Cannes : “Il pleut encore sur la Croisette et les langues vont bon train”

Cannes : “Il pleut encore sur la Croisette et les langues vont bon train”


Alerte sur le tapis rouge: Laurent Bouhnik est sur la Croisette! L'empêcheur de pavoiser en rond du cinéma français, l'homme qui a regardé les 190 films du coffret des César et a dit tout ce qu'il en pensait sans filtre ni pincettes, est de retour cette année à Cannes. Là où, en 1996, il présente son premier long-métrage, "Select Hotel", avec Julie Gayet . Le Festival a changé, lui aussi. Les films, les soirées, les à-côtés: il nous raconte sa quinzaine à lui. Sans filtre ni pincettes.

Quelqu'un est venu m'avertir en moi dans un message dans ma boîte aux lettres. Un copain de l'attaché de presse. Bien mystérieux leur invit '! Fallait pas rater le rendez-vous!

On est venu me chercher dans une berline noire aux vitres teintées. Je demande au chauffeur où il m'emmène. Pas de réponse. Je rigole. Ça fait James Bond leur façon de faire. Je fais celui qui a vu d'autres. Tranquille. Mais ça m'a fait franchement marrer.

Fallait montrer patte blanche pour voir le dernier film du neveu de Coppola. Une peine à vingtaine de personnes, tous triés sur le volet. Et moi. Pour l'incruste.

Je crois que c'est dans "Variety", le grand canard made in US, que j'avais lu entre un film sur ce film. Rien d'officiel. Pour dire. Et comme suis curieux de nature, j'ai cherché à voir ce qu'on m'a présenté comme une révolution visuelle, sonore et physique (!!!!).

"Terrasse interdite". Je me demande ce que raconte le film, avec un titre pareil. Ça laisse ouverte toutes les conjonctures possibles. Ça électrise la Croisette. Tout le monde en parle, mais bien peu vu. Je le sais, j'y étais!

C'est une vision brutale de l'Amérique de demain. Mais réalisé avec une patte de velours et un sens de la composition qui font référence aux plus grands films ricains. Ce serait comme si Wong Kar-Waï avait rencontré Fassbinder enfantant une œuvre post-apocalyptique. Une sorte de "Raisins de la colère" contemporaine.

Mais le plus incroyable, c'est le visiocasque et la combine que le fichier pour regarder, sentir, ressentir le film.

Ça donne un aperçu de ce que sera le cinéma de demain. Expérience incroyable: le spectateur n'est plus devant l'écran, il fait partie du film. Il a senti d'autant plus les scènes qu'il joue avec les acteurs du film.

8 heures 16 minutes

C'est le dernier festival de Cannes tel qu'on le connaît. Netflix, Amazon, iTunes et Disney changent la donne. Ils n'ont pas peur de produire des films ou des séries qui dérangent, qui secouent. La ménagère de 50 piges, elles s'en foutent comme de leur première blenno. Y'a pas le CSA pour les censeurs, comme avec la téloche ici dans notre pays. Le CSA et la téloche tuent notre cinéma. Je le dis et le répète: nous allons tous les bons, les cinéastes et les producteurs, pour jouer les spectateurs dans un Art en pleine mutation.

Il pleut encore sur la Croisette.

Ici, les langues vont bon train.

Pour "Les filles du soleil", d'Eva Husson, c'est la musique tonitruante et le personnage joué par Bercot, la réalisatrice, qui ne passe pas. En police un film raté.

Pas mieux pour "BlacKkKlansman" de Spike Lee, décevant par son cadrage télé et ses vannes éculées, même si certaines prêtes à rire. En voulant fourguer le discours limite de Trump dans la bouche de bouseux racistes, il ne fait que conforter l'électorat du déséquilibré à la mèche blonde. En ostracisant les "poubelles blanches", Spike Lee les encouragent dans leur connerie. Perso, je préfère découvrir la vie insupportable d'un type de vente (comme le fameux "Henry, portrait d'un tueur en série", horriblement jouissif). J'aime quand un cinéaste rend humain, terriblement humain un monstre, nous secouant les neurones, plutôt que de montrer le monde de manière manichéenne. Sans intérêt.

"Les âmes mortes", film de 8 heures et 16 minutes de Wang Bing lasse par son côté répétitif. Je me doute que ça ne vous étonne pas. Mais écouter de vieux types, filmés toujours de la même façon, coincés dans un cadre immobile, racontant qu'ils bouffaient les cadavres et buvaient leur pisse dans les camps de la mort de Mao pour survivre, devient à la longue chiant et fatiguant.

Ovation debout pour Gilles Lellouche

Mais heureusement, il y a quelques films qui sortent du lot. Pour des raisons différentes.

"Fille" de Lukas Dhont, un ravi les festivaliers. Se demandant pourquoi ce film n'est pas en compétition. Surpris par le jeu époustouflant du jeune comédien, Victor Polster, qui interprète avec une sensibilité incroyable, un homme transgenre changeant de sexe. Bataille de chaise et d'esprit où tout va très lentement pour sa métamorphose tant désirée.

"Le Grand Bain" de Gilles Lellouche a fait se lever toute la salle, applaudissant à tout rompre les simagrées des personnages. Un scénario à l'écriture enlevée, magnifiquement interprété par une ribambelle d'acteurs qui se marrent bien. Qui a dit qu'on a manqué de scénaristes en France? On ne sait pas les payeurs à leur juste valeur et les utiliser à bon escient.

Question sur le Flyboard Air

Il y a une sélection sans je n'ai pas eu le temps de parler: l'ACID.

Chaque année, l'ACID se bat pour des films qui n'ont pas la chance d'avoir une exposition et une reconnaissance dignes de ce nom. C'est un peu David contre Goliath contre les monstres de la distribution qui est 80% des écrans en France pour les films de flux qui asphyxient notre cinéma. Mais c'est aussi ça le cinoche: des films faits avec le cœur avant que soient les produits de consommation. Même si j'ai des problèmes avec l'esthétique et le savoir-faire technique de beaucoup de ces films, il est bon de reconnaître chez les cinéastes choisi un formidable désir de raconter quelque chose qui leur ressemble essentiel.

Que ce soit "Seule à mon mariage" de Marta Bergam racontant l'histoire d'une jeune Rom désirant se libérer du carcan qui l'étouffe, ou "Cassandro", de Marie Losier, plaisant foyer sur les catcheurs gays mexicains , ou encore l'humour particulier de "Thunder road" réalisé par Jim Cummings qui fait le portrait d'un garçon texan, ces films ont tous en commun le désir des cinéastes de montrer à leur manière le monde qui nous entoure, sans complexe et avec un courage que vous devez avoir.

Il commence à faire nuit.

Pour l'avant-première de "Solo: Une histoire de Star Wars" au dessus de nos têtes, dans les airs, passe le Flyboard Air de Franky Zapata. Le génial inventeur d'une machine ressemblante à un surf volant. Je ne veux pas faire mon chauvin, mais Franky Zapata va devoir s'expatrier aux USA pour développer son incroyable invention. Pourquoi l'État français laisse toujours s'enfuir vers les Amériques nos géniaux allumés du citron? J'aimerais bien le savoir!

Je voudrais conclure par une phrase de Tarkovski:

Dans un film, "Quand tout n'est pas dit, on peut réfléchir et deviner encore par soi-même".

Un beau résumé de ce que devrait être un film de cinéma.

Dernière élection, ne croyez pas tout ce que je dis. J'ai été prévenu: mes chroniques seront très mâles honnête!

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