Apparences et réalités de la commémoration de Charles Maurras [3e partie] De l’urgence de la réédition des « collabos » au rôle du Haut comité aux commémorations nationales de 2011 à 2018

Apparences et réalités de la commémoration de Charles Maurras [3e partie] De l’urgence de la réédition des « collabos » au rôle du Haut comité aux commémorations nationales de 2011 à 2018


                    

Dernière partie de cet article détaillé sur la commémoration de Charles Maurras – Pour faire vivre le débat historique. Nous publions les réponses d'historiens à cet article.

Je. Apparences et réalités de la commémoration de Charles Maurras

II. Une commémoration-célébration par un biographe faisant l'unanimité des «historiens du consensus»

III. – De l'urgence de la réédition des «collabos» au rôle du Comité des commémorations nationales de 2011 à 2018

Apparences et réalités de la commémoration de Charles Maurras, par Annie Lacroix-Riz [2e partie]

Par Annie Lacroix-Riz, professeur émérite université Paris 7

III. – De l'urgence de la réédition des «collabos» au rôle du Comité des commémorations nationales de 2011 à 2018

  • A-Une mission civique et critique, rééditer les fascistes?

Début Or 2018, Pascal Ory était une nouvelle fois intervenu sur une question qui existe depuis plusieurs années, comme nombre d'éditeurs et d'intellectuels english: la réédition de la littérature collaborationniste, antisémite, anti-rouges, anti-métèques d'avant-guerre et d'occupation en général, celle de Céline en particulier: celle qui avait connu son heure de gloire sous l'occupation, quand les éditeurs français et aryens, d'une part, gagnaient l'argent avec cette prose ignominieuse, d'autre part, participaient sans état d'âme apparente, à l'aryanisation alors à l'ordre du jour. Gaston Gallimard, pendentif toute l'année 1941, à l'aryanisation de Calmann-Lévy : les fonds Barnaud (directeur général de la banque Worms et délégué) général aux relations économiques franco-allemandes) en ont conservé la trace. Début décembre 2017, le successeur de la maison, Antoine Gallimard, avait annoncé pour mai 2018 la republication, sous le joli titre d'' Écrits polémiques des trois textes surenchérissants dans l'ordure de 1937, 1938 et 1941 Bagatelles pour un massacre, L'École des cadavres et Les Beaux draps . Naturellement, avait précisé l'éditeur, ce serait avec «un appareil critique et une préface de Pierre Assouline» que des biographies de biographies font douter de la résolution critique.

Après que le premier ministre Édouard Philippe eut une interview du 7 janvier 2018 au JDD a témoigné de son soutien à ce noble projet, Pascal Ory se prononça pour la réédition: «Ce qui était anormal, c 'est que ces pamphlets ont été réédités plus tôt. Ces textes sont des documents historiques importants, et il est normal de réintégrer enfin dans l'œuvre de Céline. L'Humanité vit avec les cancers, ça ne sert à rien de dire: «Il n'y a pas de cancers!» Au fond, la censure est un aveu de trouble. Ces textes sont-ils une force telle que les empêcher de resurgir? Au contraire, il faut l'affronter directement, avec les armes de la critique scientifique. Sans cela, on a la liberté d'Internet, sans l'appareil critique. ». Pascal Ory, qui était déjà intervenu à moins de deux occasions marquées en faveur de la réédition de publicistes fascistes, songeait sans doute aux «armes de la critique» dont Olivier Dard est censé avoir «blindé», d'une partie, la biographie de Maurras et, d'autre part, la notice, qu'il avait lui-même agréée en compagnie de Jean-Noël Jeanneney

Ces intellectuels, de Céline à Rebatet en passant par Robert Brasillach (et la liste est encore fort pour le long) ne sont pas des fascistes d'ondes et de plume tant que littéraire, à Je suis partout et dans le reste de «la presse allemande de langue française». Ils collaborent tous, comme délateurs et / ou exécutants, «agents» du Sipo-SD de Knochen, à la liquidation des juifs, des rouges, sans oublier les gaullistes, etc .; il participe à la curie de l'aryanisation, notamment en installant dans les appartements «juifs»; les diverses pratiques les mirent en contact permanent et matériellement intéressé avec la «Gestapo», nom français courant du service, jusqu'au bout de l'occupation. La troisième cité plus haut, Brasillach, autre éminence de l'Action française, rédacteur en chef de Je suis partout sous l'occupation, familier d'Abetz et d'autres dignitaires nazis en poste à Paris (dont Epting) depuis le début des années 1930, visite [eur d] à l'avant de l'Est »en juillet 1943 et l'hôte assidu de l'ambassade d'Allemagne avec tous ses paires pour ne mentionner que quelques-unes de ses activités hors« plume », Le héros de la biographie d'Olivier Dard. Avec l'appareil critique habituel?

Libération Le 2 février 2018, juste après le retrait de sa notice points aussi catégoriques que Pascal Ory. Au nom, d'une part, de la lutte contre la censure, et, d'autre part, ce qui ne surprend pas, de la croisade contre le «complotisme». La journaliste, ayant débattu de la responsabilité de publier aujourd'hui des œuvres d'auteurs d'extrême droite, qui a collaboré avec Vichy ou le nazisme … », a répondu à cette question:« La responsabilité éditoriale existe , évidemment, mais le débat est sous-tendu par l'idée, discutable [vraiment, et discutée quand?]que la France d'aujourd'hui ressemble beaucoup à celle des années 30. Vous ne dissuaderez pas l'antisémite d'aujourd'hui d ' être antisémite avec des notes en bas de page [raison probable de sa quasi-omission du sujet dans sa biographie de Maurras, de son mutisme complet dans sa notice]. De toute façon, celui-là n'achètera pas ces éditions avec appareillage critique. En revanche, elles peuvent permettre aux personnes désireuses de mieux comprendre ceux qui ont fait cette période de l'histoire. Lire Les Décombres de Rebatet, par exemple, est la meilleure façon de se mettre en tête d'un collabo. Censurer ces œuvres oser au contraire d'avaliser les thèses complices. Ce qui compte c'est la pédagogie et le décryptage. Arrêtons de penser que le public n'est pas mûr. »

Pourquoi choisir ce «personnage» (pour citer Jean-Noël Jeanneney sur Maurras) qui veut «comprendre» les fascistes ou «se mettre dans la tête d'un collaborateur»? Les liens entre le fascisme français et les allemands de Je suis partout organe chéri de Maurras, tant avant la guerre que sous l'occupation. Pascal Ory, qui a été honoré d'une préface de la réédition en 2015, par Bénédicte Vergez-Chaignon des Décombres de Lucien Rebatet, texte ouvert sur la question: « Fallait-il republier ça? ». Mais, il faut absolument "republier" Rebatet, dont la carrière nazie d'après-guerre, est, quoique plus rare qu'avant (pas pour les RG), presque aussi riche qu'avant la Libération, et marqué par les campagnes antisémites coordonnées entre nazis français et ouest-allemands

La préface de Pascal Ory et l'œuvre «critique» de l'historienne qui chemine depuis plus de quinze ans entre la réhabilitation de Vichy, de Ménétrel à Pétain, l'exaltation des «vichysto-résistants», l'indulgence pour les épurés de Fresnes et pour Touvier sauvé par des charitables (présumés non) réseaux catholiques, et l'indignation contre l'épuration sauvage des rouges barbares dans une France submergée par «des violences qui s'illustre un pays en révolution , le terrorisme, les lynchages »a déclenché une avalanche de louanges personnelles et de soutiens à l'opportunité de l'initiative. Témoignage de ce double hosanna l'hommage rendu par l'hebdomadaire de la «gauche» Télérama aux «historiens Bénédicte Vergez-Chaignon et Pascal Ory, qui ont magistralement établi le dossier intellectuel et politique accompagnant cette réédition. Ce livre, cette pensée, ce mouvement d'idées ne doit pas être glissés sous le tapis de l'histoire au motif, parfois avancé, qu'ils soient inopportuns, même trop nauséabonds, à l'approche des élections profitables au Front national – mouvement, jusqu'à preuve du contraire, d'extrême droite. […] Rebatet est de ces écrivains dont la conférence rappelle que le fascisme d'hier inspire encore, quoiqu'on dise, un courant politique d'aujourd'hui, et ce, malgré les tentatives de blanchiment idéologique faut bien en convenir, un certain succès. », Etc.

Notons que Pierre Assouline, (momentanément) déçu début 2018 que Gallimard eût été empêché de rééditer les pamphlets antisémites de Céline, avait le 13 octobre 2015 observations, fr PS de sa recension aussi chaleureuse du 12 de la réédition de Rebatet: « L'exprès L'Express les 5 000 exemplaires du premier tirage de ce Dossier Rebatet se sont vendus dès le premier jour. L'éditeur est un nouveau tirage. ». Ce succès, suite not least amplifié, en France mais surtout en Allemagne (début janvier 2016), où la réédition de Mein Kampf juste après, a également fait un carton, n'a pas rencontré ici ni là public en quête de «pédagogie et [d] e décryptage» et de garde-fous antifascistes. Cet «grand succès» ne doit pas être «une simple curiosité historique ou citoyenne» mais tout à l'intérêt politique d'un lectorat ravi de recevoir un «grand éditeur» ». Vainement depuis 2015, quelques historiens en garde contre ce «lot des rééditions idéologiquement rances, invitant à une réhabilitation quasi totale de Rebatet ou Céline … Untendance inquiétante» qui avait inquiété le jury des commémorations de 2018.

Les Français ont-ils besoin de lire ou de relire la prose de Rebatet, cet antisémite et anticommuniste aussi haineux, ordurier et frénétique que toute la cohorte à rééditer la liste ne cesse de s'allonger? Il faut d'urgence «se mettre dans la tête» de celui qui se déchaînait à propos des «judéo-bolcheviques», et qui exalta d'emblée la croisade de la jeune Légion des Volontaires français contre le bolchevisme. Il a même été un des fondateurs, mais, comme nombre de ses paires, n'alla point frotter à l'armée rouge (les crimes contre les juifs et les communistes de France, plus aisés, étaient seuls utiles à l'occupant) : ses paires d'Action française ricanaient à la mi-juillet 1941 sur celui qui incitait à aller pour le front russe et «avait vanté» que s'il avait eu un [fusil] il partirait ". […] Quelqu'un lui a donné un », mais il n'a pas quitté Paris. Les Français font tout à fait «comprendre» ce «profiteur de la guerre» »comme le surnomaient en 1943 les« milieux de presse »qui opposaient son affectation de désintéressement à son tas d'or franco-allemand pour Les Décombres ] (les mêmes gains qu'engendrent les actuelles rééditions franco-allemandes): il «a [vait] perçu, jusqu'à ce jour, environ 500 000 francs de droits d'auteur» pour «ce livre […] très demandé» la seule pénurie de papier a eu le tirage […] et [allait] percevoir […] une très forte ristourne »de sa traduction allemande

Au fait, qui s'enrichit de la réédition, en sus des éditeurs?

  • B-Le haut comité des commémorations nationales de crise (2011) en crise (2018)

Si impatient de la réédition de Céline en 2018 après avoir soutenu celle de Rebatet en 2015, Pascal Ory ne fait pas que renouveler, comme son collègue Jean-Noël Jeanneney, la position qui a provoqué en 2011 la précédente crise du Haut comité: «L'inscription de Louis-Ferdinand Céline en 2011, dans le même calendrier […] avait déclenché [un] barouf» contre lequel Gégoire Leménager mit en garde le Landernau mondain le 26 janvier 2018. Les deux mentors d'Olivier Dard ont le 28 janvier 2018 forgé un distingo inédit entre commémoration et célébration dans une tribune du Monde : «Commémoration de l'écrivain antisémite Maurras:« Commémorer, ce n'est pas célébrer »». Titre doublement trompeur: 1 ° «l'écrivain antisémite Maurras» n'a pas encore été qualifié par Olivier Dard, ne remarquez pas un «glissé [cette caractéristique] sous le tapis de l'histoire»; le 23 mars 2018, interrogé par Emmanuel Laurentin sur l'absence de l'antisémitisme dans ce texte, Jean-Noël Jeanneney s'est fait d'ailleurs abstenu de répondre. 2 ° les deux contemporanéistes, déjà membres du Haut comité en 2011, il a invoqué ce distinguo quand il a décidé de célébrer Céline par l'avis d'un littéraire, et non d'un historien, le «Professeur Henri Godard, spécialiste distingué de l'écrivain», selon G. Leménager, ne soyez pas «soupçonnais [é] d'avoir occulté tel ou tel aspect du personnage dans ses travaux. ».

Catherine Backès-Clément ne partageait pas cet avis et ne passait jamais à la guerre célébration d'alors, revendiquée par l'avant-propos du ministre de la culture Frédéric Mitterrand, et encore par la «préface» d'Alain Corbin, «membre du Comité des Célébrations nationales». Ces deux derniers textes publics de 2011 anéantissent le distinguo de 2018 dans lequel un collectif d'historiens et d'autres intellectuels groupés autour de Tal Bruttmann une dénonciation «un insupportable sophisme»

Frédéric Mitterrand avait l'intention de conclure ainsi son «avant-propos» du «recueil»: au service [de tous les personnages] et pour leur rendre hommage les plumes les plus prestigieuses ont réécrit au fil de ces trois cents pages une histoire de France propre à charmeur nos imaginations et nos esprits contemporains, propres à flatter, stimuler ou interroger les héritiers que nous sommes, de nature enfin à inventer ce qui est être nos lendemains . »Alain Corbin, autre contemporain du HCCN d'alors, enflammé dans ce texte (cité in extenso ):

«Il n'est pas facile mais il est passionnant d'établir une liste des individus dignes d'être célèbres; c'est-à-dire de ceux dont la vie, l'œuvre, la morale de conduite, les valeurs qu'ils symbolisent sont, aujourd'hui, reconnues comme remarquables. Cela n'est pas facile car les ressorts de l'admiration ont leur histoire. Tel qui a été, un jour, célébré se trouve par la suite ignoré, disqualifié voire conspué. En revanche, qui a longtemps oublié oublié, parfois, d'un renouveau de gloire. Plus précisément, l'estimation de ce qui justifie la célébration de la fête sur les représentations, souvent transitoires, du héros, du grand homme, de l'artiste, du savant même du saint .

L'intérêt de ce volume résulte du rassemblement de chiffres figures successives. Comme chaque année, il meur, pour le Haut comité, de toutes les présenter, grâce à la prise en compte de ce qui a pu, au cours des siècles, fonder l'admiration . C'est ce jeu entre la reconnaissance passée et ce qui justifie l'admiration actuelle qui sous-tend cet ouvrage. Les auteurs ont retenu ce qui, selon les modes d'appréciation qui sont relayés ou qui sont des empilés, méritait d'être célébré et dont le mémoire est révivifiée.

De ce fait, la qualité de ce volume a fait ses preuves les auteurs, en bons historiens ont évité de se présenter à l'instant pour reconnaître aussi les mérites de ceux qui, après avoir eu leur heure de gloire, n'ont pas été oubliés du moins d'être victimes d'un déficit de mémoire . La liste ici présentée montre la diversité des modes de reconnaissance de la grandeur il convient de prendre le compte et la nécessité de surmonter l'oubli par la célébration .

Afin de mieux me comprendre, je choisisai quelques exemples. Longtemps, des individus mérités d'être exaltés parce qu'ils se conformaient au modèle du héros plutarquien. Les surtendants les défenseurs des défenseurs. Depuis le milieu du XXe siècle, les mérites de ces hommes illustres tendent à ne plus être être notés. Les saints, conformes à un modèle prégnant sur l'ensemble du territoire national pendant les siècles, n'ont pas été tenus par la République comme des dignes de beaucoup d'honneurs. Ou, qu'ils se retrouvent une présence sourde, grâce à l'emprise du compassionnel à l'attention nouvelle portée au bienfait, au bénévolat, au dévouement. Le grand homme des Lumières, le philosophe, les promoteurs du progrès scientifique, utiles à l'humanité, les fondateurs de la République, à la fin du XIXe siècle, correspondant eux-mêmes à des modèles dont les récents sondages d'opinion révélent qui sont en déclin dans les mémoires. Les grands artistes qui ont naguère – comme ce fut le cas sous le consulat – fait l'objet, à l'école, d'une injonction d'admiration, de même, de leur prestige

Reconnaître les auteurs de ce volume de reconnaître la diversité des modèles et d'éviter toute exclusivité de montrer, célébrant les anniversaires de 2011, toute la richesse mémorielle qui vient du rassemblement des figures qui, au cours des siècles, à la mérité de survivre dans les mémoires. C'est là une façon de révéler, de proposer à l'admiration des jeunes générations des hommes et des femmes qui ont construit l'histoire nationale . En adoptant une optique compréhensive à l'égard du passé, en luttant de ce fait contre l'excès de présentisme qui constitue la grande tentation de notre société – qui, spontanément, ne sait plus qu'exterieur que ce qui échappe à la profondeur temporelle – , les auteurs de ce volume nous incitent à la réflexion sur ce qui fonde la commémoration et la célébration.

La saveur du livre, en outre, de la découverte, au fil de cette navigation dans le temps, de la contiguïté des hommes et des femmes dont les mérites incontestables . La célébration des anniversaires n'est pas une occasion de reviviscence du souvenir, elle permet aussi de repérer les simultanéités qui éclairent l'histoire des siècles passés. ».

Une campagne de protestation, animée notamment par Serge Klarsfeld, ayant abouti dans les longs délais à l'exclure du Grand livre le «modèle» Céline, Catherine Backès-Clément, théoriquement membre du Haut comité, fit le 22 janvier 2011 cette déclaration, un peu contradictoire (je souligne) mais toujours nette: «Je partage en tous points l'indignation de Serge Klarsfeld sur la célébration de Louis-Ferdinand Céline, décidée par le Comité des célébrations nationales à l'époque où j'y siégeais (je n'ai pas reçu de convocation depuis plus d'une année) . Tant que restent vivantes des victimes, Louis-Ferdinand Céline leur est insupportable. Ma mère me disait: "Tant qu'il n'y a pas 20% d'antisémites en France, ça va." Ce qui veut dire, "cela ne menace pas nos vies". Le nom de Céline me révulsant depuis plus de cinquante ans, je doute d'avoir approuvé cette décision sans mot dire . Next the rules of the Haut Comité dans lequel est libre de ses textes, je n'ai jamais pris connaissance avant la publication d'un texte de présentation indulgente, et que j'aurais désapprouvé . En tout état de cause, je tiens à m'en désolidariser. ». La «philosophie et l'écrivain» est censée être membre du comité exécutif. Pascal Ory et Jean-Noël Jeanneney se maintinrent. Le second a, le 23 mars 2018 sur France Culture invoqué l '«assez fétide» affaire Céline de 2011 sans autre précision et admis à cette date commémoration et célébration se confondaient. Si elle a été si fétide, et à mais de la célébration si limpide, pourquoi Pascal Ory et Jean-Noël Jeanneney ont-ils pas alors démissionné? C'est que, a ajouté l'interviewé, le nouveau nom du Haut Comité, relatif aux seules «commémorations nationales», était désormais «très clair».

Les deux piliers du «haut comité» ont été endossés par la responsabilité de choisir Olivier Dard ses textes ». Que n'ont-ils conseillé au biographe de Maurras de modérer son admiration notoire pour «le maître» et de préciser son antisémitisme dans l'affaire Dreyfus et 1944 (ou au minimum, en 1936?). Et comment invoquer la simple liberté d'expression ou l'objectif scientifique quand l'interviewé du 23 mars a admis que sa mémorable présidence de la Commission du Bicentenaire de la Révolution française avait été établie pour définir la Doxa sur l'événement: nous avons célébré le 14 juillet (1790, la fête de la Fédération), «nous n'avons pas célébré la Terreur» [de 1793-1794].

Aveu intéressant, non seulement sur le mais général de propagande des célébrations que M. Jeanneney anime depuis près de trente ans, mais aussi sur sa contribution personnelle à la liquidation de l'héritage progressiste de la Révolution française. François Furet: «Remettre en cause et remplacer l'histoire marxisante – il appelle plus tard» jacobine »- de la Révolution», c'est-à-dire -dire vouer à l'oubli le grand historien de la Révolution française Albert Soboul. Car celui-ci avait eu la grave tort d'évidence par les archives, comme ses prédécesseurs à la Sorbonne, Albert Mathiez et Georges Lefebvre, que la Terreur, par ses dispositions économiques et militaires c'est la proclamation du «maximum» des prix qui permettre de nourrir les soldats français et rendit possible la «levée en masse», avait sauvé la nation en pleine guerre de l'anéantissement promis par l'Europe aristocratique coalisée en vue de rétablir l'Ancien régime C'est cet objectif , non pas scientifique mais exclusivement politique et idéologique, qui a constitué le préalable à la croisade de Furet contre le communisme et l'URSS, comme un historié américain Michael Christofferson .. À quel titre scientifique M. Jeanneney, spécialiste de «l'histoire politique, culturelle et des médias» de l'IEP, entre autres «président-directeur général de Radio France et de Radio France internationale de 1982 à 1986 »et lauréat de la troisième promotion, en 1983, des« Jeunes leaders franco-américains »(la première datant de 1981), avait-il été choisi pour édifier les Français sur l ' histoire de la Révolution française, en évinçant ce qui avait fait jusqu'à la décennie 1980 son principal courant historiographique?.

  • C-Le bilan de la croisade occidentale contre les lumières et contre la pensée progressiste

Il est bon que, comme en 2011, la complaisance ou l'admiration pour les criminels se soit heurtée en 2018 à un barrage. L'antisémitisme d'un Céline et d'un Maurras est encore partiellement tabou, mais la fragilité de ce barrage est éclairé par l'impatience à banaliser, par les rééditions, l'appel au meurtre, la haine , l'injure des intellectuels collaborationnistes. Impatience illustrée par le colloque «européen» de l'institut Iliade le 7 avril 2018, où Olivier Dard a reporté sur «La culpabilisation, une arme politique», dans le cadre du thème général «En finir avec la culture de la repentance» Bernard Lugan. Que se passera-t-il si disparaît le seul tabou actuel, l'interdiction de mettre en cause, sur le plan historique, la «destruction des juifs d'Europe» ou de six millions d'entre eux: c'est en France seul élément préservé de l'héritage historique et civique de mai 1945, avec la guerre d'histoire, cette guerre de guerre contre l'histoire Qui fait des dizaines de millions d'autres victimes près de trente en URSS, dont un sur les trois millions de juifs que le pays comptait.

Ou la visibilité de la «question juive», écartée aux années 1980 de la plupart des manuels d'histoire du secondaire, a gagné le droit à la reconnaissance historique pour des raisons ni scientifiques ni civiques ni «mémorielles» »: Only for the following of the devises of the United States of America liquidation of the URSS mis en œuvre dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale domaines et à leurs objectifs au Proche-Orient. Le sort des «juifs d'Europe» dans l'entre-deux-guerres, mais pas leur destruction, de 1939 à 1945. Ils avaient même leur veto jusqu'au début des années 1960 à ce que les grandes organisations juives officielles, l'American Jewish Committee et l'American Jewish Congress, y accordassent publicité. Fort dociles, surtout la première, aux vœux du Département d'État, qui verrouillait leur incursion dans ce dossier «allemand» brûlant, ils ont eu la revanche obtenu le droit de l'État pour l'antisémitisme des Soviets, comme un exposé vaillant Peter Novick en 1999

Quels historiens, même parmi les courageux qui se dressent contre la célébration de Céline ou de Maurras, protestant contre l'exclusion ou la criminalisation, pur et simple, depuis plusieurs décennies, de catégories déjà à la disposition d'un droit de cité scientifique? Les dernières décennies ont été les tableaux monographiques des personnes privées de tous les moyens de défense alors qu'explosaient les profits monopolistes. Leurs défenseurs ou porte-parole ont été évacués, transformés en bourreaux, des jurés judéo-bolcheviques à l'URSS à qui est dénié jusqu'à sa contribution militaire à la défaite de l'Allemagne hitlérienne. Quels barrages contre la marée droitière subsister, au rythme effréné où l'historiographie dominante radicalisée «révise» tout et n'importe quoi, avec la complicité active ou passive de ses pairs, en piétinant les normes méthodologiques minimales? Après-guerre, un institut qui n'a pas les fondateurs et qui a parfois un intérêt pour le personnel direct un «glissé sous le tapis» le fascisme français et l'amorçage de la réhabilitation de Vichy. Depuis l'ère Furet, la «culpabilisation» des Lumières et du progrèsisme et le matraquage antimarxiste et anticommuniste ont ouvert sur la «déculpabilisation» du nazisme et de sa «parole», que le réactionnaire très réactif Wladimir d'Ormesson, oncle de feu Jean d'Ormesson, «saisie de l'Église de France» à partir de 1951 Robert Schuman (fidèle du camp intégriste depuis l'entre-deux-guerres qui juge le courrier quasiment bolchevique) de l'ultra Pacelli, appuyé sur toutes les têtes de l'Action française, des nazis allemands, des fascistes italiens, des franquistes, etc., qui, après une période d'écrasement, [s’étaient] remises à penser presque tout haut »et ne songeaient qu'à« venger »[…] des sanctions qui leur [avaie] nt été imposées» depuis la Défaite du Reich

Le biographe de Maurras et Robert Brasillach, directeur de la guerre contre les conspirateurs marxistes, communique dans un colloque tenu sous l'égide d'un ancien responsable du Front national, Jean-Yves Le Gallou, «président du groupe FN puis MNR au conseil régional d'Île-de-France de 1986 à 2004, et député européen de 1994 à 1999 », sur « La culpabilisation, une arme politique » Ceux qui revendiquent le monopole de la démocratie et prétendent lutter contre l'antisémitisme piaffent de voir sortir des presses le poison prétendument adouci par leur appareil « critique ». Le 5 avril 2018, Pierre Assouline, transmutateur de « collabos » avérés, tel Jean Jardin, en preux résistants, s’est réjoui de pouvoir bientôt « signer la préface [des…] six [et non plus trois] pamphlets antisémites de l’écrivain Louis-Ferdinand Céline », munis d’« un appareil critique » (le sien?). Car, par bonheur, a-t-il annoncé, « la maison d’édition Gallimard “n’a pas fait marche arrière” sur la publication controversée des pamphlets de Céline », « projet » qu’elle n’avait « le 11 janvier [que] suspend[u]. » Et l’heureux préfacier s’est, réclamé sur Céline, comme l’avait fait Jean-Noël Jeanneney le 23 mars sur Maurras, de la quasi-approbation du projet de Gallimard par Emmanuel Macron au nom de de la liberté d’expression – prise de position utilisée selon les besoins de leur cause respective par les deux intéressés Cette référence significative de l’absence d’indépendance de l’historiographie dominante, souligne, au terme d’une affaire Maurras aussi « fétide » que l’affaire Céline de 2011, deux caractéristiques de l’historiographie dominante française :

1° son mépris de plomb des sources originales qui non seulement ne ternit pas le renom des spécialistes d’histoire contemporaine concernés mais constitue une condition sine qua non de leur prestige, l’important étant de ne jamais flétrir l’image irénique de nos classes dirigeantes, en n’en parlant point.

2° l’étroitesse de ses liens avec les gens « d’en haut », des ministres aux grands patrons, des institutions « européennes » aux « témoins » : l’histoire contemporaine, objet de premier plan de l’« information » médiatique de la population, exerce son magistère sous la tutelle des autorités. Cette discipline a toujours été liée à l’État, assurément, mais elle a dans les dernières décennies abdiqué ce qui restait de son « indépendance méthodologique ».

On ne peut que se féliciter de la démission de dix des douze membres du Haut comité aux commémorations nationales, vu l’usage de ce dernier. Cette bonne nouvelle n’apaisera pas la progression effarante de l’extrême droite qui, prétendument combattue sur le terrain électoral, notamment en vue du second tour des élections présidentielles de 2017, se déploie en tous lieux « culturels ». Les rééditeurs obstinés de la prose fasciste jurent qu’ils ont pour unique objectif de mieux informer le peuple français de ses périls, grâce à l’appareil « critique » dont l’affaire Olivier Dard-Maurras vient de démontrer la valeur. Qu’ont-ils à dire sur l’opportunité de promouvoir la pensée progressiste issue des Lumières (marxisme inclus) traitée depuis vingt ans en pestiférée éditoriale ? Ils ne trouvent manifestement pas d’intérêt dans la réédition d’ouvrages aussi explicites sur le fascisme français et son rôle dans les années 1930 et 1940 que ceux de Robert Soucy, désormais interdits d’accès au public francophone; et le Veni, vidi, Vichy du grand ambassadeur Raymond Brugère, « seul diplomate » démissionnaire le 17 juin 1940, jour de la demande d’armistice, gaulliste de la première heure dont de Gaulle fit son premier secrétaire général du Quai d’Orsay en septembre 1944. Les lecteurs de France seraient pourtant ainsi autrement mieux informés sur les périls du fascisme en général et du fascisme français en particulier.

Les choses étaient plus claires, en 1952, où « une employée de longue date aux éditions Grasset », dont le chef, Bernard Grasset, avait été le champion autoproclamé de la Collaboration, fit savoir en 1952, sans l’émouvoir, au ministre de la Justice : « M. Grasset » nous a annoncé qu’il mettrait en œuvre, « dès que son dossier en justice sera[it] définitivement classé »; « deux collections », 1° « les “écrivains du courage” », qui comportera des textes choisis de Rebatet, Brasillach, Bardèche, Maurras, [Alphonse de] Châteaubriant, Céline, etc. », 2° « un livre important tenu secret ici sur les “crimes de la Résistance”. Mais le titre et le préfacier ne sont pas encore connus. M. [René] Malliavin, qui signe Michel Dacier dans les Écrits de Paris, se tient à cet effet en rapports constants avec M. Grasset et M. Guiral, son collaborateur qui était à Gringoire. […] Il n’y a rien qui puisse amadouer des hommes comme M. Maurras, M. Grasset ou M. Massis. »((Lettre anonyme au ministre de la Justice [Léon Martinaud-Déplat] d’« une employée de la maison », Paris, 23 avril 1952, BB/18/7118, dossier 8 BL 507 R, société des éditions Bernard Grasset, petit dossier 1952-1955, AN, fautes de frappe corrigées. Document original reproduit en annexe, avec la couverture du dossier. Sur Malliavin, Action française, collaborationniste au « rôle important dans la propagande secrète d’Inter-France » (rapport de la DRGSN, février 1945, déjà cité, F7, 15296, DRGSN, AN), et Anne Grynberg, « Des signes de résurgence de l’antisémitisme dans la France de l’après-guerre (1945-1953) ? », Les Cahiers de la Shoah2001/1, no 5, p.171-223, Lacroix-Riz, ChoixMunichet Élitesindex (Agence) Inter-France.

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête de nous proposer des reportons ici. [Lire plus]Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs – et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci de nous signaler toute forme d'information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation.


                                    



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