Quand V.S. Naipaul parlait du “Masque de l’Afrique” à Christophe Boltanski

Quand V.S. Naipaul parlait du “Masque de l’Afrique” à Christophe Boltanski


La difficulté de la tâche transpirer dès les premiers échanges au téléphone avec son attaché de presse. «Connaissez-vous bien son oeuvre? Doit-on vous faire parvenir les éléments importants de sa biographie? » Puis-je promettre par écrit de n'aborder aucun sujet « politique » au cours de l'entretien.Pourquoi pas?

«Le masque de l'Afrique», fruit de son avenir, ne traite pas des sociétés postcoloniales à la dérive, mais des croyances ancestrales, des rites, des magies. La nervosité de son agent, qui vous attend en bas de son immeuble londonien, dans une petite rue de South Kensington, ne fait que confirmer ce que vous saviez: interviewer V.S. Naipaul n'est pas choisi facile.

L 'écrivain britannique à la réputation d' être cassant, irascible, intransigeant, hésitant à ne pas éconduire un journaliste ou à sortir en trombe d 'un plateau de télévision s'il estime les questions «inintéressantes» . Dans son dernier livre, comme en tête à tête, l'homme se dit tout autre. Ce n'est plus la statue du commandeur, mais un Naipaul en proie au doute, consciencieux de la fragilité du monde, qui n'hésite pas à dévoiler ses accords et ses faiblesses.

L'effroyable Monsieur Naipaul est mort

Le Nouvel Observateur. Vous avez consacré plusieurs ouvrages, d'autres critiques, à l'islam. Et maintenant, c'est au tour des croyances africaines. Pourquoi cette attirance pour le fait religieux?

VS. Naipaul. Je m'intéresse aux religions africaines, car je trouve des romantiques. Elles peuvent provenir du commencement des choses. Et, pour moi, ces choses qui viennent du début des choses revêtent une grande importance. Les Gabonais aiment à considérer les arbres de la forêt comme des âmes. Ils leur prêtent un esprit humain. C'est une pensée que je trouve très belle. En revanche, c'est avec beaucoup de mélancolie que je vois la façon dont ils ne traitent pas les animaux qu'ils sont comme démoniaques.

Vous avez sous-titré votre livre la croyance africaine ». Celle-ci n'est-elle pas multiple?

En plus de la taille du continent, il s'agit d'une uniformité des croyances. Cette découverte est pour moi un motif d'étonnement. C'est probablement à voir avec la civilisation bantoue. Mais je ne suis pas allé si loin.

Vos personnages sont en même temps animistes et chrétiens, attachés aux traditions et en plein dans la modernité monde surnaturel …

C'était un point que je voulais souligner. Les gens peuvent être tout cela à la fois. Ils sont tout à fait compatibles avec les différents aspects qui vous permettent, à vous, contradictoires. Cela ne pose pas de problème intellectuel. J'ai par exemple été en contact avec Winnie Mandela à la culture tribale des Xhosas et au culte des ancêtres. Mais cela n'est pas mal à personne. Vous retrouvez la même chose en Inde. Vous pouvez avoir une économie moderne et entretenir des liens étroits avec votre passé.

Sur envoyé, en vous lisant, que c'est un voyage difficile, parfois éprouvant …

Si vous êtes romancier, vous devez continuer à écrire, coûte que coûte. Il fallait que j'accomplisse ce projet. Mais ça a été très difficile. En Afrique, vous ne pouvez pas aller où vous voulez. Il était par exemple hors de question de retourner au Congo, à cause de l'insécurité qui y règne. J'ai renoncé à me rendre en Angola, car je manque de contacts sur place et je ne suis pas content de prendre un avion, de descendre dans un hôtel et de me promener.

J'ai eu des visas, sauf, étrangement, au Ghana et en Côte d'Ivoire. Le gouvernement gabonais, pour une raison qui m'échappe, m'a invité. J'ai été surpris que je reproche à mon livre de donner une mauvaise image de ce pays. Ce n'était pas mon intention.

Avez-vous pris des risques?

Au Gabon, vous êtes confronté aux choses sérieuses, aux sacrifices humains. On m'a clairement indiqué que, pour ce type de sacrifice, vous avez besoin d'être une personne très jeune, soit très vieille, sur le point de rejoindre les ancêtres. Ma femme était terrifiée. Personnellement, je n'ai pas eu peur. Et je ne sais pas pourquoi. Je suppose que vous êtes effrayé si vous partagez cette croyance. Autrement, non.

Comment solid-vous vos voyages?

Lorsque je rends dans un pays avec l'intention d'écrire, j'essaie de n'avoir aucune idée préconçue. Je prends soin d'adopter une position de totale neutralité. J'aime être surpris. Dans un premier temps, je parle beaucoup de gens. Je n'ai pas forcément mon carnet avec moi. J'attends qu'ils disent quelque chose d'intéressant et leur demande alors si je peux les revoir et, cette fois, prendre des notes.

Je veux qu'ils sachent ce que je fais. Lors de la deuxième rencontre, je sais plus ou moins quel tournois va prendre notre conversation et je ne perds pas de temps. J'ai beau ne pas connaître la sténo, je sens en écrivant sous la dictée de quelqu'un que je préserve le rythme de sa voix. C'est important dans mon écriture.

Rencontrez vos interlocuteurs par hasard?

]

Je me laisse porter par le cours des choses. Mais en tant que romancier et voyageant pour mes livres, ce qui peut apparaître comme accidentel n'est pas toujours. C'est la nature du travail. Cette façon de procéder peut se révéler utile. Je n'ai aucune assurance que les gens vont accepter de parler. Certains refus L'exercice peut être frustrant. Cela m'a rencontré alors très en colère.

"Être un rebelle est un idéal respectable": grand entretien avec V. S. Naipaul Travaillez-vous sur un nouveau projet?

Le directeur d'un journal m'a demandé récemment une idée qui me plaît beaucoup. Je la laisse germer dans mon esprit. Je ne préfère pas parler pour ne pas gâcher. Tout ce que je peux vous dire, c'est que ce n'est pas une fiction. Je n'ai pas commencé à travailler dessus. Si je me lance dans ce projet et m'aperçoit que je n'ai rien à dire de neuf, je m'arrêterai d'écrire.

Propos recueillis par Christophe Boltanski

Le masque de l'Afrique par V.S. Naipaul
par Philippe Delamare,
Grasset, 326 p., 19 euros.

V.S. Naipaul, bio express

Né le 17 août 1932 à Trinidad, VIDIADHAR SURAJPRASAD NAIPAUL s'installe en Angleterre à l'âge de 18 ans. Il est l'auteur d'une œuvre remarquable, récompensé par le prix Nobel de littérature en 2001. Il est anobli par la reine Elisabeth II en 1990.
Photo: AGF-REX-SIPA

Source: "Le Nouvel Observateur" du 3 novembre 2011.

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