50 euros d’APL: la France de Macron, celle qui a fait le siège d’Antioche à cheval… Par Eric Verhaeghe

50 euros d’APL: la France de Macron, celle qui a fait le siège d’Antioche à cheval… Par Eric Verhaeghe


Emmanuel Macron lance une nouvelle polémique avec une phrase sur les 50 euros d'APL qui sont la dernière obsession de certains Français ne connaissant rien à l'histoire de France. Prononcée dans un documentaire dont le président est un réalisateur à la tête d'une chaîne publique, cette phrase nourrit l'image d'un Macron élitiste, avec un tropisme aristocratique qui le déconnecte de la réalité. Nul ne sait jusqu'à l'entêtement du Président à couvrir les citoyens de son mépris social le mènera.

Il existe un plaisir rare en France: celui de visiter la demeure d'une vieille famille au sang bleu, et d'écouter son chef ou son héritier commenter l'arbre généalogique accroché dans le vestibule. Le meilleur moment est toujours celui où vous m'expliquez le rôle tenu par son prétendu ancêtre dans le siège d'Antioche, en 1098, il a tenu à cheval, bien sûr, quand vos ancêtres à vous le menèrent à pied. Et vous comprenez brutalement la différence entre l'histoire de la France et ceux qui ont le même besoin des moyens de se payer un âne. Les premiers, comme les secondes, sont souvent convaincus que, sans les autres, l'histoire de ce pays serait bien plus belle.

Emmanuel Macron n'échappe pas à la règle. Ses ancêtres ont peut-être participé au siège d'Antioche, mais à pied. Cela ne signifie pas que croire que le roman national est surtout écrit par ceux qui menèrent à cheval. C'est son péché pas complètement mignon, la voiture s'est construite en rassemblant les deux: les cavaliers et les va-nu pieds. Une force de ne pas comprendre, l'histoire tragique pourrait bien lui jouer un mauvais tour.

Le romantisme grand bourgeois d'Emmanuel Macron

Emmanuel Macron à un moment de Rastignac qu'il rêve de grandeur, de lyrisme, d'héroïsme, de causes épiques. Pour lui la France, c'est une tragédie racinienne: des personnages aristocratiques agités par des passions élégantes. Et c'est dans cette pièce-là qu'il veut jouer. D'où cette déclaration ahurissante :

Les gens qui pensent que la France, c'est une espèce de syndic de copropriété où il faut défendre un modèle social qui ne vend plus (…) »et où l '« sur invoque la tragédie dès qu' il faut réformer ceci ou cela, et qui pense que le summum de la lutte c'est les 50 euros d'APL, ces gens-là ne savent pas ce que c'est que l'histoire de notre pays. L'histoire de notre pays, c'est une histoire d'absolu, c'est un amour de la liberté au-delà de tout, c'est une volonté de l'égalité réelle. »

Cette déclaration, par sa naïveté, a pour ainsi dire quelque chose d'attisant, d'enfantin. C'est le rêve du fils à papa amiénois qui dit enfin la vérité devant les yeux estomaqués d'un monde incrédule. Voiture, Rastignac, nous aimons tous, mais il est vieux de deux cents et maintenant, et Balzac n'a jamais caché les défauts de ce cynique ambitieux. Il n'y a pas d'adolescent perdu dans un monde d'adultes pour la vraie France, c'est celle rêvée par Rastignac, et non celle de la prosaïque réalité.

En ce sens, la France de Macron, c'est celle des héritiers de la bonne bourgeoisie de la province qui s'ennuie dans un monde un peu morne, et qui rêve les yeux grands ouverts. Ici a parlé le fils du médecin picard, une sorte de Bovary contemporain, qui vomit la platitude des petites affaires et ne veut entendre dire que de salons, de dames en crinoline et de cochers de la conduite nuitant à leur Odette après une soirée chez les Verdurin

Macron et le mal fantasmagorique des élites françaises

On aurait bien tort de reprocher à Macron sa solitude dans cette espèce de déni face à la réalité française. La conviction que la France est un fantasme aristocratique à nourrir l'imaginaire de tous les dirigeants de ce pays qui sont passés par Sciences Po et l'ENA.

Dans leur vision binaire, le peuple français est un ramassis de bourrins incapables de tout (de gouverner, de se réformer, de réfléchir, de comprendre le monde, de parler les langues étrangères). Et comme ce sont des bourrins méprisables, il leur faut une élite qui dirige et la réforme de préférence sans les consulter. En poussant un peu, sur les entendrait même dire une bonne décision est une décision contestée. Une décision qui ne fait pas polémique est jugée méprisable.

Cette certitude qu'il faut mépriser les Français pour pouvoir gouverner la France est au cœur même du processus aristocratique qu'on appelle l'ENA. Macron n'est (et peut-être son problème) que le numéro d'une même galerie de portraits tous portés par la même conviction immédiate.

Le déni des échecs aristocratiques

Le problème de cette culture traditionnelle aristocratique au déni face aux naufrages éhontés qu'elle a régulièrement produits dans l'histoire de ce pays. La raclée de 1940, par exemple, est toute entière due à l'échec de nos élites, et il est de bon ton du nier farouchement.

Ainsi, l'idée qu'en 1940, les soldats ne se battirent pas contre les Allemands. Qui se souvient en réalité, en six semaines de combat, l'armée française à perdu 60.000 hommes et un infligé autant de perte à l'armée allemande? La campagne de France fut perdue alors que sa plèbe fut très combative. Mais ses aristocrates, its generals, must any plus the lamentables the uns that the other and weempressere de porter attenant Pétain au pouvoir (De Gaulle et une autre d'exception). La mythologie contemporaine interdite aujourd'hui de citer la longue liste des hauts fonctionnaires et des conseillers d'Etat qui, le 11 juillet au matin, ont été fixés sur le Pétain et ont rejoint un seul homme pour réformer autoritairement le pays.

Ceux-là ont été pour l'occultation des causes réelles de la défaite. Et si Pétain il a pris des décrets raciaux et anti-maçonniques, beaucoup, sans scrupule, continuer la collaboration jusqu'à la fin. Ou en tout cas très longtemps.

La vraie histoire de la France, c'est celle-là. Celle d'une élite taraudée par sa manie de la consanguinité et du conformisme, qui ne demande pas régulièrement l'assimilation de l'idée nationale et à la piller pour naufrage. Et dans sa suffisance, elle est convaincue que toute grandeur procède d'elle, et que toute petiteesse procède du peuple.

Grandeur des 50 euros d'APL

Ce manichéisme typique de l'aristocratie française gagnerait à ouvrir les yeux. Car ce pays, notre pays, s'est en réalité nourri d'une toute autre sève.

Parlons d'abord de la résilience française, cette capacité à la souffrance qu'on endure jusqu'à l'obstination de réussir, dans nos campagnes, dans nos banlieues. Si Macron avait eu faim dans son enfance, il a su tenir les soirées de privation, les frustrations, les abnégations de tant d'enfants pour leur trier, un jour. Ceux qui n'ont pas connu un dîner maigre du dimanche soir où les regards se fuient dans la famille pour ne pas dire l'angoisse du lendemain, la peine qu'il ya pour priver pour payer les études du dernier, pour assurer la une voiture qui tombe en panne et dont on ne peut pas avoir besoin pour l'amour de la patrie, ceux-là ne connaissent rien à l'histoire de France.

Car tous les matins, tous les après-midis, ça marche, parfois avec des bouts de ficelle noués par ceux qui sont privés de la veille. Les pendants que les gestionnaires d'entreprises sont absorbés dans des réunions interminables où rien ne se décide, les petites gens font tourner le pays.

Et ceux-là, ils ont nécessairement besoin de 50 euros d'APL pour améliorer l'ordinaire. Sans eux, le pays s'arrêterait.

Macron ne devrait pas gâcher sa chance. Car ceux-là ne rien trouver. Ils sont pudiques, ils ne cherchent pas à faire pleurer dans les chaumières. Ils sont dignes.

Ils ont dit ceux-là un peu de respect.

Source: Eric Verhaeghe 07-05-2018

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