Cannes : “Des films les uns derrière les autres, comme des plâtrées de coquillettes”

Cannes : “Des films les uns derrière les autres, comme des plâtrées de coquillettes”


Les festivaliers tirent la langue.

Moi, c'est les pattes.

Les yeux en vrac, très tôt le matin, la démarche incertaine, leur bon état d'esprit, les aficionados du cinoche. Un sourire esquissé sur les lèvres, impatients de se retrouver dans la salle obscure, ses font toujours et encore des files d'attente de plus en plus de longues pour voir les films. D'ailleurs, souvent, ils en savent plus que moi sur certains cinéastes dont ils égrainent la liste des films qu'ils ont déjà réalisés. C'est étrange de s'apercevoir à quel point le cinéma vêtement un grand public. Vous pouvez trouver le bon bourgeois, le prof de lettre, le vendeur de calculs, la blogueuse, le réalisateur en herbe, le technicien en vadrouille, l'exploitant, la distributrice, l'étudiant, ou la femme de ménage. Certaines voitures, dans leur temps libre, vont se mater un film. Incroyable. J'ai parlé à l'une d'entre elles qui me dit, les yeux pétillants, elle a fait la chambre de George Clooney, que Meryl lui a offert une photo dédicacée, et une fois même, elle a consolé une grande dame du cinéma français qui pleurait toutes ses larmes pour je ne sais pas raison.

Une info circule soudainement dans les dossiers, angoissant tous ceux qui patientent comme moi: il commence à avoir trop de gens pour pas assez de place dans les cinémas. Il est arrivé que beaucoup reste dehors! Oui! Ils l'ont dit. Donc c'est absolument exact. Va y en avoir qui reste sur le carreau. Alors, inconsciemment, la serre se serre contre les barrières, avance vers les moyens qui pénétrent dans la salle de cinéma.

Que ce soit pour l'Officiel, la Quinzaine des réalisateurs ou bien la Semaine de la critique, tout le monde tente sa chance en dépassant, se faufilant le moins possible à l'avant. Me rappelle le métro parisien. Pas de pitié pour les retardataires, il faut être le premier. Et tant pis si ça se bouscule, se piétine, sont là pour voir le film, coûte que coûte.

J'hallucine!

Ça commence à moi gaver. Suis pas là pour moi bastonner!

Un détour par le Canada

Je suis passé au marché du film. "C'est là-bas que ça se passe", m'a expliqué un producteur, l'air entendu.

J'ai acquiescé. L'air détendu.

C'est immense, bien plus grand que dans mon souvenir, le marché du film. Pis ça échale à l'extérieur du Palais. Des stands blancs, pour chaque pays, des centaines, comme des tentes d'indiens. Mais les Apaches sont en coutards sombres et cravatés. Nous sommes derrière le Palais. Ambiance feutrée. Posée. J'aperçois quelques bonshommes discuter à l'écart de tous. Ça semble sérieux leur truc. Quand on parle l'argent sur ne rigole pas. Etrange cette dualité spatiale et esthétique. Devant le Palais, c'est paillettes et compagnie. Derrière, c'est contrats et distrib '!

Je vais voir le stand du Canada. J'ai un projet de thriller dans la poche qui passe là-bas, et je voudrais faire une coproduction franco-canadienne.

Et là, j'ai juste envie de pleurer.

Une hôtesse me donne la liste et les contacts de TOUS les producteurs canadiens. Plus une brochure m'expliquant comment cela pourrait passer entre nos deux pays. Puis y ajoute un dépliant sur la plateforme internet où je trouve un répertoire interactif, l'actualité de la production cinématographique, une lettre d'information mensuelle et encore tout ce qui peut être intéressant de savoir sur ce qui passe au cinéma au Canada.

Et ça me pose un problème ÉNAURME.

Très important du monde du cinéma français.

Le CNC (Centre national de la cinématographie) n'a jamais eu autant d'argent dans les caisses. Cet argent est NOTRE argent. Celui des créateurs français! Pourquoi n'investit-il pas dans le même genre de plateforme? Pourquoi ne fait-il pas une banque de données sur tous les producteurs français, sur tous les réalisateurs français, sur tous les scénaristes français, sur toutes les comédiennes et les comédiens français?

Je vais vous dire pourquoi.

Tout est opaque dans notre pays! Le fric passe de potes en potes. On ne veut pas que la création s'exporte, que la création d'échappe à la mise en page principale des télésièges et de certains ponts de la production.

Suis dégoûté!

Je retourne au cinéma.

Du scénariste

Soit les programmateurs ont décidé de mettre les plus mauvais films à la fin du festival, soit j'en ai vu que je n'arrive plus à regarder. Je ne sais pas commenter les critiques pour écrire tous les jours sur les films qu'ils voient. Doivent être surhumains. Pour moins qu'ils soient ordonnés dans leur derrière pour leur chier leur papier. Franchement, je ne sais pas commenter ils tiennent.

Ce doit être mon côté puriste, mais un amoureux du cinéma ne devrait pas voir autant de films en si peu de temps. C'est là la grande différence entre le grand et le petit écran. Notre capacité à enquêter sur les films en DVD achoppe lorsque ces films sont projetés en salle.

Pour les César, j'espère avoir fait comprendre combien il est impossible de rester objectif quand sur juge plus de 200 films sur DVD. En salle de cinéma, il est également impossible de donner un jugement de valeur aux films que l'on voit sur le ruban les uns derrière les autres, comme les plâtrées de coquillettes.

Souvent, c'est quand je sors de la salle de cinéma que se trouve le film que je viens de voir. J'ai besoin de temps pour en savourer toutes les subtilités.

"Sous le lac d'argent" de David Robert Mitchell, en sélection officielle, et "Ming Ming xing shi ke" de Ming Ming à la Quinzaine des réalisateurs, me sortent par les trous de nez. Pardon. Ne me touche pas. Juste ça bouge devant moi les images, et je m'en contre-fous.

Je sais pas. Peut être un problème de scénario …

Depuis la nouvelle vague, il y a un quiproquo qui perdure et abîme le cinéma français. La notion d'auteur, que ces amoureux de la toile ont érigée en porte-drapeau. Un cinéaste français se doit aujourd'hui d'écrire son film. Une aberration stupide qui pousse les scénaristes à se mettre derrière la caméra et à se rappeler le réalisateur. Souvent pour un résultat catastrophique.

Bien entendu, beaucoup de cinéastes de par le monde sont les scénaristes de leurs films. Mais aussi, ne touchent pas un ordi pour écrire un seul mot de leur scénario. Cela ne permet pas de défendre un point de vue cinématographique.

Je pense qu'il serait temps pour les cinéastes de défendre le métier de scénariste à part entière. Que chaque réalisateur se doit de protéger son collaborateur le plus proche et le plus important. Car sans scénario, il est difficile de lancer dans l'aventure d'un film. Ça vous paraît évident? Pas pour tout le monde, les scénaristes sont les plus mal payés de tous les collaborateurs d'un film.

Je croise un copain producteur qui m'explique pourquoi j'ai été invité à voir en catimini "Fobidden Terraces". Godard aurait refusé l'invitation. Me immédiatement alors le remplacer. Un sacré honneur!

Puis je regarde mon téléphone.

48 messages de copines, de copains moi demandant des invitations pour les teufs Cannoises.

Je ne leur réponds pas.

Il est minuit, je vais dormir.

Laurent Bouhnik

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