“Nous sommes tous indésirables” : que s’est-il vraiment passé aux Beaux-Arts en 68 ?

“Nous sommes tous indésirables” : que s’est-il vraiment passé aux Beaux-Arts en 68 ?


Une image saisit le regard porte d'entrée: un film est projeté sur une toile. Sur fond de sifflement joyeux, des images de Paris défilent. Le Paris en lutte, le Paris de Mai-68. Un groupe de CRS surgit, en plan serré. Une voix off féminine égrène des revendications d'émancipation. La répression est filmée, le cadre est posé.

C'est par ces images de Philippe Garrel que s'ouvre l'exposition organisée aux Beaux-Arts de Paris à l'occasion du cinquantenaire de Mai-68. Jusqu'au 20 mai 2018, «Images en Lutte, une culture visuelle de l'extrême gauche en France (1968-1974)» propose des affiches célèbres et moins célèbres imaginées par les étudiants en arts dans le feu de l'action: «La chienlit c'est lui» «Ne pas avaler» «Grève illimitée» ou encore «Nous sommes tous indésirables»

Gérard Julien / AFP

D'emblée, un détail intrigue: certaines pièces sont extraites de collections privées, d'autres documents d'archives nationales, et notamment de saisies policières. C'est que, les manifestations et les grèves, les étudiants des Beaux-Arts ne sont pas contents de peindre l'événement. Ils ont aussi participé, en occupant leur école pendentif six semaines. Un mois et demi d'effervescence artistique et politique: c'est l'aventure de l'Atelier Populaire des Beaux-Arts.

Mai-68: les ouvriers et les étudiants étaient sous la matraque

Lits de camp et infirmerie

Un frisson saisit dans la salle où sont rassemblés les vestiges de la période. Occuper un lieu d'enseignement, ce n'est pas une mince. Ce sont les étudiants de Nanterre qui ont inventé cette forme militante, du 22 mars, ont envahi leur université pour protester contre l'organisation archaïque des études. Occuper une fac? En faire un lieu de lutte et de revendications? L'idée circule aussitôt, rencontre le feu aux esprits, suscite des vocations. Le 8 mai, les étudiants des Beaux-Arts se sentent en grève; le 14, à midi, le Comité de la grève provisoire lance l'occupation.

Tout va très vite. Une trentaine d'étudiants – maoïstes et libertaires – transforment les bâtiments de l'administration en dortoirs, avec lits de camp et infirmerie en cas de descente de flics. L '«École des Beaux-Arts», cet intitulé intitulé «L'Académie des Sciences», «L'Atelier populaire», comme un lieu où l'on fabrique en commun et pour le peuple

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Gérard Julien / AFP

Des problèmes techniques se suivent vite. Dans l'atelier du rez-de-chaussée, sur pratiquait la lithographie, qui permet de reproduire des dessins à l'aide d'une pierre calcaire. Mais le procédé est fastidieux: pas plus d'une trentaine d'exemplaires dans une après-midi! Dès le 15 mai 1968, le peintre Guy Rougemont installe une sérigraphie, qu'il a vu à l'œuvre à New York dans la Factory d'Andy Warhol. Utilisation de pochoirs de soie, de papiers et de cartons, la méthode pour la production d'affiches de l'Atelier Populaire

C'est cette production que reconstitue l'exposition. La première affiche, datée du 14 mai (en lithographie donc), est emblématique. Trois mots au pochoir, «Usines, Universités, Union» en lettres irrégulières, se détachent en blanc sur fond noir. La sobriété maximale et explosive, pour montrer l'enjeu de ces journées historiques: la solidarité entre les étudiants et les ouvriers, deux mondes que les pouvoirs ont établis, le gouvernement au PCF, tentent de séparer

Violences policières, individualisme, étudiants … Et si on arrêtait avec les clichés sur Mai-68?

"Nous sommes tous indésirables"

Refusant cette coupure artificielle, l'Atelier Populaire prend part à chaque lutte, chaque occupation, chaque grève, créant, dupliquant, collant des affiches dans tout Paris. Parfois, les grévistes viennent eux-mêmes en faire la demande. L'occupation prend fin le 27 juin, avec l'arrivée de la police. Prévenus, les artistes ont été retirés du matériel incriminant.

De cette aventure, il reste donc ces affiches. Les historiens Philippe Artières et Eric de Chassey, co-commissaires de l'exposition en rassemblé une centaine, avec leurs slogans parfois touchants, souvent drôles, toujours critiques: «Nous sommes le pouvoir» avec la silhouette le point levé, «A bas les cadences infernales» illustré par un réveil fébrile, ou «Solidarité avec les marins pêcheurs» qui montre sous le slogan une bitte d'amarrage entourée d'une puissante corde marine.

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Daniel Cohn-Bendit, hagard, avec cette phrase «Nous sommes tous indésirables» . L'idée que certains ont pas leur place dans le monde social, on va justement la retrouver, comme un fil rouge, dans la deuxième partie de l'exposition, pour les années contestataires, de l'après-68 'en 1974.

Gérard Julien / AFP

Cette partie, qui occupe tout le premier étage, montre des peintures et sculptures réalisées par des artistes liés aux Beaux-arts, des tracts, des extraits de journaux («L'Enragé», «Tout», «La Gueule ouverte»). »,« L'Antinorme »); des BD, des photos, etc. Toutes racontent des rapports de domination, d'oppression, d'aliénation. Toutes décrivent un système où il y a ceux qui occupent les bonnes places et ceux qui ne veulent pas entendre parler, qu'on ne veut pas: les «indésirables».

Overney par Fromanger

«Indésirables», les 16 mineurs tués dans le coup de grisou de Fouquière-Lez-Lens en 1970 sous le regard indifférent de leur patron et peints par Gilles Aillaud dans «Réalité quotidienne des travailleurs de la mine»

«Indésirables», les activités politiques dans l'usine, à l'image de Pierre Overney, le militant de la gauche prolétarienne, assassiné en 1972 aux portes de Renault, et Gérard Fromanger consacre une toile étrangement pointilliste, colorée, entreprendre un corps sur le sol.

«Indésirables», les femmes qui représentent la moitié de la population et qui se trouvent sous le patriarcat à travers l'injonction aux normes de beauté. Annette Messager en fait un montage photos, «Les tortures volontaires». Le MLAC (Mouvement pour la liberté de la contraception) mène la bataille contre l'injonction à la maternité. Et un certain André Bertrand combattra à sa façon l'obligation d'avoir une vie sexuelle:

Je préfère moi masturber que de coucher avec un militant », dit sa ronéotypie.

«Indésirables», les travailleurs immigrés, les sous-payés et les mal-logés, les homosexuels qui ne respectent pas la norme sexuelle hétérosexuelle, bourgeoise et catholique, les prisonniers, les jeunes, les anormaux …

Gérard Julien / AFP

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Tout au long des années contestataires, des rencontres politiques se tenaient régulièrement aux Beaux-Arts, avec des étudiants de l'école et des militants venus de partout. En 1974, l'administration décida d'interdire les locaux pour un autre choix que les cours et l'aide de la police. Un tour, les étudiants devenaient au sein de leur propre école.

Elsa Pradier

Images en lutte,
La culture visuelle de l'extrême gauche
en France (1968-1974),

Beaux-Arts de Paris,
13, quai Malaquais, Paris-VIe
Jusqu'au 20 mai 2018.

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