Laurence, 66 ans, amoureuse depuis 5 mois : “Il me touche, je suis électrique”

Laurence, 66 ans, amoureuse depuis 5 mois : “Il me touche, je suis électrique”


Laurence * a rencontré Kirk * il y a cinq mois et quand elle parle du couple qu'ils forment maintenant, elle dit que c'est "une passion". Elle a 66 ans, elle en 70. Elle est française, il est néerlandais. Ils vivent à 200 kilomètres de l'autre.

Ça s'est passé sur internet, grâce à l'intrication des bases de données des sites de rencontres dédiés aux plus de 50 ans. Leurs profils sont a priori rien en commun, mais quand Laurence a cliqué sur la photo de Kirk, elle a eu un flash. Lui aussi. Alors ils sont vus.

Ils ont deux histoires qui ressemblent, deux longues heureuses et épanouies qui sont terminées à la mort de leurs conjoints respectifs. Pour Laurence, qui croyait plus, il y a une nouvelle vie qui commence.

Cet été, sur Rue89, on essaie de raconter ce que c'est que de retomber amoureux à plus de 60 ans.

Avec Laurence, sur une question d'internet, du syndrome post-traumatique, des lettres d'amour et d'électricité.

Rue89: Avec Kirk, comment vous êtes-vous rencontrés?

Laurence: Il y a quelque temps, les amis proches ont voulu me présenter un de leurs vieux potes, veuf comme moi. J'ai compris que ce vieux pote avait une idée derrière la tête. Sur un commencé à correspondre, c'était vraiment un bon ami. Et puis, au bout d'un moment, il m'a dit qu'il avait rencontré une autre femme. Je dirais que leur histoire m'a intéressée. Je suis allée regarder ce que cette femme écrivait sur internet et je suis tombée sur cette phrase: "Quand nous sommes rencontrés, j'ai su que nos deux s'en sont".

Ça m'a fascinée. Je suis dit: "Bon sang, elle a raison, ça existe". Quand je suis arrivée ici, dans cette nouvelle région, je ne connaissais personne. Par le biais des copains, je n'avais rencontré personne non plus. Alors je suis inscrit sur un site de rencontres pour plus de 50 ans, Nos belles années.

Vous vouliez ressentir ce dont elle parlait, cette histoire d'âmes qui s'enrichit?

Oui. Cette phrase qu'elle a écrite m'a donné foi. Tout à coup, ça dev Jusque-là, j'avais abdiqué, je me disais que j'étais trop vieille et que je neaisais plus plaire. Cet ami avec lequel j'ai correspondu dit que ça n'avait rien à voir, que c'était juste qu'il était pris, c'est tout. J'ai fini comme il était et il fallait que je sorte de mon auto-dépréciation.

Remplacer votre profil sur ce site de rencontres, commentaire ça s'est passé?

J'ai tout rempli consciencieusement. C'était vraiment très intéressant parce que ça m'a demandé de me présenter, de me poser en tant que personne.

C'est quoi, "se poser en tant que personne"?

En fait, le questionnaire était bien fait: il parle de lui-même, parle de son temps libre, de ses qualités. Il y a aussi une section dédiée à ce que je n'aime pas ou pas dans la vie, à ce qu'il a dans une journée idéale. Ça m'a pris deux heures et ça m'a permis de regarder comme la personne que j'étais, sans moi juger. Quelque part, l'exercice à faire la gangue de mon âge, cette gangue à cause de qui je n'arrivais pas à me relancer.

Une fois votre profil complété, qu'est-ce que vous avez fait?

En l'espace de trois mois, j'ai rencontré quelques hommes avec qui il ne s'est rien passé. Quand je parcours les profils, je fais confiance à mon intuition, j'essayais de capter quelque chose de leurs photos. Et puis, je lisais ce que j'ai écrit.

Il y avait des critères rédhibitoires pour vous?

C'est rare que je me laisse emporter par ma première impression, je suis extrêmement négociatrice avec moi-même. Mais quand même, il me fallait un minimum d'intérêt humain. Je cherchais un être: le problème pour moi n'était pas de rencontrer des hommes. J'aurais pu en rencontrer beaucoup qui ont eu envie d'approfondir … Mais mon mais, c'était d'aimer quelqu'un vraiment. Retrouver cet élan, cet émerveillement.

À propos de Kirk?

C'était un samedi soir, ça a été un flash immédiat.

(Laurence ouvre un petit carnet rouge. Sur la première page, écrits à la main, il y a leurs deux prénoms. Et puis une photo, glissée derrière la couverture. C'est un homme blond au regard bleu, rieur, d'environ 70 ans. Nonchalamment assis sur un fauteuil, sur dirait un prince de bande dessinée, plein d'autodérision.)

Ce que j'ai vu, c'est un regard, un sourire, une fantaisie. Un gros chat, sensuel. Enfin tout, quoi. En plus, j'ai vu qu'il était veuf, je suis dit qu'il fallait que j'essaie.

Sur mon profil, j'avais choisi une photo prix par ma belle-fille, en plein bonheur. Un sourire et une lumière, jamais personne ne m'a photographiée comme ça. Je lui ai envoyé un petit message en anglais, parce qu'il avait précisé qu'il parlait mal français. Un truc du style: " Bonsoir gentleman farmer ", parce que c'était ce que m'inspirait sa photo. Il m'a répondu sur-le-champ. Ce flash, c'est l'eu aussi.

Retomber amoureuse à 70 ans: "C'était un coup de cœur devant un beau paysage"
Sur un peu discuté, il m'a dit qu'il aimerait bien voix Alors on s'est téléphoné. Il a dit: "Je ne suis qu'à 200 kilomètres, ce n'est pas très loin. Je vous invite à déjeuner demain." Le lendemain, je suis tout de suite vu dans le restaurant. Il était arrivé en avance. Il avait pris un verre de Pessac-Léognan, mon vin préféré. J'en ai aussi pris et [Voilà]

Qu'est-ce qui vous plait chez lui?

À voir photo de profil, j'avais deviné une façon de boucher que j'ai retrouvée quand j'ai été face à lui. J'ai envoyé une extrême liberté aussi, malgré son éducation protestante. La religion n'a pas eu le même effet sur lui que sur l'homme, qui a été au petit séminaire parce qu'elle était destinée à la prêtrise quand il était enfant. On a mis des années à se débarrasser de son fils cathodique. Ça avait été toute une aventure.

Avec Kirk, rien de tout ça. Je suis très simple, avec une bonté d'âme. Il avait une façon de regarder, d'engager la conversation, de prendre soin. Je ne sais pas comment le dire, ça s'est fait très naturellement. Comme si on avait déjà vu, en fait. Il n'y a pas de gêne.

Quand vous êtes inscrite, vous étiez prêt à rencontrer quelqu'un?

Complètement. Je suis prêt depuis les années, en fait. Sauf que peut-être, je ne savais pas.

Le deuil de mon mari a été longtemps et singulier: on se connait depuis 33 ans, il est mort en cinq minutes d'une rupture d'anévrisme. C'était il y a 11 ans et j'ai du temps à réaliser qu'il n'était plus là.

Cette perte de poids est plus difficile qu'il y avait entre elle et moi une connivence singulière. Je suis née avec un handicap auditif qui a été diagnostiqué quand j'ai eu 25 ans, j'ai donc eu une vie pendant que j'ai ignoré qui j'étais vraiment. Mon mari, lui, a subi un traumatisme crânien à vélo quand il était jeune. Il souffrait de pertes de mémoire et d'une forte instabilité Nous venons de comprendre que ses problèmes étaient liés à cet accident de vélo. C'était une victoire extraordinaire, on était en train d'être en train d'établir les fondations d'une nouvelle vie. Je ne regrette rien du passé, mais ça a été terrible de renoncer à tous ces projets.

Après ces cinq mois de relation avec Kirk, qu'est-ce que vous pensez avoir en commun?

Je savais qu'il était veuf, il savait que j'étais veuve. Donc, il y a un entre nous une connaissance de ce que l'autre une vie à un certain niveau. Personnellement, je travaille dans le domaine de la formation à l'empathie chez les soignants et dans ma vie, j'applique ce que j'enseigne. Cela à voir avec la passion d'accueillir et de souffrir que l'autre a souffert.

Et c'est lui qui est arrivé sur le lieu de la preuve: il a survécu à la perte d'autonomie de son épouse pendant deux ans, après qu'on lui ait diagnostiqué une sclérose en plaques fulgurante. Elle avait prévenu qu'elle demanderait son euthanasie. Et c'est ce qui s'est passé. C'est quelque chose que j'ai trouvé terrible, et que je connais du stress post-traumatique pour avoir vécu moi aussi. Je ne le connais pas encore, mais je vais finir par le faire.

Après la mort de sa femme, il fait beaucoup de rencontres qui n'ont jamais vraiment duré. Il s'accuse d'avoir un problème de l'attachement, mais je pense que ce n'est pas ça. C'est ce stress post-traumatique qui a empêché d'aller vers quelqu'un à qui il pourrait s'attacher. C'est quelqu'un d'optimiste, il est dans l'action et au moment de la mort de sa femme, aucune de ces stratégies n'a fonctionné parce qu'il n'y avait que la mort au combat. Je pense que pour lui, ça a été une épreuve sans nom.

Et puis, il y a des similitudes dans nos histoires. Nos conjoints ont tous les deux été incinérés, nos meilleurs amis ont été les maîtres de cérémonie. Après, pour lui comme pour moi, c'est une chanson d'Edith Piaf qui a jailli. Quand j'ai vu ce film, je suis dit que ce n'était pas possible. Il y a plein de choses que je fais sur une même manière. Avant de mourir, sa femme a laissé un petit livre de confessions et d'histoires. Je suis beaucoup attachée à elle. Il n'y a pas très longtemps, il m'a dit qu'on aurait été de très grandes amies.

Kirk est néerlandophone. Comment est-ce qu'on s'aime quand on ne parle pas la même langue?

C'est assez fascinant parce qu'il y a le truchement de l'anglais que j'apprends, et que lui pratique depuis longtemps. Il y a aussi le français Il faut aussi savoir que là où nous vivons, il y a une communauté avec les campings et les restaurants où ils se retrouvent. Cela me permet de confronter aux sonorités de la langue, comme de la musique. Je commence à repérer et isoler des mots que je comprends.

Il existe une autre manière de faire une demande de permission pour cette langue de langue. L'amour qui nous soulage, c'est quand même vraiment plus important qu'une histoire de grammaire.

Ça veut dire que la langue à être un obstacle?

En fait, il faut que les mots permettent de manifester que vous ressentez. Donc à un moment donné où j'avais envie qu'il me parle de choses qui concernent vraiment, je lui ai demandé de m'écrire une lettre en néerlandais. Je me débrouillerais avec les dictionnaires et les traducteurs. De mon côté, je lui ai écrit en français et en anglais parce que je ne suis pas très bonne à cause de ma surdité. Mais je suis en train de former un professionnel de la formation professionnelle pour trouver des cours.

Après, sur une appétence pour la syntaxe et le grammaire de l'autre. Sur un plein de ruses pour arriver à s'entendre et se comprendre. On travaille beaucoup à l'écrit et avec un dictionnaire. Et puis, il y a une langue des signes qui parle bien entre nous.

Et physiquement, comment est-ce que vous vous êtes rencontré?

C'est complètement magnétique entre lui et moi. Comme deux aimants, c'est irrésistible. C'est quelque chose qui laisse à désirer ce que je fais avant de vivre, je crois. Avant, on avait une relation de tendresse, d'amour et de sensualité et maintenant, c'est quasiment une passion.

Il me touche, je suis électrique des pieds à la tête. Je crois que lui, c'est pareil. Son médecin lui a habillé une liste de tout ce qu'un homme de son âge était censé être capable de faire dans l'intimité. En revenant, il est comparé avec ce que nous vivions et il a dit que c'était du délire. Je lui ai dit: "T'inquiète pas, c'est le début, c'est la lune de miel." Il a répondu: "N'aie pas peur que l'on s'aime trop, c'est un amour éternel qui commence."

Si vous avez plus de 60 ans, vous venez de tomber amoureux, amoureuse, et que vous avez envie qu'on discute, écrivez-moi: hrouillier@nouvelobs.com !

Crédits photo: CC-BY 2.0 Bibliothèque MCAD / Flickr

 Henri Rouillier "class =" img-profil "/> </figure>
</footer></div>
</pre>
<p><br />
<br /><a href=Source link

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *