Chutes de neige : l’action publique devient obsolète en France

Chutes de neige : l’action publique devient obsolète en France



Par Éric Verhaeghe.

Même Alain Juppé s'est engagé dans le service ferroviaire délivré par la SNCF sous la neige. Pour que l'ancien Premier ministre ose une critique aussi frontale contre une quasi-institution républicaine, il faut vraiment que nous apprêts à toucher le fond. De fait, chaque goulotte de neige, même minime, même prévisible, produit traditionnel qui rappelle l'incapacité de nos services publics à améliorer leur efficacité …

Les chutes de neige et leurs bouchons si prévisibles …

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Eh bien! si (on veut bien l'imaginer) d'interminables réunions doivent avoir lieu chaque année pour les difficultés à venir, aucune décision efficace n'est le prix et la France est toujours désemparée et fragile quand l'hiver arrive.

D'où la sempiternelle redite, et le sempiternel recommencement du même désordre à chaque chute de quelques flocons. D'où le blocage rituel de la plus grande zone d'agglomération d'Europe – l'Ile-de-France, comme si la neige et était exceptionnelle …

On se demande comment font les villes canadiennes ou les scandinaves, de taille bien plus modeste, pour ne pas être paralysée lorsque plusieurs dizaines de centimètres de neige tombent dans une seule fois.

L'inefficacité patente de nos services publics

Chacun pourrait imaginer qu'exception, nos services publics pris au dépourvu dès que la neige se rencontre à tomber. Mais la chute de neige est habituelle au nord de la Loire, et celle qui sévit cette semaine était connue depuis le dimanche. Malgré cette prévisibilité, la N118, artère vitale pour l'Ile-de-France, se retrouve bloquée pour quelques centimètres de neige.

Officiellement, la ministre en attribuant de 15 à 17 sur cet ax sensible. La même ministre explique qu'il a fallu fermer cette route par précaution. Elle ajoute que 70 déneigeuses sont mobilisées dans la nuit.

Mais alors, si le ministre savait que les services ne pouvaient pas intervenir par anticipation, pourquoi ne pas avoir appelé les franciliens à rester chez eux aujourd'hui par précaution, ou pourquoi ne pas avoir déconseillé la voiture? Le sens de la précaution est décidément une notion fluctuante au gré des événements.

En outre, les mauvais esprits soulignent que la bonne méthode pour traiter une couche importante de neige suppose non pas de saler la route, mais de racler la neige avec des chasse-neiges. Pourquoi ceux-ci ne sont-ils pas intervenus sur les axes vitaux dans la soirée? Sur aimerait le savoir.

Les services publics n'ont pas mis en place des mesures efficaces pour assurer la libre circulation sur les grands axes de la ville la plus peuplée d'Europe continentale en cas de chute d'une dizaine de centimètres de neige. On croit rêver, mais c'est pourtant vrai.

L'inefficacité du service public, une plaie française

On n'en finit pas d'égrener l'impressionnante liste des naufrages qui montrent l'incapacité des services publics à faire un usage efficace des 57% de PIB que consomment chaque année.

On parle ici des routes qui se bloquent dès qu'une pellicule de neige les recouvre. On peut aussi parler des services de renseignements qui n'ont pas empêché l'attentat de Saint-Étienne du Rouvray, ou qui ont eu des réactions désastreuses lors de la tragédie de la mort du Bataclan

On pourrait aussi évoquer le cataclysme éducatif, avec des établissements fermés pendant plusieurs mois sans stratégie alternative, des classes privées d'enseignants pendant de longues périodes, et un niveau d'éducation général qui s'effondre.

On pourrait aussi aborder le sujet des hôpitaux publics où la souffrance des personnels trahit un malaise généralisé, malgré un endettement permanent du système sanitaire. On pourrait parler de ces médicaments vitaux qui coûtent trop cher pour être remboursés par la Sécurité sociale . On peut parler de fraudes aux aides sociales devant la Sécurité sociale se croise les bras au nom d'une sensiblerie tout à fait coupable.

En réalité, le service public français, protéiforme, lourd, complexe, n'est plus en mesure d'assumer ses missions fondamentales. Sur un beau que répète l'État, c'est plus moral que le marché, que l'État, c'est l'intérêt général quand l'entreprise c'est le méchant intérêt particulier, une preuve s'imposer en France : l'État ne fonctionne plus.

Problème de moyens ou de problèmes de gestion?

On connaît la pleurnicherie traditionnelle selon laquelle l'État manque de moyens pour ses missions. C'est évidemment une imposture qu'il est facile de démonter la ligne après peu pour qu'on ouvre les yeux en dépassant les cités idéologiques.

L'action publique française est la plus coûteuse de l'OCDE. Avec 57% du PIB recyclé en action publique, les pouvoirs publics français sont les meilleurs du monde industrialisé. Enfait bien, on remarquait d'ailleurs que cette dépense n'a jamais servi aussi à investir et n'a jamais été servi à des frais de fonctionnement.

Certaines sont scandaleuses, comme les salaires des hauts fonctionnaires de Bercy épinglés par la Cour des comptes sans que Bruno Le Maire toujours prompt à donner des leçons de morale aux entreprises , prenne la moindre mesure pour rétablir la légalité dans ses services.

Il serait intéressant que les hauts fonctionnaires en question publient leur fiche de paye. Le buzz qui s'ensuivrait remettrait quelques pendules à l'heure sur le prétendu manque de moyens de l'État.

Le même mot d'ordre pourrait être inscrit à l'Éducation nationale, [traduction] nourrir les castes bureaucratiques dans les rectorats et les administrations centrales. Le même prisme pourrait servir à comprendre le budget des universités, où le nombre d'administrateurs rapportés au nombre d'étudiants est colossal.

Dans tous ces exemples, une certitude apparaît: le gras, l'obèse service public français, est devenu si lourd et si peu agile qu'il n'est plus capable d'assumer ses missions fondamentales. Avec 57% de PIB, il ne parvient pas à délivrer les services pour lesquels il existe.

Non parce qu'il manque le moyen, mais parce qu'il n'est pas managé.

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