La France insoumise et LREM sont-ils si différents des partis traditionnels ?

La France insoumise et LREM sont-ils si différents des partis traditionnels ?


Près d'un après l'élection d'Emmanuel Macron, le parti socialiste peine à se reconstruire et le parti Les Républicains est très divisé . En face, La République en Marche et La France insoumise affichent leur bonne santé. Peut-on dire que ces mouvements, nouveaux-nés du paysage politique français, ont réussi leur entreprise de rupture avec les partis traditionnels? Analyser avec le sociologue Michel Offerlé, co-directeur aux éditions Belin de la collection "Socio-Histoires" avec Gérard Noiriel, et la collection "Sociologiquement" avec Gérard Mauger. Il est l'auteur, entre autres, de " Patrons en France" (La Découverte, 2017)

Le Parti socialiste est en crise, mais il n'est pas le seul! Les partis politiques traditionnels sont-ils périmés, une forme partisane inadaptée à notre époque?

C'est une sorte de lieu commun de dire que les partis politiques sont des structures dépassées. Mais cette litanie n'est pas nouvelle. Partant de l'élargissement du droit de vote ou de l'adoption du suffrage universel, les partis politiques ont été stigmatisés comme intermédiaires passant le monopole de la représentation sur le dos des «bons» citoyens. Et cette dénonciation est pérenne, avec un nuancier allant de «Tous pareils tous pourris» aux variations philosophiques sur les apories de la représentation. Qu'il s'agisse de la dénonciation de la partitocratie ou du régime des partis, ou de manière plus contemporaine de la dénonciation de la professionnalisation politique, dont les partis politiques sont les desservants.

Le Parti socialiste peut-il mourir pour de bon?

Il est nécessaire de procéder à un rappel des instruments de la démocratisation de la société et de la politique. Ils ont permis d'intéresser les nouveaux citoyens dans tous les sens du terme, et de canaliser vers le vote; et le vote reste l'instrument de légitimation de la domination politique démocratique. Il a permis, grâce aux ressources que donne un parti politique, de faire émerger des élites alternatives et d'inscrire à l'agenda politique de nouvelles questions, notamment sociales.

Dénoncer les partis en général risque d'aboutir à la confusion. Il s'agit d'un moyen de représentation sociale, sur les formes de production partisane, sur leurs modes de fonctionnement, ou leur contribution à l'animation du débat politique. Souhaite-t-on en France, CDU-CSU / SPD soit reconduite après les congrès, réunions, rédaction d'un Accord programmatique détaillé (150 pages pour approuver la Grosse Koalition) et enfin vote des 463.723 adhérents inscrits du SPD (78,39% de participation, le Oui emportant 239 604 suffrages)?

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Des formations comme La France insoumise ou La République en marche revendiquer une rupture avec la forme traditionnelle des partis politiques. Est-ce le cas?

Il n'y a pas eu en France de théorisation de la crise des partis politiques. Certains partisans tentent de se présenter comme des partis pas comme les autres, des organisations dans les principes démocratiques, qui sont liés par l'attachement au pouvoir. Le PSU d'abord, puis les écologistes ont été les parangons de cette hyper démocratique interne, qui n'a pas empêché les pires pratiques manœuvres et qui a conduit ces partis au pilori médiatique – quand les écolos vont-ils devenir un "vrai parti "?.

Les autres pratiques de la démocratisation (Introduction of networks formula and participative, activation of networks networks and appeal to the horizontality, opening of part of elections) a été utilisé avec des résultats très mitigés. LREM et LFI sont des entreprises de réformation en pratique de cette crise, Génération-s de Benoît Hamon.

Le jeu actuel consiste à définir et à imposer l'idée qu'il ne s'agit pas de partis politiques. L'imagination métaphorique peut être débridée, ainsi Jean-Luc Mélenchon at-il défini LFI en octobre comme un mouvement – surtout pas un parti – "ni vertical, ni horizontal, il est gazeux, c'est-à-dire que les points se connecter de façon transversale: on peut avoir un bout de sommet, un bout de base, un bout de base qui devient un sommet … "Manuel Bompard en fait" une forme de coordination et d'animation polycentrique et collective ".

Pour Aurélien Taché, LREM est "horizontal, adaptatif, liquide", et Bruno Bonnell un plus récemment stylisé ainsi que son mouvement: "En Marche! A proposé une ordonnée conservateurs-progressistes, orthogonale à l'abscisse traditionnelle droite-gauche, Il est donc possible d'être progressistes ou conservateurs tout en se définissant de droite ou de gauche! " Il poursuit:

"Progressivement, nous aurons dans les mois à venir une représentation nouvelle du champ politique qui ne se résumera plus par des curseurs sur une ligne mais sera représentée par des espaces sur un plan."

Ces entreprises de labellisation pour se démarquer des formations traditionnelles dénoncées comme sclérosées, oligarchiques et apathiques ne sont pas sans effet (démodé symboliquement les autres) et ne sont pas limitées à elles-mêmes (coup communicationnel ou stratégie de distinction). ]

Pour signifier leurs différences, LREM et LFI se sont engagées dans les politiques d'équipement politique réunissant tout à la fois des technologies et des moyens de communication avec le public et dans l'entre-soi qui ont été inaugurées ailleurs (par Barack Obama, par le Mouvement 5 Etoiles en Italie par Podemos en Espagne): porte-à-porte rencontres avec hologramme usage multiple des réseaux sociaux, production d'information non médiatisée par les supports des médias traditionnels). Il faut juger sur le long terme la profondeur du renouvellement sur trois aspects des répertoires de l'action partisane.

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Quels sont-ils, ces modes d'action partisane?

Avec des différences importantes selon l'une ou l'autre de ces formations, il s'agit de réintégrer dans les partis politiques un certain nombre d'activités qui ont disparu ou ont été externalisées. Emmanuel Macron a été formulé dans "Révolution":

"Pour revivifier les partis, il faut qu'ils retrouvent leur raison d'être: ancien, réfléchir et proposer."

Premier point: ces nouveaux partis revendiquant des lieux de formation de leurs adhérents-clic virtuels (392.000 LREM et 550.000 revendiqués LFI).

Les marcheurs peuvent bénéficier en ligne d'un accès aux moeurs et au "microlearning" – l'anglicisme dans un mouvement traversé par les références communicationnelles et entrepreneuriales -, qui comporte des leçons de 8 minutes consacrées à des sujets d'actualité (par exemple comprendre la mécanique budgétaire).

À LFI, il s'agit d'aider les militants à développer leur argumentation et leur action militante. Au plan national sur la renoue avec la tradition des universités populaires de la fin du XIXe siècle, de l'éducation populaire et des écoles de formation du mouvement ouvrier, qui n'existent plus actuellement dans les organisations syndicales. Une école de formation à même été créée avec cours, "tutos" (vidéos de formation militante) et index des formations disponibles. Il s'agit de promouvoir "l'auto-organisation".

Deuxième volet du changement de l'action partisane?

Le deuxième aspect est le transformateur de l'activité des adhérents, à qui l'on ne demande pas d'avoir la même forme d'engagement. À LREM, sur une reprise de la formule du sociologue Jacques Ion, ou bien en langage marketing «du snacking politique», comme consommation nomade.

À LFI on dit chercher "à trouver une modalité d'organisation collective, qui permette la participation des Insoumis aux décisions d'orientations stratégiques, sans pour s'auto structurer comme une organisation politique traditionnelle.

Cela implique, encore des modalités et des significations différentes, de réenraciner le parti dans les terreaux sociaux, dans les associations et dans les services concrets rendus. De renouer avec les grands classiques de la social-démocratie, du communisme ou de la démocratie-chrétienne, voire de manière contemporaine avec les partis islamistes type Ennahdha ou le Hezbollah. De réimplanter le parti dans la société (ou inversement), sans tomber dans l'accusation de clientélisme, de la récupération politique, de substitution au travail caritatif à l'égard des citoyens plus fragiles – le sachant qu'il faut réinsérer dans le débat politique ces personnes qui sont des réfugiées dans le dégoût et l'abstention.

Le mot d'ordre de faire un mouvement "de services" retissant du lien social à décline à LREM par des "projets citoyens", inégalement suivis (les pages sur le site disent souvent "aucune action prévue pour le moment") , qui consistait à trouver des étapes, monter une opération rue propre, élaborer des circuits courts pour la cantine, fournir une aide numérique, voire un "Je t'invite chez moi". L'appel à «agir près de chez moi» est donc un mot d'ordre de la diversification dans les 4.000 comités locaux qui dit compter LREM.

Les marcheurs sont périodiquement et sur leur compte En Marche! un compte-rendu de leur activisme partisan. Il est préférable d'importer dans la politique des formules et des technologies managériales à l'Assemblée, que dans les ministères et dans le parti.

La base militante de LFI est sur ces points plus susceptibles d'investir ce type de travail social que celui de LREM, eu égard à ses dispositions militantes plus constituées. Il s'agit aussi de réinsérer le débat politique au sein du parti et de faire vivre par des «cogitations citoyennes», par des incitations à répondre à des questionnaires, à se manifester sur des plates-formes participatives ou à lancer des initiatives par des Réseaux sociaux ou dans les 5.000 petits groupes locaux de revendiqués, dits groupes d'action (limité à 12 personnes à LFI pour permettre, est-il dit, la prise de parole). Là encore, outre la votation citoyenne sur le nucléaire ou l'opération "j'ai mal au train, marche arrière" à Bagnols-sur-Cèze (Gard), pour défendre de façon ludique le statut des cheminots, il faut faire une enquête plus approfondie.

Et le troisième aspect?

Le troisième point est la réintégration et une réappropriation de l'activité programmatique dans le parti, avec un appel au débat permanent dans LFI, et la création annoncée d'une boîte aux idées dénommées Atelier des idées dans LREM. Affaire à suivre, car l'imposition d'un programme par en haut jusqu'à présent plutôt que la règle, notamment à LREM.

Il faut effectivement que ces formations "mouvementsistes" sont marquées par le rôle du chef, par une très forte verticalité et une démocratie interne toute relative …

Une partie de l'entourage de Jean-Luc Mélenchon et d'Emmanuel Macron vient le vieux monde et ont fait leurs armes dans les jeux d'appareils du PS et de ses prolongements. La question du pouvoir se pose dans les deux formations. Il s'agit de deux formations regroupées autour de deux hommes qui déposent chacun d'un capital politique en rapport avec ceux qui ont été enrôlés dans leur entreprise. C'est d'abord autour d'une marque déposée que s'est fait le rassemblement, JLM et EM (dans ce dernier cas le nom est devenu l'acronyme du mouvement). Tous les deux ont revendiqué pourtant l'ouverture sur la démocratie participative, au point que sur un styliser ces mobilisations par une formule sans doute trop lapidaire: un chef + Internet.

Dans le cas de la LFI, le côté "gazeux" revendiqué se manifeste par une parole centrale très forte et très dupliquée et par l'appel à une activité vibrionnante de militants à l'usage du label au quotidien. Même après deux ans d'existence (la «marque verbale» a été déposée à l'Inpi en juin 2016), le parti n'a toujours pas d'organigramme ni d'état. Lors des votes pour la convention de Clermont-Ferrand, 70.000 votants ont été recensés et l'on ne sait pas commenter les délégués "tirés au sort" (1945-19910)

Dans le cas de LREM, il y a eu une forme d'institutionnalisation par une formalité statutaire (ils sont disponibles en ligne avec une participation de 72.000 marcheurs (90,6% de oui), et ont suscité quelques protestations de la part de mouvementistes frustrés au vu de leur mobilisation.

LREM comme mouvement rencontre deux contradictions. Il s'agit d'une structure partisane très verticale et traditionnelle avec un délégué général (le terme à son importance) désigné par l'Élysée. Et this structure that arbore the colors of the policy participative and collaborative is not made, as all parti "du président". À moins que ne se réinvente ce couple, qui est alors de LREM la boîte à idées et la structure du contrôle citoyen du mandat présidentiel.

Après l'élection présidentielle, vous posiez la question de savoir si la France insoumise et LREM étaient des mouvements éphémères, si allaient se transformer en partis politiques comme les autres, ou inventer une nouvelle forme de mobilisation partane durable. Presqu'un plus tard, y voyez-vous plus clair? Commentaire analysez-vous leurs évolutions?

Ces deux mouvements s'installent dans le moyen terme, s'institutionnalisent pour continuer à soutenir l'action de leurs démiurges et à restructurer l'espace politique français: ils ont réussi sur ces deux points. Temporairement?

Deux questions importantes se se poser. D'une partie la question financière. Ces trois nouveaux partis qui ont été embauchés (80 permanents rue Sainte-Anne pour LREM). Commenter cette manne sera-t-elle gérée et répartie?

Seconde échéance, elections elections (europeans, then locales) qui peut renforcer ou amender les résultats de 2017. La tentation de la professionnalisation politique, avec ses cortèges de recherche de mandats locaux, de création à LREM de micro-parti pour le financement d'activités autonomes, s'imposera-t-elle à des mouvementsistes qui, surtout à LREM prétendent casser le monopole de représentation pérenne? Se réjouir de ses volontairement ou de ses activités, pour une partie non négligeable d'entre eux, leurs entreprises? Et Emmanuel Macron, après un éventuel second mandat, que fera-t-il à 50 ans, fin 2027? Les idées d'une Grande Marche européenne sont-elles faites florès?

Propos recueillis par Baptiste Legrand

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