Filmer ses grands-parents avant la fin : mamie Cécile a dit “niet”, puis elle s’est coiffée

Filmer ses grands-parents avant la fin : mamie Cécile a dit “niet”, puis elle s’est coiffée


L'idée nous a soufflé par une amie, partie en week-end avec un enregistreur: pour mieux connaître la vie de ses grands parents, elle comptait son proposant un dimanche de dérouler l'histoire familiale et d'en garder une trace dans un fichier audio. Ça nous a donné envie de faire pareil.

Comment conserver la mémoire de ceux qui nous précèdent? Victor a demandé à sa mère, malade, de laisser une lettre à ses futurs petits-enfants. Philippe, comme Gwen, un filmé sa grand-mère. Armelle a elle offert à son grand-oncle un dictaphone pour enregistrer sa vie. Ils témoignent.

1 Un dictaphone et une carte de vœux

Armelle 35 ans, consultante.

C'est en rentrant d'un barbecue organisé chez Michel, fils grand-oncle, qu'Armelle a eu l'idée. Celui qui a pris la place du grand-père elle n'a jamais connu son raconte ce jour-là des tas d'anecdotes vécues: sur sa carrière de gradé dans la marine, sur le titre de citoyen d'honneur qu 'il a reçu de la ville de la Nouvelle-Orléans, sur son activité de vendeur d'armes, après sa retraite de l'armée (et cette fois où sur un fait poireauter quatre jours dans un palais pour négocier un contrat avec un dirigeant!).

"Il a une vie assez incroyable", ponctue la trentenaire.

Alors à Noël 2013, Armelle a offert à Michel un dictaphone pour qu'il peut s'enregistrer. «Je lui ai offert avec une carte de vœux en lui disant que je trouvais ça chouette qu'il raconte sa vie. Le point sur le fonctionnement de la machine et sur l'envoi des fichiers, grand-oncle, «content of project», y compris est assidûment.

Pendentif l'année qui s'est écoulée, il lui a envoyé une vingtaine d'heures, au fur et à mesure qu'il mettait en boîte. Au début, il a un peu de parler dans son bureau seul avec le dictaphone. " Il a commencé à faire l'histoire de son père, qui n'est pas glorieux. retrace Armelle.

Précisons que Michel l'avait prévenue: il ne parlait pas de son ex-femme ("je pense qu'il était encore amoureux d'elle").

"Je Je ne voulais pas raconter sa vie d'homme marié.

La ​​trentenaire n'a pas encore retranscrit dans sa totalité le récit chronologique du grand-oncle, aux airs de cours magistral. Elle a aimé les premiers fils:

"Le truc le plus marquant, pour moi, c'est le retour des trains qui ramenaient les gens des camps de concentration: il y avait eu des rumeurs mais là, ça se matérialisait.
Il y a aussi des bombardements pendant la guerre: ils étaient dans une contrainte dans ses jeux d'enfants, ça ne paraissait pas très grave dans ses récits … "

En décembre 2014, Armelle et son grand-oncle se sont révus à l'occasion de l'anniversaire de la grand-mère. Ils ont mis d'accord pour se retrouver autour de quelques bières, à leur retour de Poitiers, pour parler de leur projet commun. "C'était un prétexte de se côtoyer un peu plus", se rappelle la trentenaire.

Ils n'ont pas concrétisé: sur le quai, Michel est mort d'un arrêt cardiaque. Quelques semaines avant, il avait envoyé ses derniers enregistrements.

2 Une lettre à ses futurs petits-enfants

Victor, 34 ans, journaliste.

La ​​mère de Victor est décédé d'un cancer en 2008.

Parmi les moments qui ont marqué les années de hauts et de bas, Victor se souvient d'une conversation dans la voiture de son père, qui accompagne à la gare.

Ça a été 2004 ou 2005, il avait tout juste 20 ans. "Il faut que tu fasses à l'idée que tu ne sois pas grand-mère … Elle va avoir du mal à aller très loin."

Deuxième souvenir: un «mais mais beau moment» avec sa mère, après une énième chimio dans une clinique de Rouen. "Ça me peine de savoir que tu ne connaîtras pas tes petits-enfants", lui a dit Victor.

"C'est l'un des premiers moments où il s'est peut-être qu'il fallait réfléchir à un moyen de pallier ce manque."

Au cours des derniers mois, quand la famille a compris qu'il y avait trop de répétitions pour que tout cela s'arrête, la mère de Victor a commencé à écrire son quotidien de malade.

A l'intérieur du carnet, elle a également laissé une lettre de cinq pages, à l'attention des cinq petits-enfants qu'elle n'a jamais connu. Elle s'intitule "lettre à mes petits enfants d'amour que je ne connaîtrais peut-être pas". Victor:

"Elle explique qu'elle va faire tout ce qu'elle peut être là, elle explique la façon dont elle imagine l'annonce des grossesses de sa fille et de ses belles-filles, comment elle imagine son mari devenir grand-père, commenter elle imagine les bébés des uns et des autres, commenter elle voudrait que ses petits-enfants l'appellent … "

La ​​sœur de Victor a photocopié et relié cette lettre pour que chacun conserve une copie. Le trentenaire l'a lui découvre trois ou quatre mois après le décès de leur mère. "La lire m'a beaucoup ému, évidemment, c'est à la fois une lettre qui s'adresse à nous et à ses petits enfants", témoigne-t-il.

C'est comme si sa mère avait ouvert une conversation qui lui survivra:

"Elle nous a donné énormément d'affection et d'amour, j'avais envie qu'elle le transmette …"

Régulièrement, Victor la relit. «Ça me fait beaucoup de bien: c'est un petit concentré d'amour … Et en fonction du moment de ma vie, cette lettre me parle différemment, sur un registre plus ou moins profond.

Le trentenaire imagine la donner à sa fille quand elle aura l'âge et le besoin d'en savoir plus.

"C'est une très belle réponse qu'on peut apporter aux questions que nos enfants posentont sur leur grand-mère."

3 "Raconte-moi en détails la vie de tes parents"

Gwen, 25 ans, chargée de communication.

Quand Jeanne est décédée, la mère de Gwen s'est empressée de lui demander: "Tu as bien les vidéos de maman?" Le fichier, "une pépite", est toujours sur son disque dur.

Il y a trois ans, Gwen demande à ses deux grands-mères – Andrée, qui habite le Var, et Jeanne, originaire du Finistère – de filmer pour "garder une trace de leur histoire":

"La vidéo, c'est ce qui est le plus proche de la personne: on y voit ses tics de langage, ses hésitations, ses réponses aux questions, etc. Je voulais créer une sorte d'archive vivante, de patrimoine à transmettre aux prochaines générations. "

La grand-mère bretonne à tout de suite dit "oui", celle du Sud, née en 1932, était un peu plus gênée. "Elle hésitait, got of the excuses (" tu es sûr que va avoir le temps? "). Je crois qu'elle a plus peur de la mort que mon autre grand-mère ", a développé Gwen.

La jeune femme a préparé les questions en concertation avec ses parents et ses sœurs: des questions simples, pour balayer toutes les périodes de leur vie et ne pas oublier d'anecdotes ("raconte-moi la fois où ma mère est tombée d'un étage "). Gwen s'est rendue quatre ou cinq jours chez chacune d'entre elles, qu'elle filmait environ trente minutes par jour. Elle commente par "raconte-moi en détails la vie de tes parents".

Dans son village, la grand-mère bretonne a été la première à obtenir son bac. "Elle était très forte à l'école, elle est devenue une femme à devenir prof, mais elle a été jugée à l'âge de 40 ans. C'est une professeure de français. "

L'autre grand-mère, née dans la région parisienne, a décrit les années sous la guerre: pour la protection, sa mère à la campagne, dans la ferme de sa tante.

"J'ai appris plein de choses sur eux et notamment sur l'histoire des mes arrières-grands-parents, que je connaissais peu", poursuit Gwen.

Le projet a beaucoup rapproché la jeune femme de sa grand-mère bretonne. "Elle a senti une écoute, qui était importante pour elle. ]

4 "Elle a dit pour la première fois"

Philippe, 38 ans, développeur informatique.

Un Noël, grand-mère Cécile à fini par abdiquer. Philippe lui avait proposé il y a une dizaine d'années de l'interrogateur sur sa vie, "peu connue" … Refus catégorique:

"C'est dans les cartons, je n'ai pas envie de ressasser tout cela."

Le petit-fils insiste, avant de laisser tomber. Et puis la vieillesse et ses perspectives l'ont-il-il décidé. A Noël, grand-mère Cécile, 90 ans passés, informe la tablée qu'elle veut bien coucher son histoire sur papier.

Philippe reformule: il veut la filmer, parce que l'image saisit aussi les émotions. Elle rechigne. "Si ma grand-mère est un sacré caractère, moi je suis très têtu", glisse-t-il. C'est à elle de choisir le dispositif, de prendre ou de laisser: elle lira son texte face caméra (ce qui lui est conçu pour réfléchir à des choses à dire et ne pas dire).

Le jour où la vieille dame, à demi-mots, a dit qu'elle était prête, Philippe ne veut pas se déplacer. C'est une femme qui s'est fait auprès d'elle. "Quand elle a décidé que c'est oui, il faut y aller tout de suite sinon elle change d'avis", précis-t-il.

Grand-mère, qui a été rendue la veille chez le coiffeur, un tenu à être filmé au milieu de ses meubles, devant le buffet et ses bibelots. Sur le film d'une douzaine de minutes, il n'a pas encore monté, elle est assise devant une table où le chat passe et repasse. Philippe a enquêté dans un micro semi-pro pour enregistrer son accent pied-noir (petit, il ressemblait à l'actrice Marthe Villalonga).

Dans son texte, la nonagénaire raconte son enfance à Rabat, dans le protectorat français au Maroc. Le divorce de ses parents – la maison a été séparée en deux, chacune des pièces de chacun -, les brimades de son père. "Je savais que c'était quelqu'un de violent que les maltraitait." Je suis supposé mais là, elle a dit pour la première fois le franchement. "

La nonagénaire raconte aussi son travail de contremaître aux impôts avant le rapatriement en 1962, suivi de son installation à Grenoble. Un crève-cœur. "Sur l'appel 'rapatriement' mais ma grand-mère n'a jamais mis les pieds en France de sa vie."

La vieille femme n'a pas voulu raconter la suite, tout comme la vie de son mari, décédé en 1992, regrette Philippe. Grand-mère a prétendu ne pas avoir questionné le père de ses enfants, un ancien légionnaire.

Le tournage de la vidéo en tout cas donné envie de grand-mère de continuer à écrire. Elle a repris ses notes. Qui est-ce qui t'appartient?

 Emilie Brouze "class =" img-profil "/> </figure>
</footer></div>
</pre>
<p><br />
<br /><a href=Source link

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *