Que reste-t-il du rocardisme ?

Que reste-t-il du rocardisme ?


C'est une histoire qui est aussi celle de "l'Obs". Celle d'un courant de pensée intellectuelle et politique façonnée dans les années 60 et 70 autour de Michel Rocard. Alain Bergounioux et le conseiller d'État Jean-François Merle analyste cette aventure collective dans un livre qui reste: «Le rocardisme Devoir d'inventaire» (Seuil).

Colloque sur ses années à Matignon, la sortie de son livre, la place qu'il reste dans l'imaginaire de la gauche, existe-t-il une nostalgie de Rocard?

Cette nostalgie n'est pas partagée par tout le monde! Mais pour les socialistes français, même ceux qui n'ont jamais été rocardiens, il y a bien une nostalgie Rocard. La période Rocard est aussi la période Jospin, la période Mitterrand, celle d'une certaine grandeur du socialisme, du pouvoir, des idées, de la force du PS. Il existe donc une nostalgie de cette époque.

Si le rocardisme n'est pas une doctrine, comme vous l'écrivez dans votre livre, qu'est-il?

Il existe des éléments de doctrine, mais la spécificité du rocardisme c'est d'être plus que que cela. Et heureusement, voiture les cimetières d'idées sont remplis de doctrines! Le rocardisme est une méthode, un rapport particulier entre le politique et la société. Né dans l'opposition à la guerre d'Algérie, il est une morale, des valeurs. Au fond, c'est l'addition de tout cela: des éléments de doctrine, une méthode politique qui articule l'action politique et l'action sociale; un rapport aux valeurs. Il a donc à voir, comme Michel Rocard lui-même, avec la tradition mendésiste.

Vous montrez dans votre livre que la spécificité de ce courant de pensée est d'avoir agrégé plusieurs générations.

Oui, ce qui fait sa force. C'est l'addition de trois générations et demi, si l'on peut dire. Il n'y a pas de rocardisme sans Michel Rocard et il n'y aurait pas eu Michel Rocard sans les rocardiens. Rocard a toujours voulu être le porte-parole d'une aventure collective, c'est une des grandes différences avec ce qui advient aujourd'hui.

Le rocardisme regroupe trois grands moments: guerre d'Algérie d'abord, l'événement fondateur . La génération des anciens vient de ce combat-là, c'est celle de Robert Chapuis, de Pierre-Yves Cossé chez les hauts fonctionnaires. Ensuite, il y a la génération 68, celle qui éclot dans ce mouvement, celle qui est avec Michel Rocard dans son aventure tumultueuse du PSU – génération intellectuelle avec Patrick Viveret ou Pierre Rosanvallon ou politique, à l'image de Jean-Paul Huchon

Michel Rocard dans les combats du PS, contre Mitterrand ou Chevènement. C'est une génération plus composite avec Louis Le Pensec, Bernard Poignant. J'arrive à cette époque, au moment où la deuxième gauche est entrain de se baptiser, cette gauche audacieuse mais réformatrice.

S'ajoutent dans l'exercice du pouvoir des plus jeunes et retrouvera par la suite, comme Manuel Valls, Benoît Hamon, Olivier Faure ou ceux qui se regrouperont dans les Gracques comme Bernard Spitz. Ce n'est pas une génération de quatrième génération, car elle a moins d'éléments fondateurs.

Une génération rocardienne arrive au moment où la deuxième est entrain de se baptiser, mais le rocardisme n'est pas à lui seul la deuxième gauche.

Bien-sûr. La deuxième gauche est plus vaste que le rocardisme, c'est beaucoup la CFDT. Et d'ailleurs, le livre de Hervé Hamon et Patrick Rotman qui invente en 1982 ce terme s'intitule "La deuxième gauche, histoire intellectuelle et politique de la CFDT". Michel Rocard regarde Edmond Maire comme la figure dominante de cette pensée. Le rocardisme est l'expression politique de la deuxième gauche . A partir des années 70, Michel Rocard candidat à la présidentielle, son courant politique est plus réducteur que le courant intellectuel.

Vous revenez sur le "rocardisme ministériel" comme si c'était le plus important, pourquoi?

Les lignes idéologiques compétentes, mais ce rocardisme ministériel est généralement oublié. Pour nous, il mérite d'être analysé avec une question: est-ce qu'il existe une façon rocardienne de gouverner? Malgré des difficultés fortes – le Premier ministre n'étant pas le président de la République – la réponse est bien affirmative. Le minimum social garanti, la CSG, les contrats plan Etat / régions, la rénovation de l'État, l'évaluation des politiques publiques, les accords sur la Nouvelle-Calédonie, les accords de la Haye, les ancêtres des sommets de la Terre, de dessiner une manière spécifique de gouverner. Le rocardisme ministériel est ce que sont les réalisations et les idées de recettes parfois restaurées dans l'intention comme sur les retraites où il a avancé avec une méthode à la suédoise. Autant d'acquis qui valent pour aujourd'hui.

Michel Rocard a-t-il des héritiers politiques?

Pour nous, non. Il y a un jambes rocardien, mais pas d'héritiers . Le rocardisme, je le rappelle, est une méthode, des lignes directrices où parfois la rigueur économique et l'audace démocratique entrent en contradiction. Mais nul ne peut reconstituer la synthèse rocardienne qui correspond à une époque différente. Démeurent des éléments utiles pour la gauche et pour le pays.

Emmanuel Macron connaissait Michel Rocard. Peut-on dresser un parallèle entre eux?

Le parallèle se fait, parfois par des rocardiens. Mais si Emmanuel Macron a fait l'éloge de l'homme de la pensée Michel Rocard, il ne s'est jamais revendiqué du rocardisme. Deux différences essentielles, que Michel Rocard à la veille de sa mort à rappel dans une interview à "Point", empêchent ce parallèle. Pour lui, se dire "et de droite et de gauche" avait pas de sens. Il se revendiquait d'une histoire. Il a été critiqué par des partisans mais il s'est toujours revendiqué du socialisme. La deuxième grande différence entre Michel Rocard et Emmanuel Macron tient à leur rapport à la société. Rocard a toujours voulu mettre la méthode de la social-démocratie au service du socialisme. Le respect des rapports sociaux, celui des syndicats, des corps intermédiaires, cette méthode social-démocrate à la nordique est essentielle pour lui. On ne peut pas dire que la politique actuelle aille dans ce sens.

Que reste-t-il du rocardisme?

Il reste une forme de nostalgie, une politique complexe, une méthode, un art de gouverner qui concilie le politique et le social. Il reste aussi une ambition encore actuelle: celle d'unir la liberté et la responsabilité, celle de réguler. Il n'a jamais été un libéral. Il reste une certaine morale politique .

Quel livre de Michel Rocard conseilleriez-vous aux plus jeunes qui connaissent peu?

Un de ses derniers livres importants, un livre pessimiste comme lui: "Le suicide de l'occident". Il essaie de faire le bilan d'un socialisme démocratique dans le monde d'aujourd'hui. C'est un gros livre qui lui ressemble assez, qui fait la boucle avec le jeune Rocard des années 60.

Propos recueillis par Cécile Amar

"Le rocardisme, devoir d'inventaire", de Alain Bergounioux et Jean-François Merle, Seuil, 22 euros

 Cécile Amar "class =" img-profil "/> </figure>
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