Coupe du Monde 2018 : petit plaidoyer contre l’arbitrage vidéo

Coupe du Monde 2018 : petit plaidoyer contre l’arbitrage vidéo


Disons-le d'entrée, tout porte à croire que le combat est perdu d'avance. Le discours des pro-vidéo est trop bien rodé, matraqué en boucle comme un publicitaire de slogan. Résumons leur pensée: l'arbitrage vidéo va mettre fin aux injustices dans le football, le dispositif est VI-TAL, et qu'importe les esprits chagrins!

Qui est contre? Un escadron d'anciens combattants accrochés, comme des forcenés, à un vieux monde fantasmé, et qui refusent toute idée de progrès dans le pied. D'un côté, donc, les progressistes du ballon rond (les gentils), de l'autre les vieux réactifs de l'école Platini (les méchants). Pourtant, il serait facile de faire ce tableau grotesque.

Pour les profanes qui observent, interloqués, ce combat aux allures surréalistes, l'utilisation de l'arbitrage vidéo tombe pourtant, sur l'imaginaire, sous le sens. Tout maison visible. De fait, pourquoi se priver d'une technologie, déjà utilisé dans d'autres sports, alors qu'elle se pose nombre d'erreurs arbitrages lourdes de conséquences? On vous répète matin, midi et soir: la vidéo va mettre fin aux chamailleries autour de l'homme en noir et rétablir la justice (rien que ça!). Invitée vedette du Mondial, elle promet d'offrir le spectacle à elle seule. Le baptême russe pourrait être agité, la Fifa moquée, le tout devant trois milliards de téléspectateurs dans le monde.

Deux raisons de ne pas la vidéo

Parlons du fond. Soyons clairs, au moins deux raisonnements solides dans le doute de l'intérêt de l'arbitrage vidéo dans le football.

  • Préserver la glorieuse incertitude du sport

Le premier est presque philosophique: le football ne devrait pas avoir vocation à devenir une science exacte, un spectacle scruté par des dizaines de caméras à la recherche de l'écart, et, qui sait, un jour contrôlé par des drones. Pourquoi vouloir instaurer une notion de justice dans un sport qui n'a pas certaines des pages célèbres de l'histoire a été écrit à des moments hors-sol, parfois cruels ( la "principale de Dieu" de Maradona en 1986 )? La question mérite d'être posée quand on connaît le rapport irrationnel qu'entretiennent les supporters avec ce sport passionnel.

Oui, le beau geste n'est pas toujours celui que l'on croit. Sans vouloir faire l'éloge de la tricherie -, et encore moins de la violence -, supporteur avoir le droit d'observateur avec gourmandise la roublardise de certains joueurs, de saluer la faute d'intelligents selon l'expression consacrée, et de saliver (sans chauvinisme excessif) un mais inscrit sur un hors-jeu d'un centimètre. D'aucuns sont tombés sur Thierry Henry, pour avoir éliminé l'Irlande de la main en 2009 aux portes de la Coupe du Monde. Une "injustice" qui a conduit la France au pied sur le bûcher médiatique. D'autres – comme votre serviteur – vous avez vu un coup de poing magnifique, un épisode de plus dans la longue liste des faits de jeu incontrôlables qui ont rendu le football follement imprévisible, donc tellement beau.

"Le football est beau, car ce jeu est beau, pas par l'arbitre prend, ou pas, la bonne décision", a dit un jour Michel Platini qui a ajouté la phrase suivante : "Le football doit rester humain, joué par les joueurs et arbitré par les hommes." En somme, la technologie vidéo imposée par les enjeux financiers toujours plus grands Vient de rompre cet équilibre humaniste.

Interprétation, pierre angulaire de l'arbitrage, aujourd'hui bafouée par la vidéo? Un angle de caméra ne remplacera jamais le bon placement de l'homme en noir et son jugement à la vitesse réelle d'une action de jeu. Certains arguent que le jeu s'est accéléré avec le temps. Certes. N'empêche, un bon arbitre est bien placé, bien fait et formé. Car oui, spoiler: il existe toujours de mauvais arbitres! Voilà donc un travail de pénibilité sur le pénétrateur sérieux tableau de la Fifa plutôt que d'imposer le gadget de la vidéo.

  • Ne pas étouffer les émotions instantanées

Le deuxième argument découle du premier, il est passionnel: marquer un but mais, en encaisser une cause chez les supporters comme chez les joueurs des émotions instantanées que l'usage technique de la vidéo annule ou reporte. C'est la mort du "football vrai" où l'émotion triomphe devant toute rationalité. En tribune, comme devant un poste de télévision, ce sport provoque des frisons et des exaltations à nul autre pareil.

Petite projection pour mieux comprendre, imaginez un peu: un joueur Antoine Griezmann ) de l'équipe que vous supportez acrobatique ( ça ressemble à ceci pour info ) lors de la finale du Mondial (on peut rêver, non?). Aussitôt, en toute logique, vous sauvez de la joie dans votre salon ou dans le bar que vous squattez, vous obtenez comme un Orangina l'ami peinturluré en bleu-blanc-rouge qui vous accompagne – qui n'a rien vu vu demandé – , vous êtes au firmament, au summum de l'exaltation, bref vous "kiffez". Oui mais voilà, 30 secondes après, pendentif que "Grizou" est porté tel un trophée par ses coéquipiers fous de joie après ce mais mais de l'année qui vaut de l'or, l'oreillette de l'arbitre mexicain grésille, il fait la moue. Dans la régie des arbitres vidéo, la tension est palpable, après revisionnage de l'action, il apparaît que Griezmann est très légèrement hors-jeu, "peut-être d'un centimètre, mais bien hors-jeu", glisse à l ' oreille de l'arbitre central l'assistant colombien, bien heureux de ne pas avoir à assumer cette douloureuse décision sur la pelouse. Le Mexicain demande alors de voir de ses propres yeux les images. Une, deux minutes s'écoulent: stupeur chez les supporters des Bleus, l'arbitre annule le but mais pour un demi-genou qui fait la ligne du hors-jeu. Vous voilà dépité, inconsolable, et de la colère dans l'autre, votre malheureux camarade qui n'a jamais rien compris.

C'est avec ça, l'arbitrage vidéo: les arrêts de jeu interminables, la mort de toute spontanéité, la fin de la glorieuse incertitude du sport, le respect de la règle de l'excès des règles, sans prendre en compte l'esprit du jeu. A ce rythme, ni les joueurs ni les partisans n'oseront fêter un mais, ils assistaient à la phrase froide de la vidéo, parfois ils attendont longuement, le temps de revoir sous tous les angles une même action qui peut parfois être soumise à de multiples interprétations. Comme au football américain, le jeu sera haché, entrecoupé de nombreux arrêts de jeu, une fenêtre de tir qu'utiliser un jour, à coup sûr, les diffuseurs pour vous proposer une page publicitaire très lucrative pour un soda célèbre. Ça ressemble encore au football, mais ça doit être décidé et même la saveur.

Guillaume Stoll

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