“La diplomatie n’est pas un dîner de gala” : mémoires franco-chinois sans gants

“La diplomatie n’est pas un dîner de gala” : mémoires franco-chinois sans gants


Les Mémoires d'ambassadeurs sont un genre convenu, avec ce qu'il faut une audace critique limitée pour ne pas se fermer des portes, et une autojustification destinée à la postérité. Et puis il y a parfois des ouvrages qui sortent du lot, qui a fait un travail historique et analytique utile, bien écrits de surcroît: celui de Claude Martin, qui était un grand diplomate français en Chine et en Europe, appartient incontestablement à la catégorie de seconde.

Mao, "La diplomatie n'est pas un dîner de gala", pour ce qui est de la Chine, et de la marche du monde, de ce livre intimidant de 943 pages, joliment titré en paraphrasant est une lecture recommandée sinon obligatoire; surtout au moment où Xi Jinping se voit accorder un pouvoir illimité pour faire de la Chine la première mondiale

Xi Jinping devient président pour réaliser son rêve "rêve chinois"
Claude Martin a été envoyé en Chine pour la première fois en 1964, peu après la reconnaissance du régime maoïste de Pékin par le général de Gaulle. Il était alors son service militaire, mais avait été repéré par le Quai d'Orsay qui manquait de diplômes maniant le mandarin. Ou le jeune Martin, étudiant à Langues O, apprenait justement cette langue …

Il fréquentera assidûment la Chine pendentif plus d'un demi-siècle, même si était en poste à Paris où à Berlin. Claude Martin est plutôt un genre de clichés à ce métier: amoureux de la Chine "profonde", Claude Martin est plutôt le genre à faire vingt heures de train pour aller voir un temple réputé au cœur du Henan, ou François Deron et Jean Leclerc du Sablon qui figure au Panthéon de la couverture médiatique de l'empire du Milieu.

Il y a certainement les innombrables anecdotes collectées par un diplomate qui a vu défiler les présidents, ministres et courtisans; comme sur Alain Peyrefitte l'homme qui est censé avoir prédit que la Chine allait se réveiller, et ne découvre pas l'abyssale suffisance, et même les noms des diplomates que ce compagnon du général avait mis

Lira aussi avec délice une scène de roman dans lequel Jean Sauvagnargues, ministre des Affaires étrangères de VGE, lors d'un banquet en l'honneur de son homologue chinois de passage à Paris, se rencontre, après quelques verres de trop, à draguer de façon outrancière sa jolie voisine, sans comprendre que c'est la femme du ministre qui lui fait le visage. Le jeune diplomate Claude Martin doit le signaler à son ministre, qui "sursauta" et "se reprit" C'est ça, aussi, le travail d'un diplomate!

Amour déçu

Mais on a retiré en particulier quelques enseignements sur la Chine, et sur la manière de traiter avec elle, au point que nous avons préféré que se concentre sur ce sujet central plutôt que de se disperser avec les aléas d'une carrière diplomatique.

Après un demi-siècle de fréquentation de ce pays, Claude Martin est un amoureux déçu, à l'occasion de l'évolution de ce pays où il a suivi avec passion les transformations, de Mao Zedong à Xi Jinping en passant par le massacre de Tiananmen ne fut pas le témoin direct; déçu aussi par l'incapacité de la France, et de l'Europe, être à la hauteur d'un enjeu ne sur les voit bien, aujourd'hui, qu'il est central pour le monde au XXIe siècle.

"J'ai vu, de mes yeux vus, les chars de Tiananmen reculer sur les cadavres qu'ils ont écrasés"

Ses dernières pages en présument la trace:

"Je livre aux amateurs de diplomatie un regard sur l'action de la France pendentif dans une région du monde de plus en plus important, et où malheureusement notre paie moins d'influence, où sa voix est de moins en moins écoutée.

Je ne reviendrai pas ici sur les raisons de cet effacement, elles ont été assez ressassées au fil des pages qui précèdent: abandon d'une vision multipolaire du monde, fondée sur le respect des souverainetés; impuissance à construire une véritable démarche européenne; incapacité, enfin, dans un pays de plus en plus tourné vers lui-même, sa grandeur passée et son modèle figé, à comprendre 'l'autre' ".

Sur la Chine et Claude Échange des clefs, Claude Martin, quelques-unes des années 1950, 1945, à Paris. Roland Dumas («J'ai représenté un pays qui manque sa liberté» écrit durement Martin), mais aussi de l'état d ' esprit des dirigeants du Parti communiste chinois (PCC).

"Ne cherchez pas à nous changer"

Claude Martin est nommé ambassadeur juste après le massacre de Tiananmen en juin 1989 et la déclaration de François Mitterrand pour un régime qui tire sur sa jeunesse «n'a pas d'avenir». Yang Shangkun, un militaire et pas un tendre, celui-ci le sermonne, il incite le nouvel ambassadeur à bien "expliquer" la Chine à Paris:

"La Chine est engagée dans de grandes réformes, mais sur les principes qui régissent l'ordre de sa société, elle ne changea pas. nous respectez, nous pourrons avoir des rapports d'amitié. "

"Ne cherche pas à nous changer" Cette mise en garde conserve toute sa force près de trente ans et plus tard, alors que la Chine, malgré le jugement de Mitterrand, s'est, non seulement cf. un "avenir" mais est surtout devenu LA puissance émergente du XXIe siècle, sans rien lâcher sur le plan politique. Toutes les théories selon le développement économique et l'économie de marché débouchent automatiquement sur la libéralisation, voire la démocratisation du régime, se sont fracassées sur la muraille de Chine

Claude Martin y at-il cru, qui a vu la Chine passer de la folie maoïste à l'ouverture au monde et au bouillonnement des idées des années 1980, puis à la reprise en gros de Tiananmen et à la tentation totalitaire actuelle?

Ce diplomate hors norme a déjà vu partir en exil plusieurs Chinois singuliers qu'il a connus et appréciés, du militant des droits de l'homme Wei Jingsheng aujourd'hui exilé aux Etats-Unis après avoir passé de longues années en prison pour avoir cru en une «cinquième modernisation», la démocratie, en plus des quatre que proposait Deng Xiaoping; ou Gao Xingjian, le dramaturge et écrivain, récompensé du prix Nobel de littérature en 2000, mais en tant que citoyen … français, pas chinois. Claude Martin était pas pour rien.

Rencontre avec Gao Xingjian

Paul Jean-Ortiz décédé d'un cancer alors qu'il était devenu le conseiller diplomatique de François Hollande, sans feu vert politique – l '"exfiltration" vers la France, via Hong Kong, des dirigeants du mouvement démocratique de la place Tiananmen alors que recherchés par la police …

À l'échelle de l'Europe

Claude Martin, de cette expérience chinoise, entrecoupée de passages aux affaires européennes et de neuf années passées comme ambassadrice en Allemagne, conclut que l'Europe dispose de la taille et du poids suffisants pour établir le bon rapport de forces avec la Chine.

Mais l'Europe, elle aussi, a déçu ce diplomate gaullien, ou sans doute "gaullo-mitterrandien" comme on ne voit pas encore en son temps, qui a vu fossiliser dans les constructions institutionnelles bancales et incapables de gérer un élargissement non maîtrisé. Il a confié dans ses mémoires avoir voté "non" au référendum de 2005, un "non" contre un traité mal ficelé mais pas contre une union qu'il appelle toujours de ses vœux.

L'ancien diplomate doit sourire, aujourd'hui, en entendant Emmanuel Macron, avec un enthousiasme juvénile, à Pékin en promettant un nouveau départ dans les relations franco-chinoises, et s'attaquer au chantier de la relance européenne.

Emmanuel Macron et Angela Merkel vont ensemble à Pékin, au nom de 500 millions d'Européens, parlent d'égal à égal avec un pays qui sa taille, son histoire, et aujourd'hui son dirigeant, ne présage pas à respecter les "petits" et les "faibles". Ce jour n'est pas encore arrivé.

Pierre Haski

Claude Martin, "La diplomatie n'est pas un dîner de gala", éd. L'aube, 943 pages, 29,90 euros.

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