des auteurs du registre [des Commémorations nationales] a offert une description nationale de cette amitié et du soutien du régime de Vichy», a dit le journaliste Thomas Hanke le 29 janvier 2018. «On se demande [aussi] ce qui [leur] a traversé l'esprit» en sélectionnant à cet effet un historien si entiché du «maître». Jean-Noël Jeanneney, interviewé le 23 mars 2018 par Emmanuel Laurentin à la Fabrique de l'histoire, France Culture, deux jours après l'annonce de la démission de dix membres du Comité des commémorations nationales, a tenu à disculper son ​​collègue Pascal Ory et lui-même – les dirigeants de cette commémoration contemporaine – de toute admiration ou «approbation» de Maurras, et reproché à Mme Nyssen d'avoir »Il en allait autrement. L '«émotion» soulèverait illégitime, et il n'y aurait aucune ambiguïté sur le caractère «anti-républicain» du «personnage», qui aurait dit «fusiller Léon Blum dans le dos».

  • A- Olivier Dard et l'Institut d'études politiques: «les historiens du consensus » croisés contre le« fascisme français »de droite

Si la «désapprobation» de Jean-Noël Jeanneney et de Pascal Ory est sincère ils n'ont pas lu la biographie de Maurras, supposé avoir qualifié Olivier Dard comme commémorateur . Le maître et l'action expliquant sur l'admiration de l'auteur pour son héros, ne figure pas sur la première de couverture. Dans la même hypothèse d'antipathie contre Maurras, ils n'ont pas la fameuse «notice» qui a évacué son antisémitisme au delà de l'affaire Dreyfus. S'ils ont lu tout ou partie des deux écrits, ils n'en ont pas été choqués. Ils ont estimé, comme le «Haut comité des célébrations nationales» de 2011, non seulement que Maurras méritait comme Céline l'hommage national mais que leur paire Olivier Dard était apte à fournir à la population française dans un «recueil» officiel la connaissance de base sur le nouveau commémoré. Sans parler de leur respect pour la liberté d'expression historique contre la «censure» insupportable qu'aurait constitué le retrait brutal de la notice

Notons que l'historien avait beaucoup pour plaire à ces juges et arbitres.

Olivier Dard a fait ses études d'histoire à l'Institut d'études politiques de Paris, a été préparé sous la direction de Serge Berstein et a soutenu en 1993 une telle «Les Novations intellectuelles des années trente: l'exemple de Jean Coutrot », publié sous le titre de Jean Coutrot: de l'ingénieur au prophète . Il a amorcé une série de travaux sur les chefs du fascisme français, tous passés par l'action française et «le maître» Maurras, tel Bertrand de Jouvenel, hitlérien d'avant-guerre et d'occupation. Sans négliger « l'Action française Charles Maurras et Jacques Bainville», objet de diverses codirections d'ouvrages et colloques publiés. «Il s'inscrit dans la tradition de l'histoire politique renouvelée au sein de cette institution par René Rémond et ses successeurs, dont le directeur de Serge Berstein», allusion de sa fiche Wikipédia méritant précision.

La perpétuation de la tradition dans les années 1950 à l'Institut d'études politiques sous l'égide de René Rémond, Raoul Girardet et Maurice Duverger l'existence d'un fascisme français né de l'Action française au début des années 1920, antisémitisme obsessionnel compris. Cette équipe fondatrice d'une contribution des années 1950 à une date récente à la formation des élites politiques. Son influence et celle de ses successeurs ont grandi dans le droit de la légalisation des dernières décennies, qui a institué une tutelle de fait de l'IEP sur l'histoire contemporaine: l'héritier direct de l'École libre [privée] des Sciences politiques d 'avant-Libération, où Jean-Noël Jeanneney a longtemps enseigné bien qu'il ait commencé à pratiquer l'enseignement supérieur, y a imposé les méthodes et problématiques de son «histoire politique».

Serge Berstein et Michel Winock, ont animé une campagne aussi féroce qu'elle contre l'idée même d ' un «fascisme français», «right and counter»: that the English version was well «the matrix» stricto sensu de ce «fascisme français»; Marcel Déat et Jacques Doriot, transfuges respectifs de la SFIO et du PCF, très minoritaires, ont contenu leur camp initial sans avoir forgé ce fascisme; que ses bailleurs de fonds dans les années 1920 porté sur les fonts baptismaux, aux côtés de la droite classique, dit «républicaine», avec une ardeur fouettée en 1924 par le programme d'impôt sur le capital »Du Cartel des Gauches d'Herriot, programme immobilier privé et remisé; que ces mêmes maîtres tuteurs, pendentif la Crise, appliqué à l'unification des fameuses «trois droites», libérale (orléaniste), bonapartiste et conservatrice (légitimiste). La «typologie», forgée par René Rémond d'une subdivision en trois familles héritées des conflits du 19 e siècle [, qui] a fait date », note sa fiche Wikipédia, avait perdu toute pertinence dans la« radicalisation »droitière des années 1930, avant que leur fusion n'éclatât aux yeux de tous à l'été 1940.

L'historien américain Robert Soucy a présenté cette fascicule sur le «fascisme français» en deux ouvrages, sa première diffusion, en 1986 ( Le fascisme français, la première vague, 1924-1933 ), puis à sa «deuxième vague», en 1995 ( Fascisme français, la deuxième vague, 1933-1939 ). Ils ont été traduits, pour le premier, au bout de six ans, pour le second, au bout de neuf: un signe des veto de l'IEP contre tout débattre sur «le fascisme français», que confirmèrent les attaques qui suivirent contre Soucy. «Le fascisme français», Le fascisme français, 1924-1933 », le second, un titre trois fois fallacieux, Fascismes français? 1933-1939: mouvements antidémocratiques : l'affirmation d'un fascisme unifié et de la droite et a été remplacée par deux absurdités, un pluriel suivi d'un point d'interrogation; un sous-titre postiche complétait l'escroquerie. Soucy avait osé imputer le fascisme aux devoirs économiques; nier «l'autonomie du politique»; enjoindre les «historiens du consensus», que le qualificatif mit en colère, de ne pas seulement à la presse, aux textes idéologiques publiés, aux «avis» a posteriori et à la seconde main, mais aussi aux archives originales, notamment policières (base de l'histoire politique, précise), qui ruinaient leur thèse. Ce crime de lèse-majesté exigé représailles.

En 2006-2007, Michel Winock et Serge Berstein lui livrèrent un assaut furieux, ciblant aussi d'autres historiens anglophones, entêtés sur le «fascisme français», sa composition et sa «matrice», l'Action française, tel Brian Jenkins. Serge Berstein se déchaîna en 2007 contre Soucy, un des historiens étrangers, acharnés à vouloir démontrer l'existence d'un fascisme français, et contre l'ouvrage Le mythe de l'allergie française au fascisme Accusé de terrorisme intellectuel appliqué par les staliniens zélés en une époque qu'on fait croire révolue ». Le summum a été atteint par la revendication de la compétence exclusive des «historiens du consensus»: «la plupart des historiens français qui s'intéressent à la question ne se poursuit pas l'utilité de continuer la discussion avec les partenaires qui refusent les termes normaux «un débat scientifique», «qui est pratiquent» le croisement des sources multiples [à l’exception des archives]. D'ailleurs, «si les arguments de Robert Soucy et de ses amis paraissaient historiquement fondés, ils ont fait autorité longtemps chez les historiens français». La guerre d'usure inexpiable conduite contre lui par cet aréopage à abouti en France à son effacement historiographique, d'autant plus radical que la traduction française des deux ouvrages du malheureux «historien étranger» a été rayée de la carte éditoriale: ils sont désormais introuvables, sauf d'occasion, à un prix prohibitif. https://www.chasse-aux-livres.fr/prix/2130419828/le-fascisme-francais-1924-1933-robert -soucy? query = Robert% 20Soucy

Ainsi avait-il été confirmé que toute relique d'analyse de classe était strictement bannie de l'IEP; et que la hargne des équipes fondatrices contre la thèse d'un «fascisme français» non publié de la gauche demeurait intacte. Ce postulat vieux de plus de soixante ans et peut-être pas eu des fondements exclusivement scientifiques.

  • B- Le passé bonifié des contemporains de l'occupation

Le trio initial Rémond, Girardet, Duverger de l'IEP, successeur de l'École libre des sciences politiques remarquables palmarès vichyste, a été présenté comme lié à la Résistance, qualité la démocratie et à la République. Raoul Girardet, le cheminement de l'Action française à l'OAS relève de la logique, aurait cependant, assurer sa notice Wikipédia, comporté un glorieux passage à la Résistance, récompensé d'une «Croix de Guerre 1939-1945» . Cette action n'est pas étayée par aucune source historique. Tout au plus peut-être évoquer ici la «vichysto-résistance», concept dont l'IEP a fait depuis les années 1990 un usage immodéré, à la suite de Jean-Pierre Azéma. Les sources originales font des présumés «vichysto-résistants» de simples «vichysto-américains», qui rejoignirent mieux de Gaulle un stade giraudiste: dit fiche le concède. La fiche de René Rémond est lapidaire sur 1940-1944, à l'exception d'une reconnaissance des marques d'un catholicisme sis du côté de Vichy et de l'adhésion à la Résistance ou à «Témoignage chrétien». L'hommage nécrologique de Raphaël Spina au «participant actif de l'aumônerie et de la résistance normande», quoique vibrant, n'est pas plus étayé

On dispose en revanche sur Maurice Duverger, d'archives stricto sensu de nature à rectifier les notifications officielles enflammées que son passé fasciste, le henriotiste et PPF, reconnu, n ' un pas troublé. La nécrologie du «pape» de la science politique française »rédigée par Le Monde dont il avait été« une des grandes signatures […]. Huit cents articles entre 1946 et 1994, souvent publié à la «une» du jour, est, concernant sa biographie d'avant-guerre et d'occupation, un chef-d'œuvre d'omissions ou de contrevérités dignes de la biographie de Maurras. J'en signaler en italique les passages concernés, commentés plus loin. Le très jeune homme d'origine bourgeoise, passé par le «collège catholique Grand-Lebrun, où l'a précédé François Mauriac», «adhère» à 16 ans, «fin 1933, […] à l'Union populaire républicaine, dont la figure de proue est un jeune professeur de l'enseignement libre en Gironde, Philippe Henriot, le futur ministre de la propagande de Vichy. En décembre 1936, Maurice Duverger rompt avec Henriot L'art oratoire dira-t-il plus tard, le fascinait, pour rejoindre le Parti populaire français de Jacques Doriot. Le Parti populaire français (PPF) n'est pas encore le mouvement fasciste qu'il deviendra . Mais c'est déjà une formation populiste, antiparlementaire, où les antisémites de la voix . Maurice Duverger est promu secrétaire de la Fédération du Sud-Ouest des jeunes doriotistes, l'Union populaire de la jeunesse française. "Tout cela, écrira-t-il dans un livre de souvenirs, était idéaliste et irréaliste. J'avais vingt ans "(L'Autre Côté des choses, Albin Michel, 1977). »Il était d'ailleurs,« à partir de 1938, […] quitté le PPF parce qu'il était dévié vers la droite "», puis «se consacr [e] à sa formation de juriste [,…] voie […] choisi [e] un peu par hasard. […] En 1942, il est reçu à l'agrégation de droit public après avoir soutenu cette affirmation sur L'Affectation des immeubles domaniaux aux services publics. Professeur de droit à Poitiers (1942-1943), puis à Bordeaux (1943-1955), il est nommé dans la capitale en 1955 où il enseignera jusqu'à l'âge de la retraite, en 1985. […]

Périodiquement, Maurice Duverger était sommé de s'expliquer sur ses engagements politiques d'avant-guerre et ses écrits de jeunesse sous l'occupation. L'article qui lui a été le reproché figure dans les numéros de juin et décembre 1941 de la Revue de droit public et de la science politique. Intitulée "La situation des fonctionnaires depuis la révolution de 1940", cette étude en deux parties porte sur les lois de Vichy qui excluent les juifs et les femmes mariées de la fonction publique. Cet article répétait Maurice Duverger lui a fait souffrir, se voulait purement scientifique, c'est-à-dire descriptif et neutre. Selon l'usage, l'auteur n'avait pas à juger du bien-fondé de ces mesures . ».

La remarque passait rapidement sur le premier héros de Duverger, Henriot, un des chefs incontestés du fascisme français de l'Action française, catholique ultra, déchaîné contre la Révolution française, la République, fils «école unique et gratuite» et ses lois, antisémite frénétique, anti-métèques, anti-maçonnique, anti-rouge, putschiste depuis le 6 février 1934, associé à toutes les phases du complot contre la République, lié à Doriot de 1937 dans le cadre du Front de la Liberté »qu'il dirigeait, pronazi de moins en moins discret et Munichois proclamé, etc. Ce qui ne l'empêchait pas, comme la plupart des ligueurs, tel Xavier Vallat, d'être membre et orateur privilégié de la droite classique, en l'occurrence de la Fédération républicaine de Louis Marin et François de Wendel, séduite par l'efficacité de son art oratoire.

Le Parti populaire français (PPF), fondé par la banque Worms à l'été 1936, alors richement subventionné par tout le grand capital (Comité des Forges et du Président François de Wendel inclus) 'emblée un «mouvement fasciste». Et d'autant plus fondamentalement antisémite que ses vrais maîtres, hauts cadres de la banque Worms (tels Pierre Pucheu, membre éminent de son bureau politique et François Lehideux, par ailleurs directeur général de la Société anonyme des Usines Renault (SAUR) de son oncle ), ont un passé Action française. Les transfuges du PCF, apparents dirigeants du PPF, tels Doriot et Marschall, affectés à la propagande de la conquête des «masses» au-delà de leur Saint-Denis d'origine s'adaptèrent d'emblée à l'antisémitisme de rigueur. Mais ce parti n'eut pas lieu à «» dévi [er] vers la droite »». Sa chute d'avant-guerre ne résulte pas d'une «droitisation», mais des aléas consécutifs à la défaite ouvrière du 30 novembre 1938: celle-ci en rendit l'usage et le financement du grand patronat momentanément inutiles, et ce brutal retrait l'obligea à quitter son siège début 1939.

S'il avait alors été abandonné le PPF, Duverger a fait ce qui s'alignait sur les chefs de son bureau politique, les salariés de la banque Worms, qui désertait leur invoquant leur brusque découverte du versement de fonds étrangers et anti- patriotiques: ils ont été aperçus, sidérés, que Doriot avait arrosé par le gouvernement de Rome. Quant à la voie […] choisi [e] un peu par hasard »par le jeune chef de PPF de Bordeaux, elle n'était pas, pour le moins, pas antiagonique avec son activisme politique, dans cette ville que les Allemands […] Considérant Eux-mêmes […] comme la ville la plus collaborationniste de France ». Ses magistrats, exactes that that Virginie Sansico a traiter, pour Lyon, bureau de police de modèles de la magistrature déshonorée »tant sous l'occupation a publié la libération, où, presque tous maintenus en poste, ils battirent des records dans le sabotage général de «l'épuration». On peut juger du caractère «scientifique», […] descriptif et neutre »de l'article de 1941 de Duverger par le minuscule extrait qu'en reproduisant la brève« discussion »de sa fiche Wikipédia::« L'élimination des fonctionnaires juifs des administrations publiques ne constitue nullement une sanction disciplinaire à leur égard. Ils sont des points révoqués à cause d'une faute qu'ils ont commis dans l'exercice de leurs fonctions, mais parce que a estimé que l'intérêt public exigeait ce renvoi. La mesure qui frappe les coups de telle sorte que le caractère d'une mesure de la nécessité publique ». Toutes les notices officielles, nécrologiques ou non, consacrées à Duverger, sont identiques à celles de Monde telle autre fiche. Elle cite non un extrait de l'article de 1941, mais le témoignage de novembre 1988 du doyen Georges Vedel, l'autre gloire de l'IEP, en défense de Duverger au procès que le dernier intentionna et gagna alors contre Actuel hebdomadaire (du très bien informé Jean-François Bizot, héritier, pour le coup réel anticonformiste, des Gillet de Rhône-Poulenc, la précision absente de la fiche) qui avait rappelé ce lourd passé. Car, a certifié Vedel, Maurice Duverger a proposé une interprétation trop restrictive de la nature à paralyser l'effet, ce qui , dans les circonstances du moment, constituait la contribution plus un juriste pût apporter à l'opposition aux textes qu'il commentait. »

Duverger, admet Wikipédia, l'âge de quinze ans […] milit [é] dans les groupes d'extrême droite bordelais », membre à Bordeaux du PPF, dirigé cinq ans plus tard son« organisation de jeunesse ». Professeur de droit, il a accepté «pendant l'occupation […] d'enseigner à l'Institut d'études corporatives et sociales, sous l'égide du maréchal Pétain pour les anciens cadres de la Révolution nationale. »Mais, l'agrégé de droit, à 25 ans, et toujours chef du PPF bordelais, s'apprêtait« proche du régime de Vichy [que] pendentif sa première période »et se serait« rapproché de la Résistance », affirmation ayant pour seule référence son écho médiatique «après la Libération».

C'est en effet seulement quand cela date ce présumé rapprochement, pas amorcé dans «la [dernière] période» de Vichy, pas même, à la connaissance de l'occupant, après le débarquement du 6 juin 1944. Une «note» du 16 juin «in the study of the corporate studies and social», inclus dans un «dossier 5» du 16 au 30 juin 1944 rédigé pour Abetz par deux de ses collaborateurs, dont le Dr Karl Epting champion de la collaboration intellectuelle d'avant-guerre et d'occupation à l'Institut allemand de Paris, qui dispose d'une antenne à Bordeaux, atteste:

1 ° que ledit institut était sous direction efficace allemande: ses dirigeants […] sont tous très réprouvés, très éprouvés et parfaitement conscients de leur tâche. La politique sociale qu'ils propagent selon les directives de l'administration centrale de l'institut est parfaitement conforme aux conclusions du congrès de Bad Salzbrunn »congrès nazi de mars 1944 ont fait assistés« les économistes et les théoriciens pronazis venus de toute l'Europe [occupée] »« et [elle] souligne la nécessité de la mise en œuvre d'une entente européenne en matière sociale, fondée sur les principes de la communauté, de la personnalité et du rendement [ Leistungsprinzip ] »

2 ° que l'IECF avait des activités et des vues impressionnantes justifiant une sérieuse étude contemporaine: «un corps professoral et administratif de 470 personnes dont 84 à titre permanent», 1 823 étudiants à Paris et dans la région parisienne, 2 782 en province, «près de 5 000 […] associés aux centres créés dans les services extérieurs [,…] plus de 18 000 personnes» participant à ses séances organisées régulièrement en province); et que Bordeaux a été présenté par deux «délégués départementaux», dont «M. Duverger [Maurice]21, rue Goya, Bordeaux» ..

  • C-Olivier Dard plébiscité par l'historiographie dominante

La contestation par Olivier Dard de la pertinence des archives politiques et des politiciens pour les politiciens politiques, publicistes, idéologues de capitaux liés au capital financier ne permet pas le vivier intellectuel qui l'a nourri, puis agréé et promu. Sa méthodologie n'a pas troublé davantage l'historiographie dominante extérieure à l'IEP, qui a une longue date abdiqué la problématique socio-économique en général, le marxisme particulier, et a apprécié la contribution du refrain de l'autonomie du politique »à la démolition de l'histoire« de classe », si vulgaire. Une partie de ce milieu n'est pas classée à l'extrême droite, la seule étiquette de «communiste» lui disqualifier un enseignant-chercheur ou un chercheur comme «historien communiste» et à bannir de toute session académique, de toute revue universitaire, etc. Ou, la communauté académique était, moins d'histoire contemporaine, informée de l'intérêt que suscitait Olivier Dard chez l'extrême droite en général et l'Action française en particulier, et pas seulement à l'IEP et dans toutes les universités où Olivier Dard a été recruté. Ils étaient notés bien avant que les autres publics soient: 1 ° la notice sur Maurras et ses suites; 2 ° l'annonce de sa participation au colloque «européen» blanc-aryen de l'institut Iliade du 7 avril 2018, au titre explicite «Repentance, ahurissement, avachissement … Stop ou encore? "Fiers d'être Européens!". This community ne s'est jamais attiré d'attaches qui s'accumulent dans la mesure où elles sont exécutées sans rejet scientifique de sources incontestables sur le fascisme français.

L'unanimité s'est faite sur la pertinence de la croisade de l'historien contre les «conspirationnistes», communistes et fascistes mêlés, les premiers étant la cible plus que les secondes. Elle se n'est jamais démentie depuis l'ouvrage de 1998 La synarchie ou le mythe du complot permanent qui lui a valu l'assentiment académique général. Ce brûlot s'inspire explicitement de la mise en scène de l'histoire de l'OAS Mythes et mythologies par son prédécesseur Raoul Girardet, ancien militant de l'Action française au secours de l'OAS et des chefs du combat contre la subversive d'un «fascisme français» de droite. Olivier Dard et ruban à bras raccourcis sur «la mythe de la synarchie», fondée par douze grands banquiers et / ou industriels, eux-mêmes parents et infatigables financiers de l'Action française issu du même moule politique. Leurs idéologues étaient ceux-là adhérents, sauf ceux que «la synarchie-qui-n'existe-pas» avait, dans les années 1930 de la Crise, recrutés dans la gauche anticommuniste, syndicale, politique franc-maçonne. Il faut désormais conquérir les masses au-delà des inspecteurs des Finances, des polytechniciens, des centristes et des normandiens: on ne may also with the hauts fonctionnaires et les membres des conseils d'administration séduire les prolétaires, les employés, les enseignants, les Les cadres de l'industrie redoutaient alors la radicalisation

La synarchie ou le mythe du complot permanent est un livre sur l'écriture officielle et la seconde, selon l'usage de l'IEP. La méthode, qui nût naguère scandalisé, ne s'intitule pas aux historiens méprisants des «positivistes» empilant les annotations d'archives qui n'ont rien à apprendre aux esprits supérieurs, voire perturbent leur problématique. Nul ne trouva donc à redire dans le veto d'Olivier Dard contre les milliers de documents originaux de toutes origines, il conteste toute valeur, au motif que, des années 1930 à L'après-Deuxième Guerre mondiale, ils sont «de basse police». On peut trouver un exemple d'un synarchie qui n'existe pas mais qui a fait l'objet d'enquêtes policières et d'instructions légales depuis 1937 (après l'assassinat de Navachine). L'historien du «mythe de la synarchie» a vraisemblable motif personnel à nier l'existence du «Mouvement synarchique d'empire» (MSE): les principaux héros de ses biographies, disciples du «maître», étaient de l'Action française, qu'il fréquente assidûment; les recrutés «à gauche», qui n'avait pas appartenu, étaient synarques, tel le chef SFIO Charles Spinasse, grand ami et ministre de Léon Blum, embauché par la banque Worms dès le début des années 1920.

L'appui unanime reçu Olivier Dard des historiens d'une institution universitaire naguère respectueuse des archives ne peut s'expliquer que par la droiture générale du corps, l'expiation d'un passé parfois progressiste, la dépendance grandissante à l'égard des financements extérieurs, notamment des patrons et des européens, tous les facteurs qui ont aboli l'étude scientifique des élites de l'argent. Commenteux agréer la seule idée que ceux-ci ont fomenté un «complot contre la République», sous la houlette de leur fraction financière la plus concentrée, regroupée en «synarchie»?

Le 21 juillet 2012, entre Jean-Noël Jeanneney, responsable de l'émission «Concorde des temps» sur France Culture et héraut, comme tout l'IEP, de l'autonomie du politique, et Jean Garrigues, professeur à l'université d'Orléans et président du Comité d'histoire parlementaire et politique, pour mesurer l'interdit académique qui pèse sur l'arrosage politique patronale: «la collusion» ou «la proximité des députés avec le monde des affaires», qui est dû, vu des archives, constituant l'essentiel du sujet, ne fut qu'effleurée. L'auditeur fut rassuré au surplus par l'affirmation de l'invité que, si la question a-t-elle été – posée alors, il y avait en revanche aujourd'hui des «garde-fous». « Garde-fous » que contredit le dossier, un moment émergé, bientôt enterré, de la corruption de syndicats, d’universitaires, publicistes, hommes politiques, etc., pour un montant « 16,5 millions d’euros, retirés en liquide du compte de l’UIMM entre 2000 et 2007 » par Denis-Gautier Sauvagnac, délégué par le syndicat patronal à « la fluidification des relations sociales »).

Le « complot contre la République », ses décideurs synarchiques et ses exécutants cagoulards meublent une gigantesque correspondance administrative, policière et judiciaire entre 1935-1937 et les décennies d’après-guerre. C’est ce crime de « trahison » (« atteinte à la sûreté intérieure et/ou extérieure de l’État », etc.), « infraction punie de la peine de mort en vertu des articles 75 et suivants du Code Pénal » et non pas la Collaboration qui constitua le fondement juridiquecertes vite abandonné, des poursuites des ministres de Vichy par la Haute Cour de Justice. Mais « le complot contre la République » de l’entre-deux-guerres est désormais assimilé au « complotisme ou au conspirationnisme », concept qui a envahi le champ académique autant que le médiatique et ligote désormais tout esprit critique.

Olivier Dard entretient l’intimidation, par exemple en 2012, via la réédition de sa Synarchie et via Vingtième Sièclerevue qui a répandu la pensée congrue de l’IEP et mené la danse du scalp contre Soucy et sa problématique du « fascisme français ». L’historiographie bien-pensante l’a donc érigé en pionnier ou référence scientifique unique et bloqué tout débat sur la question. L’avis, en 2009, de Michel Margairaz, professeur d’histoire économique contemporaine à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, second temple de l’Alma Mater, est significatif de cette unanimité : « parmi les responsables politiques, le mythe d’une “synarchie” ourdie par Jean Coutrot [non, par ses patrons de la banque Worms] a bien été déconstruit », par Olivier Dard, précise-t-il.

Ce dernier a trouvé le même appui sur tous les thèmes de ses travaux, Maurras inclus, et sur sa sélection arbitraire des « sources » vu l’évolution ultra droitière de l’histoire de l’Occupation, de Vichy, de la Résistance et de l’épuration. Parmi les acquis de la mise à l’écart des fonds originaux figurent les concepts creux de « vichysto-résistance » et d’« antisémitisme d’État », « français », pas « racialiste », pas exterminateur, débonnaire, présumé être celui du brave Maurras.

Peu importe que ce fameux « antisémitisme d’État » ou « français » ou « catholique », leitmotiv de l’historiographie cléricale ait aboli les frontières avec le « racialiste » ou « ethnique » au moins depuis la première grande crise systémique du capitalisme (1873-1914). Celle-ci a unifié l’antisémitisme et l’antijudaïsme supposé s’en distinguer, et assuré en France, après la débâcle de 1882 de l’Union générale, fugace banque « catholique », le triomphe de La France juive d’Édouard Drumont (1886) puis de son quotidien (1892), La Libre ParoleJean Bouvier, Le Krach de l’Union générale (1878-1885)Paris, PUF, 1960..Qui lit la prose de La Croixorgane assomptionniste vatican, de la Civiltà Cattolica du RP Rosa, vraie voix officieuse du Vatican, et de Maurras et consorts sur l’Affaire Dreyfus, comprend qu’il n’y a qu’un « antisémitisme moderne ». Mais le distinguo clérical a balayé les travaux scientifiques antérieurs.

Comment être choqué, sur pareil terreau, par l’affirmation qu’« pétainiste convaincu [est] demeuré » de 1940 à 1944 parfaitement « antiallemand et antinazi ». Depuis des décennies, à partir du postulat IEP que Vichy n’a rien d’un « fascisme français » avant sa « dérive » lavalienne de 1942 voire avant la nomination de Darnand au « secrétariat du maintien de l’ordre » (janvier 1944), se sont accumulés les travaux dépréciant la Résistance active et glorifiant la « vichysto-résistance ».

Peu avant que n’éclatât le scandale de la notice d’Olivier Dard, Pascal Ory avait apporté sa caution à la transcription télévisuelle de l’ouvrage de 2008 de Simon Epstein, « économiste et historien israélien » d’origine française, Un paradoxe français: antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la RésistanceParis, Albin Michel, 2008, sans sources originales, et. Après avoir bénéficié dès 2008 d’une ample campagne médiatique validant le « paradoxe » de vichystes résistants et de collabos de gauche, M. Epstein a dirigé deux « documentaires » diffusés les 3 et 10 décembre 2017 sur France 3, secondé par deux historiens approbateurs : Olivier Wieviorka, qui centre ses travaux et ceux de ses doctorants sur la résistance intérieure active à écrasante majorité communiste, au vu des archives militairement inutile, voire ridicule, et sur la libération de la France et de l’Europe occidentale par les seules armées américaines ; Pascal Ory, pionnier de « l’histoire culturelle », qui s’est dans les années 1970 intéressé aux textes publics des collaborateurs. Epstein s’est concentré sur les grands « vichysto-résistants » issus de l’Action française ou le subtil distinguo entre « antisémitisme d’État [français] » et antisémitisme hitlérien.

Ses deux adjoints se sont réservé le cas, 1° de « la gauche » devenue brusquement « collabo » en 1940, sous l’effet du traumatisme de la Grande Guerre et du pacifisme consécutif qui l’auraient frappée comme toute la population française, dirigeants politiques compris. Ainsi s’expliquerait en dernière analyse la Débâcle du printemps et de l’été 1940; 2° des communistes trahissant le camp de l’antifascisme entre le 23 août 1939 de la signature du pacte germano-soviétique et le 22 juin 1941 de l’attaque allemande de l’URSS.

Les trois intervenants ont pareillement négligé les fonds originaux de la période 1919-1944, pourtant largement ouverts à la consultation depuis les années 1990.

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