L’artiste “sextrémiste” qu’on voudrait faire passer pour folle

L’artiste “sextrémiste” qu’on voudrait faire passer pour folle


C'est le 31 août, devant la grotte, que la vierge est apparue. C’était à Lourdes et la vierge, cette fois, était nue. L’image qu'il reste est belle et étrange à la fois.

Devant la foule de fidèles agenouillés devant le sanctuaire, Déborah de Robertis, seulement vêtue d'un voile bleu, se tient immobile, les mains jointes, devant la grotte de Massabielle, juste sous la statue de la Vierge Marie sensée être apparue à la petite paysanne Bernadette Soubirous en 1858. Elle est restée un court moment immobile, le regard fixe, avant d'être pudiquement couvert et transporté, toujours raide, hors du cadre.

Ensuite, pendant plus de quarante minutes, face au mutisme de l’artiste qui a décidé de garder le silence, les policiers ont tenté de contrer à la conduite dans une ambulance. Déborah de Robertis a l’habitude:
"A toutes de mes arrestations, sur tente de me faire passer pour malade ou folle."

La sainte et la sorcière

La jeune vidéaste de 35 ans est encore loin d'être folle. A Lourdes, elle a joué Marie et Marie-Madeleine à la fois, "la vierge et la putain", la sainte et la sorcière.

La vidéo de sa performance se trouve sur un extrait de l'Evangile selon St Luc: "Magnifique le ventre qui t'a porté, Magnifique le sexe qui t'a enfanté", comme pour mieux rappeler que ce n'est que pas le corps de la femme qui est obscène, mais le regard que pose l'Eglise dessus.

Le 19 mai, elle sera jugée à Tarbes pour «exposition sexuelle», un motif de réclamation implicite contre elle:

"Pour les institutions, il s'agit de femmes ou d'artistes, le corps de la femme est toujours sous un régime sexuel et" offensant ", pour mieux comprendre le geste politique et artistique qui est à l'origine. "

"La femme qui boit en observant son sexe"

Déborah de Robert est une artiste singulière et incomprise. Ignorée et grand sous-estimé par le milieu de l’art, elle est encore de plus en plus connue du grand public comme "la femme qui fait le buzz en suivant son sexe".

C’est tout le paradoxe et la difficulté de celle qui interroge depuis quatre ans la place des femmes dans l’histoire de l’art et l’hypocrisie des musées français. Comment be prise au sérieux par ces institutions dès lors que les accusés de censure? Comment rentrant dans les cadres de diffusion traditionnels quand – et cest tout son propos, sur la nécessité de continuer à sortir des cadres justement?

Depuis sa première performance en 2014 au musée d'Orsay où elle rejouait le tableau "L'Origine du Monde" de Gustave Courbet, l'Ave Maria de Schubert en fond sonore, l'artiste n'a pas de cesse de recréer, obsessionnel, des œuvres, bien vivantes celles-là, orgiaques, joyeuses, pour "libérer le modèle et ses représentations" jugées trop lisses et figées.

Strip-teaseuse à l'école

Déborah de Robert est née au Luxembourg en 1984 et a fait ses cours dans une école réputée de l'Ecole de recherche graphique de Bruxelles (erg), une des principales écoles d'art et de design de Belgique Poelvoorde y est passé). Option performances et vidéos. Premier ministre d’État, première polémique: elle se mobilise comme strip-teaseuse dans "un bar à champagne miteux". Puis filme sa prestation, pas du côté des spectateurs, mais de son point de vue à elle, sur scène.

Lorsqu’elle présente le film de son travail à un jury, l’un des professeurs fait un malaise: "Il a voulu sortir de la salle, se sent oppressé". Un autre lui dira:

"Et à part battre des cils, vous savez faire quoi?".

En deuxième année, elle prend la place de la prostituée dans une vitrine de Bruxelles et, GoPro sur la tête, réitère ilpérience. Inversion des rôles regardés-regardant, muse-artiste. "De femme-objet, je suis devenu sexe-pensant et jʻest compris à partir de là que ma nudité était une planque par où regarder le monde sans être vue", résume-t-elle.

L'Origine des hommes ( Deborah De Robertis ) – En mai 2018, lors de sa prestation censurée à l'École nationale supérieure des beaux-arts

Sextrémiste

Depuis, Déborah de Robertis observe, par son sexe déformant, son époque et ses tournées: elle incarne un tour à tour les plus cultes des modèles de l'histoire de la peinture: Olympie de Manet, Vénus de Boticelli, Mona Lisa de Leonard de Vinci, mais aussi les icônes pop Madonna, Lady Gaga ou les Femen.

Ses interprétations dans le langage de l'art féministe des années 70: Valie Export, Andrea Fraser, Carolee Schneemann ou Ana Mendieta sur ses préférences. Telle une Marina Abramovic des années-capitalistes, elle a construit une œuvre à gratter, inclassable et iconoclaste. Et sextrémiste évidemment. Elle dit:

"Le respect des femmes est ce qui laisse entrevoir en général. Ou, moi, je veux que le spectateur se laisse pénétrer par mon regard."

SEXE ET ART. Le réveil des féministes contemporaines

Artiste et militante

Les féministes lui ont donné une voix. Elle a rencontré le journaliste et militante Eloïse Bouton, ex-Femen et première femme condamnée en France en 2014 après avoir mimé un avortement à l’église de la Madeleine, et relaxée depuis.

La philosophe Geneviève Fraisse également qui suit de près son œuvre et dit à son fils est «un corps à regarder».

Déborah de Robertis s'inscrit, à son corps défendant voiture elle "ne costume personne", dans la lignée des artistes-activistes anarchiques du collectif moscovite "Voïna", qui a mimé une organisation dans un musée en 2008, de l 'artiste russe Piotr Pavlensky, placé en détention depuis un après avoir mis le feu à une succursale de la Banque de France, mais aussi des Pussy Riot, d'Oksana Chatko, l'ex-femme récemment disparue ou du performer Steven Cohen qui avait dansé nu, coq en laisse attaché au bout de son fils, devant la tour eiffel en 2013.

"Elle nous a violés"

Depuis 2014, elle est rejouée Monica Bellucci vue par la photographe Bettina Reims, prise en charge de ketchup devant un plat de spaghettis;

elle est incrustée aux arts-déco, en pleine exposition Barbie, perruque blonde et combinaison poilue;

elle a performé devant la Joconde, au Louvre, cuisses largement ouvertes, pendentif des heures durant;

elle a maculé de vrai chante menstruel le portrait "figue, désincarné, sous vitre" de Femen shooté par la même Bettina Reims au Quai Branly;

elle a aussi pissé sur la représentation géante de son invitation aux Arts-Déco dans une forme de 'reconstitution' du 'Dirty Corner' d'Anish Kapoor ('le vagin de la reine') et de la Fontaine de Marcel Duchamps, avant de se faire faire par les organisatrices.

En 2016, elle a surgit en "Barbie contemporaine" au Musée des Arts Décoratifs pour protester contre la "norme Mattel" (Deborah De Robertis, photo Guillaume Belvèze)

Enfin, elle a fait expulser la scène du dernier TedxBruxelles pour son intervention autour de son travail sur la censure dans un colloque consacré à la libération conditionnelle des femmes et à la censure (!).

Une infernale mise en place du sexisme et de l'hypocrisie régnante dans les institutions artistiques, elle se souvient de la réaction d'un artiste d'un label pourtant avant-gardiste, ulcérée par ses performances troublantes les lieux:

"Elle nous a violés."

 Déborah de Robertis au Quai Branly "width =" 620 "/> Le 25 novembre 2017, elle macule de vrai chante le portrait" trop lisse "d'une Femme par Bettina Reims et expose à la Galerie Xippas </p>
<h4> "Ma chatte, mon copyright" </h4>
<p> Dans le dernier clip réalisé à partir de 2017, <a href= Ma Chatte mon Copyrigh «L'accusation de viol est en noir». Veuve ou sorcière, elle danse et tourbillonne, ivre de peinture et de la liberté, accompagnée de la violoniste Maria Poljanic, de la rappeuse MacManu, du rappeur Yaway et de la performeuse Aurore Le Duc.

De sa voix-off envoûtante, elle murmure sans jamais cesser de scruter la caméra:

"C'est moi le tableau, ma scène, mon épopée. Je m'excuse dans les couloirs du Louvre, tout le monde se souvenait de Mona Lisa […] Vierge qui suinte quand la caméra pointe […] Ceci est mon corps, ma plaidoirie, ma prière. "

Amen.

 Marie Vaton "class =" img-profil "/> </figure>
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