Le dividende : ni le salaire de l’actionnaire, ni l’ennemi de l’investissement

Le dividende : ni le salaire de l’actionnaire, ni l’ennemi de l’investissement


Par Michel Albouy.

«Verser des dividendes ou réinvestir pour poursuivre et accélérer son développement? », Est est la question qui est souvent posée à propos des dividendes à l'instar du journaliste Laszlo Perelstein ( La Tribune du 24 août 2016) pour qui« face à la pression des actionnaires, les entreprises se doit de récompenser ces derniers »au prix de réduire leurs budgets d'investissements.

Il n'est pas le seul à penser que le dividende est l'ennemi de l'investissement des entreprises. Par exemple, Christian Chavagneux journaliste économique et éditorialiste Alternatives économiques écrit sur son blog (10/03/2014) un article intitulé les distributions de dividendes plombent l'investissement des entreprises:

Les résultats du CAC 40 pour 2013 soulignent encore une fois combien coûtent le capital pèse sur le tissu productif français: avec des bénéfices en baisse de 8%, les grandes entreprises ayant une distribution de dividendes de 6%, au détriment de l'investissement ». Il poursuit: «Lorsque les entreprises françaises ont créé la richesse, elles ne sont pas prioritaires pour l'investissement et préparer leur compétitivité, ni l'emploi, mais la rémunération des actionnaires.

On pourrait dire d'autres commentateurs que les entreprises n'investissent pas et ne créent pas emplois, voire en détruisent, c'est à cause des actionnaires; que le dividende est la rémunération des actionnaires et que ceux-ci en réclament toujours plus au détriment de l'avenir de l'entreprise.

Malheureusement, ces affirmations sont fausses, les nombreux travaux académiques sur la politique de dividende des entreprises demeurant ignorés par ces commentateurs qui répètent en boucle toujours les mêmes antiennes. Le dividende n'est ni la rémunération des actionnaires ni un frein à l'investissement.

Le dividende n'est pas le salaire des actionnaires

Comme nous l'avons expliqué dans notre article intitulé «Dividendes et rachats d'actions n'enrichissent pas les actionnaires! » ( The Conversation 23 mars 2016), le dividende n'est pas le salaire des actionnaires car ils sont ceux qui financent leurs dividendes. Ainsi toute comparaison entre la hausse des dividendes et celle des salaires n'a aucun intérêt.

Alors que le salaire versé par l'entreprise aux salariés l'enrichir, il n'en est pas de même pour le dividende dans la mesure où, le versement de la dividende, la valeur de l'action détaché. Certes, l'action doit baisser moins (ou plus) que le montant du dividende versé, mais cela est dû à de nouvelles informations non anticipées au moment du détachement du coupon.

Ainsi, le patrimoine de l'actionnaire est simplement modifié par la répartition des dividendes: la valeur de son portefeuille d'actions. Il n'y a pas d'enrichissement global pour les actionnaires.

Le cas du paiement des dividendes en actions est une autre façon de voir que le dividende n'enrichit pas les actionnaires. Au lieu de verser de l'argent aux actionnaires sur leur vers l'équivalent en actions.

Dans ce cas il n'y a pas de diminution de la trésorerie de l'entreprise ni de sa capitalisation boursière, mais la création d'actions nouvelles distribuées aux actionnaires. Cela revient à faire une augmentation de capital via une distribution d'actions gratuites. Bien entendu, la valeur de l'action vient s'ajuster pour tenir compte de l'augmentation du nombre d'actions, mais encore une fois l'actionnaire ne sera pas plus riche globale.

Mais si les dividendes versés n'enrichissent pas les actionnaires, pourquoi ceux-ci en réclament? Remarquons tout d'abord que certaines entreprises, même très rentables, n'environ vers. C'est le cas notamment des entreprises de la nouvelle économie comme Facebook ou Amazon.

Dès son introduction en bourse en mai 2012, le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, a déclaré que les actionnaires ne s'attendent pas à recevoir des dividendes. La seule possibilité de rémunération pour les souscripteurs serait la valorisation de l'action.

Facebook n'a jamais déclaré ni versé de dividendes en espèces sur notre stock de capital. Nous avons actuellement l'intention de conserver tout bénéfice futur pour financer l'exploitation et l'expansion de notre entreprise, et nous ne prévoyons pas déclarer ou verser de dividendes dans un avenir prévisible. Par conséquent, vous pourriez ne recevoir un rendement sur votre investissement dans nos actions ordinaires de catégorie A que si le cours de nos actions ordinaires de catégorie A augmente. (source: IPO Facebook, mai 2012)

Bien que les actionnaires de Facebook ne connaissent pas de dividendes, ils n'ont pas à se plaindre de leur investissement. Introduite à 38 dollars en mai 2012, l'action Facebook vaut fin octobre 2017, 180 dollars. Ainsi, un montant de plus de cinq ans, la valeur de l'action multipliée par 4,7, ce qui représente un taux de plus-value annualisé de 33%. Cet exemple montre qu'il n'est pas nécessaire de verser des dividendes pour enrichir les actionnaires.

En fait, le meilleur moyen d'enrichir les actionnaires c'est de créer de la valeur. Pour cela il faut investir dans des projets dont la rentabilité sera plus élevé que le coût du capital de la compagnie. Peu importe que la valeur créée soit distribuée sous forme de dividendes ou de plus-value (à la fiscalité près).

Parmi les raisons qui peuvent expliquer la demande des actionnaires pour les dividendes se trouve le besoin d'être informé sur la santé financière de l'entreprise par un signal crédible. En effet, in situ of asymetry informational, needers of signals that their allow of distinguer la qualité des firmes sur le marché. La théorie du signal appliqué aux dividendes permet de comprendre cette demande.

C'est ce que nous expliquions déjà en 1992 (1945) «La politique de dividende des entreprises» (Presses Universitaires de France) qui a fait un état de l ' art sur les recherches académiques sur les dividendes. Une autre explication théorique se trouve également dans la théorie de l'agence. Les actionnaires réclamantaient des dividendes de limiter l'espace discrétionnaire des dirigeants. En demandant à l'argent, via des dividendes ou des rachats d'actions, il limitait l'accumulation de trésorerie dans la trésorerie de l'entreprise et par la même occasion de leurs projets.

On pense notamment aux fusions-acquisitions réalisées dans le mais construire des empires et qui détruisent la valeur comme sur le voit trop souvent. Enfin, on peut également mentionner le biais cognitif des actionnaires en faveur des dividendes perçus comme une prime de fidélité. Intitulé de l'expression «fidéliser» leurs actionnaires.

Le dividende n'est pas un frein à l'investissement

L'idée que les versements de dividendes soient un investissement à l'investissement a une vision autocentrée de l'entreprise sur elle-même. Celle-ci ne peut investir au maximum que sa capacité d'autofinancement générée par son exploitation. Dans cette vision, il est bien évident que toute la distribution de l'argent aux actionnaires vient réduire mécaniquement le montant qui peut être investi dans de nouveaux projets.

Si cette vision peut être considérée comme acceptable pour une entreprise non cotée, elle est l'est plus quand l'entreprise est cotée et peut accéder librement au marché de capitaux. Il faut, en effet se représenter l'entreprise en interaction permanente avec les marchés financiers.

En cas de besoin de toujours faire appel à ses actionnaires via des augmentations de capital. Du reste, c'est bien comme cela que les grandes entreprises financent tout ou partie de leurs acquisitions pour développer leur croissance. Il en effet rare qu'une entreprise est un financeur sur sa trésorerie (ou sa seule capacité autofinancement) une acquisition.

Air Liquide est illustratif d'une entreprise qui a une politique de dividende régulière et généreuse et qui a fait son possible pour faire appel au marché si besoin pour financer ses acquisitions . Pour Air Liquide, l'actionnaire est au cœur de sa stratégie avec un objectif: la valorisation de l'épargne des actionnaires par une croissance soutenue et régulière des résultats et des dividendes dans la durée

Le graphique 1 montre l'évolution des dividendes par action versés par Air Liquide sur 30 ans (1983-2013). Pour une croissance moyenne de 9,4% d'un taux de rendement moyen (dividende / cours) de 2,6%, soit un total de 12%. Une société de croissance des dividendes, une société qui maintient toujours un niveau élevé d'investissement et qui poursuit sa croissance en créant des emplois.

Graphique 1: Évolution des dividendes d'Air Liquide

Source: rapport annuel Air Liquide.

De nombreux travaux académiques ont étudié la relation entre la distribution de dividendes et l'investissement avec résultats contrastés. La plupart d'entre eux ne révèlent pas de relation négative, autrement dit que le versement de dividendes n'affecterait pas les investissements des entreprises.

Dans la Lettre Vernimmen.net (n ° 152, octobre 2017) Pascal Quiry et Yann Le Fur observent que l'investissement est actuellement au plus haut en France et que les dividendes et les rachats d'actions le sont aussi. Après avoir étudié les politiques de dividendes des grandes entreprises françaises du CAC 40, elle a montré que les courbes d'évolution des dividendes et des investissements sont parallèles. Ils en concluent que

Investissements et dividendes ne sont pas antinomiques et exclusifs l'un de l'autre. Les cas où, le sein d'une entreprise, le cas où le versement des dividendes conduit à réduire les investissements sont rares.

L'existence de trésoreries nettes positives montre que les entreprises ne sont pas en rationnement de capital

L'idée que le versement de dividendes généreux conduisait à réduire le montant des investissements rentables que les entreprises soient soumises à un rationnement du capital et des dépenses requises pour leurs budgets d'investissements pour satisfaire l'appétit des actionnaires. Cette affirmation ne tient pas si on considère les niveaux plus élevés des trésoreries des grandes entreprises.

Le tableau 2 indique les montants de l'encaisse par les entreprises du CAC 40 (hors financières). En 2014, plus de 19% de leur capitalisation. Le nombre de dividendes versés en moyenne est inférieur à 3% de la capitalisation des entreprises à s'aperçoit que les dividendes ne peuvent être considérés comme responsables d'une éventuelle insuffisance d'investissement des entreprises.

Tableau 2: Les statistiques sur les grandes entreprises françaises

Source: M. Albouy et A. Chevalier, «Pourquoi autant d'argent dans les entreprises en 2015», dans: La comptabilité en action L'Harmattan, 2016.

L'existence de trésoreries très positives dément ainsi l'idée que les entreprises recommandent leurs budgets d'investissement pour le dividende des dividendes. En fait, si les entreprises n'investissent pas assez (aux yeux de certains observateurs) c'est tout simplement parce que ces projets sont louables. Les projets rentables nous entendons des investissements créateurs de valeur en tenant compte du coût du capital.

Certes, il est important que les entreprises préparent leur avenir en investissant, mais pas au prix d'une destruction délibérée de valeur. L'acte d'investissement n'est pas bon en soi: augmenter les capacités de production quand elles sont en place sont loin d'être saturées n'est pas un bon plan. Tout industriel le sait. Pour investir, encore faut-il qu'il y ait un marché et une demande solvable. Et ce n'est pas l'investissement qui a créé cette demande. Il n'a servi à rien de fustiger les dividendes pour dénoncer le manque d'investissement des entreprises.

Pascal Quiry et Yann Le Fur :

Le dividende est le moyen privilégié de réallouer le capital des entreprises à maturité qui n'en a pas besoin plus, et qui en génèrent plus qui ne peut utiliser dans le surinvestissement, vers des entreprises qui en ont besoin aujourd'hui, un jour ou l'autre, leur succéderont.

Comprendre l'actionnariat

Le débat récurrent en France sur les dividendes versés aux actionnaires est symptomatique d'une méconnaissance des enseignements de la théorie de la modernité et du fonctionnement des entreprises, notamment en matière de politique de dividende et d'investissement.

 La conversation "width =" 1 "height =" 1 "/> Financement, la grande majorité des observateurs sont d'accord pour estimer que les entreprises ont besoin de fonds propres, donc de l'apport des Pourtant, comme en témoignent les réactions de certains commentateurs lors des annonces de dividendes par les grandes entreprises, la culture est toujours en développement dans notre pays. 'sur orientera davantage l'épargne des Français vers les entreprises comme le voudrait <a href= Emmanuel Macron .

Michel Albouy Professeur de finance, Grenoble École de Management (GEM)

La version originale de cet article publié le La conversation .

Cet article a été publié une première fois en novembre 2017



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