Tricher avec la carte scolaire ? Parents, vous pouvez faire autrement !

Tricher avec la carte scolaire ? Parents, vous pouvez faire autrement !


"Paris, ville de ségrégation". Le propos est fort, presque provocateur, et sur le doit à … Gilles Pécout, recteur de l'académie, un homme extrêmement urbain, spécialiste de l'histoire italienne, faisant preuve en toute occasion d'une tempérance de sénateur romain. Oui, Paris est une ville d'apartheid, c'est dur à admettre, mais c'est une réalité.

Dans tous les quartiers de la capitale, le melting-pot culturel et social ne sont pas si fiers les Parisiens se transformer – dans la sphère scolaire – dans une mosaïque complexe d'écoles blanches, noires, ou plus ou moins métissées. Dans les écoles à dominante noire, qui est susceptible d'être plus socialement et scolairement défavorisé, les parents blancs, de gauche, se rencontrant confrontés à un choix cornélien: leur principes de scolarisant leur rejeton dans l'établissement du quartier, ou suivre la grande majorité de leurs pairs qui font face au choix du privé.

Cette grande anxiété scolaire n'est pas ressenti: c'est une statistique brute. Paris a beau s'embourgeoiser encore et toujours, la ségrégation sociale entre les collèges reste à des niveaux records – pour la France et même au regard de nos voisins européens. Comme le montre le chercheur Julien Grenet, proche de Thomas Piketty, cette situation est due aux inégalités territoriales à la capitale – tous les quartiers ne sont pas mélangés -, mais aussi au poids de l'enseignement confessionnel , à la fois pléthorique (35% des collégiens et des scolarisés, contre 20% sur le reste du territoire et … 14% à New York) et très marqués sociologiquement (72% d'enfants "très favorisés" pour … 3% d ' enfants "défavorisés"). Voilà qui permet un contournement aisé des collèges de secteur.

En ségréguant son public, Paris opère par ailleurs un tri scolaire sans pitié: d'un côté une multitude de collèges excellents – majoritairement privés – dépassant les 95% de réussite au brevet, de l'autre une bonne trentaine – tous publics – fluctuant entre 50 et 75%, bien en-deçà des moyennes nationales, dont l'état est dégradé par les enseignants et les principaux venus de la Seine-Saint-Denis ou des quartiers nord de Marseille

Les parents ou l'art de l'évitement

Longtemps cette réalité a été poliment tue. Ou banalisée par les Parisiens qui la critique, et la toujours, comme une sorte de folklore local. Elle n'étonnait plus que les idéalistes, les naïfs et les provinciaux montés depuis peu dans la capitale. Najat Vallaud-Belkacem et son directeur de cabinet Olivier Noblecourt, deux enfants de la laïque, ont décidé de prendre le taureau par les cornes. Considérant que la ségrégation – et la tentation séparatiste des classes aisées et sous-tend – sont, certes, des questions très parisiennes. Les femmes sont majoritairement concentrées dans la capitale, elles constituent une maladie propre à contaminer l'ensemble du corps social

"Les élites sont des coupées du reste de la population"

Dans ces affaires de mixité, on s'intéresse beaucoup aux parents, essentiellement pour les culpabiliser. Non sans raisons. Comme le souligne le recteur Pécout, le "Parisien n'est guère raisonnable". A l'ouest, il est traditionnellement attaché au privé par conviction religieuse, ou, plus souvent, par attachement atavique à l'entre-bourgeois. Au centre et à l'est, il dégage volontiers ses principes généreux, mais les retombent aussi rapidement, après sa progéniture se rapproche du cap anxiogène de l'entrée au collège.

Quand une famille "contourneuse" reste payée au public, cela donne des stratégies inattendues, sinon farfelues: achat d'une chambre de bonne à proximité d'un collège d'élite pour sécuriser la scolarité de Léandre, vrais Léa chez sa tante (monsieur ayant supposément quitté le domicile familial pour être hébergé par sa soeur) ou encore l'inscription de Léo – raide comme un piquet – en section danse dans le collège et privilégié d'à côté.

Ces drôles de circonvolutions se nourrissent bien souvent de la peur: la peur des violences, la peur du harcèlement, la peur du «grand noir» qui s'exprime avec plus ou moins de pudeur dans les réunions de parents d'élèves. Mais aussi, il faut l'avouer, d'une volonté de distinction sociale. Dans une ville-monde, où l'éducation nationale permet d'étudier le japonais en première langue ou d'apprendre le théâtre avec des professionnels du conservatoire, ne pas profiter de la filière d'excellence une perte de chance. Et c'est ainsi que les mécanismes de la ségrégation parviennent à se mettre en place dans les quartiers les roupies de la rive gauche, certains établissements d'élite de l'hyper-centre parisien réussissant à conserver une sociologie semblable à celle de leur quartier . Voire à aspirer des bataillons de "dérogés", comme le fameux collège Henri IV qui, bien que sectorisé, voit chaque matin un ballet de berlines déposer des élèves à ses portes.

L'état trop prudent

Voilà pour les Parisiens. Et leur "dinguerie" si facile à moquer. N'en jetons plus. Car il faut rendre à César ce qui lui appartient. Dans les mécanismes de ségrégation, la responsabilité des familles n'est pas seule engagée. Depuis des années, l'Education nationale sert la même antienne. La mixité sociale est un bien pour tous. Les gains qui retirent les plus défavorisés dépassent ce qu'auraient pu gagner – scolairement – les plus favorisés en restant entre eux. Mieux, des enfants favorisés ne prendraient aucun risque – bien au contraire – à fréquenter un collège de secteur, tant leur succès futur est avant tout vendu par le capital culturel de leurs parents.

Philosophiquement, le discours est irréprochable. Mais, dans les faits, il est inopérant. Le chercheur Julien Grenet le reconnaît lui-même: tout normalien qu'il est, il ne mettrait pas son enfant dans un collège 70% d'élèves défavorisés et 55% de réussite au brevet des collèges.

"Un moment c'est la puissance publique pour que la proposition soit acceptable aux parents."

Dans la saison 2 de la série «Baron noir» sur Canal +, la jeune présidente Dorandeu, sorte de décalque d'Emmanuel Macron au féminin, voit son pouvoir dirigé par un collectif de parents d'élèves occupant le collège-ghetto de leurs enfants. La disloquée tente de refaire son unité dans la principale revendication du collectif: un référendum d'initiative populaire visant à instaurer un quota de plus ou moins 25% d'élèves d'origine étrangère dans chaque établissement, qu'ils soient publics ou privé.

Dans la vraie vie, on n'en est pas là. Le PS, sur ce dossier comme sur bien d'autres, est incapable de trouver une ligne. Najat Vallaud-Belkacem, on a dit, a pris des risques: en l'occurrence, elle a opéré la fusion partielle des collèges du 18 e à la sociologie opposée. Mais cela lui vaut la peine des coups de fils inquiets de Matignon et de l'Elysée. Et une jacquerie de profs et de parents d'élèves, soutenu par la gauche radicale – de la France insoumise – pour qui les questions de la mixité ne peuvent être traitées au niveau national par une politique de coercition à l'encontre du privé. Prise en sandwich, Anne Hidalgo, elle, n'a pas endossé le projet que du bout des lèvres, refilant la patate chaude aux maires d'arrondissement, qui à l'exception des maires du 18 e et du 19 e ont aimé précis.

Un an plus tard, cette politique porte pourtant ses fruits. Des parents ont découvert que, dans des classes parfaitement mêlées, tous les enfants, leur niveau et leurs origines, s'épanouir. Et des gamins se sont rencontrés – souvent pour la première fois. Constatant que leurs différences de mentalité ou de centres d'intérêt ne s'empêche pas de vivre ensemble, voire de se lier d'amitié.

Dans le privé et au lycée: le tri social

Sortir de l'apartheid est donc possible. Cela demande juste une – très grosse – dose de courage politique. D'autant que les mécanismes ségrégatifs à Paris ne sont pas contingents. Ils sont enkystés dans les structures mêmes du système scolaire. Il y a d'abord la question du privé. Qui, compte tenu des financements massifs qu'il reçoit, et de sa sociologie très déséquilibrée, contribue à mettre en place un système contre-redistributif, où l'argent public finance les études des plus aisés. Najat Vallaud-Belkacem a tenté timidement de mettre la contribution. Mais "c'était la fin de la présidence Hollande, Fillon était au plus haut, on n'était pas en position d'imposer quoi que ce soit", se souvient un membre du cabinet.

Pourtant à la direction diocésaine comme au secrétariat général de l'enseignement catholique, la situation dérange: elle donne une image peu évangélique de l'école libre et masque les efforts – les faits réels – de mélange fait en province ou en banlieue. La sacro-sainte liberté de recrutement des établissements reste une ligne rouge à ne pas franchir, mais sur envoyé les esprits réceptifs à un grand aggiornamento, si moins de l'état en fait la demande et pousse dans ce sens …

Carte scolaire à Paris: "Le grand soir de la mixité sociale, je n'y crois pas"

Le deuxième verrou est celui du lycée. Car, favorablement and its favourables and favourable favorities and favourable favorities and favourable grants of the favorities and favourites of the best of the curriculaires. Bref, le trio social qui s'opère discrètement en 6 e n'est qu'un avant-goût de ce qui se pratique à l'entrée du lycée.

Beaucoup de cadres de l'éducation nationale refusent d'ailleurs de jeter la pierre aux parents "contourneurs" qu'eux-mêmes ont souvent été. Ainsi de Marie Galère, la principale du collège Antoine-Coysevox, le «bon» établissement du 18 e qui a vu ses 6 e et les 3 e "fusionnées" avec celles du trublion Hector-Berlioz. Ses enseignants ont très mal vécu la mise en place au forceps de l'expérimentation. Et les effectifs, dans les trois niveaux qui lui restent (les 3 et sont partis à Berlioz), ont tout de même fondu de 20%.

"On parle de réussite pour tous, de conscience citoyenne, mais le projet implicite du secondaire à Paris est bien de créer une élite pour le pays. fonction. "

Discrimination positive?

Le système parisien, de fait, est si darwinien qu'il existe une contrainte le rectorat depuis le début des années 2010 – mettre en place – discrètement – des dispositifs de discrimination positive à l'américaine qui, voulant bien faire, ne font que brouiller le paysage.

D'un côté, les boursiers – les moins ceux qui sont envoyés dans la voie professionnelle – ont fourni un bonus à l'obtention d'une certaine manière au lycée de leur choix.

De l'autre, les enfants des catégories moyennes et supérieures peuvent obtenir des notes excellentes pour ne pas atterrir dans des établissements-poubelle, siégeant dans les deux districts – l'est le nord – où se concentrent la plupart des élèves défavorisés.

Entre les deux, une nouvelle catégorie: les non-boursiers passés par les collèges populaires classés en éducation prioritaire, récompensant leur comportement citoyen, bénéficient d'un mini-bonus à partir de l'année prochaine. Et accessible aussi facilement à un établissement relativement bien placé. Bonjour, la simplicité!

"Ces histoires de hiérarchisation des lycées et de bonus pour les gens complètement fous", dit Jean-Jacques Renard, le responsable du secondaire au FCPE-Paris.
"Comment reprographier aux CSP + de chercher à contourner.

Le mécène du FCPE milite pour une mixité scolaire stricte, et non pas sociale. «Un tiers de bons élèves, un tiers de moyens, et un tiers d'élèves et de fragiles … Ce serait peut-être la fin des lycées d'excellence, mais ce serait aussi la fin des ghettos, et en définitive, nous aurions une sociologie proche de celle de la majorité des lycées provinciaux. "

Le modèle Turgot

Une utopie? Pas si sûr. Depuis trois ans, l'établissement le plus demandé de l'académie de Paris n'est pas l'un des quatre lycées historiques établis par Napoléon. C'est le lycée Turgot, une ancienne école municipale supérieure pilotée par un ex-directeur d'école, Christophe Barrand. «A-demi moine soldat et à demi-manager à l'américaine», comme sur le qualificatif au rectorat, M. Barrand un punaisé sur la porte de son établissement et sur celui de son bureau un feuillet A4 qui indiquent clairement la couleur:

"La mission de l'école est d'assurer la réussite de tous les élèves et la promotion de toutes les formes d'intelligence."

Son modèle, Barrand le trouve du côté des pays nordiques "qui ne peut être formé à la fois par des bêtes à concours, mais parvient à diplômer la quasi-totalité d'une génération à un niveau plus sérieux que le brevet des collèges ". La pédagogie à Turgot n'a rien de particulièrement décoiffant. Mais les profs font des heures pour assurer le soutien scolaire, les élèves plus les bosseurs peuvent éliminer les salles de cours jusqu'à 22 heures, et surtout la classe de seconde fait l'objet de toutes les attentions: pas plus de 24 élèves contre 38 ailleurs, et un redoublement facilement accordé si l'élève a besoin de temps pour s'adapter aux exigences du lycée.

Il faut croire que cela marche. Avec l'un des meilleurs taux de réussite de la capitale, et sur le nombre de bacheliers aux élèves présente en seconde, Turgot est bien devenu un secondaire à Paris. Alors que les lycées parisiens atteignent des niveaux records de ségrégation – la répartition raciale noirs-blancs étant accentués par le clivage entre lycées généraux et professionnels – la cour de l'établissement offrent l'image irénique d'une publicité United Colors de Benetton mélangeant les classes sociales et les couleurs.

On y trouve beaucoup de boursiers en quête d'un environnement accueillant. Mais aussi une frange croissante d'enfants de CSP +, qui refuse le jeu de la concurrence scolaire. Comme ces deux lycéens de Henri IV qui a commencé à écrire à M. Barrand pour demander une place en 1ère S, n'en pouvant plus de la «pression» dans l'établissement d'élite du quartier latin

Le proviseur veut voir dans ces deux lettres un signe d'espoir. Celui d'une transformation lente des mentalités. La forteresse élitiste parisienne n'est pas inébranlable. Mais à supposer que la génération 2000 ait un rapport différent à ses études, il pourrait tout même des années pour saper ses fondements.

A moins qu'une impulsion politique active les choses. Sur un vu Jean-Michel Blanquer à ce propos. L'ancien élève du lycée Stanislas, en bon Parisien, regarde le sujet avec un peu de distance – "Il faut admettre que la capitale, d'un point de vue scolaire, est un monde à part." En bon libéral, il n'est guère friand d'une politique interventionniste sur la carte scolaire. En bon conservateur, il est attaché à la tradition d'excellence de l'école française …

Mais en bon pragmatique, il ne préjuge pas des expérimentations en cours, qu'il évalue "en temps voulu". Et, en bon amoureux de l'école, il ne reste pas "inerte" si l'intérêt des enfants est vraiment en jeu. Dont acte.

Gurvan Le Guellec

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