David Foenkinos-Joël Dicker : le match des titans

David Foenkinos-Joël Dicker : le match des titans


Joël Dicker
Fête de la courge, moufette et passé simple

Comme les précédents best-sellers du maître genevois, «la Disparition de Stephanie Mailer» ressemble à un américain américain mal traduit. «Véritable Détective» récrit par Les Nuls. Habile, Joël Dicker reprend les ingrédients qui ont fait le succès de la vérité sur l'affaire Harry Quebert (trois millions d'exemplaires, traductions comprend Jean-Jacques Annaud): une disparition, un cas froid et une intrigue à tiroirs.

Joël Dicker, saison 2: bons sentiments, ton naïf et personnages caricaturaux

L'histoire ne se déroule plus à Aurora, mais à Orphée, petite ville fictive proche de New York, où un quadruple meurtre a été commis en 1974. Vingt ans plus tard, Stephanie Mailer, journaliste ambitieux qui se voit bizarrement à couvrir «la fête de la cour» rouvre le dossier, persuadé qu'on n'a jamais arrêté le vrai coupable. Puis elle ne donne plus de signe de vie. Jesse Rosenberg, policier qui soigne ses fêlures secrètes en cuisinant des hamburgers, se lance sur la piste de la jeune femme. Une enquête qui dure 640 pages.

C'est long, très long. Dicker a beau être l'ambassadeur d'une marque de montres, en compagnie de sa prose, le temps s'étire, se distend. Peut-être est-ce dû à son usage insistant du passé simple ( «Ce que nous y découvrîmes nous laissons stupéfier» ) qui donne l'impression de lire une rédaction d'élève de sixième. Ou bien aux innombrables répétitions, aux naïvetés maladroites ( «- Elle est morte … – Assassinée …» ) et autres digressions grotesques (mention spéciale pour le cadavre qui envoie la moufette).

Joël Dicker a-t-il écrit une pâle résurrection de Philip Roth?

«L'étau se resserrait», «la tension était palpable» et l'ennui à son comble) déluge de clichés. Ainsi ce personnage de critique forcément aigri, méprisant les livres qui se vendent (n'importe quoi, franchement). Il dit: «Ecrire, c'est mettre les mots ensemble qui fait la suite des phrases. Même une guenon un peu dressée peut faire cela. » La littérature, c'est vrai, c'est une autre affaire.

La Disparition de Stephanie Mailer,
par Joël Dicker, éd. de Fallois, 640 p., 23 euros.

David Foenkinos
Oui-Oui, la poésie et Cricri d'amour

Comme les précédents chefs-d'œuvre du Woody Allen de la littérature française, «Vers la beauté» est une anthologie d'aphorismes lénifiants que l'on tente de faire passer pour un roman. Schopenhauer qui aurait trop lu «Oui-Oui».

Malin, David Foenkinos mélange ici la fantaisie de ses premières livres (avec un clin d'oeil au droit d'abricot de «la Délicatesse») et la dimension tragique de «Charlotte» qui, en interrogant la peintre Charlotte Salomon, morte en déportation, lui valut le prix Renaudot en 2014.

"Charlotte": le problème avec Foenkinos

Fruit de cette hybridation redoutable, «Vers la beauté» raconte l'histoire d'Antoine Duris, professeur d'histoire de l'art lyonnais, spécialiste de Modigliani, qui débarque à Paris pour devenir gardien de salle au Musée d ' Orsay. Mais comme c'est étrange, songe Mathilde Mattel, la DRH qui l'embauche. Quel drame un pu conduire cet homme à briguer un poste pour lequel il est surqualifié?

Mystère, mais une chose est sûre: l'auteur du «Potentiel érotique de ma femme» n'est pas seulement là pour nous distraire. La preuve, il est même quelque part question d'un viole, à peu près aussi crédible que les scènes où Cricri d'amour se droguait dans «Hélène et les garçons», et l'ensemble est parsemé d'élans poétiques mémorables: «Chaque minute s'était habillée d'un vêtement d'éternité» «Il voulait mordre les heures à l 'aide d'un autre corps' (pas simple).

Culture de choc: Faut-il vraiment lire "Vers la beauté", de David Foenkinos?

Mais le plus embarrassant, c'est l'emphase avec laquelle l'auteur cherche à asséner sa grande idée: la beauté guérit tous les maux. Florilège: «(…) La contemplation de la beauté était un pansement sur la laideur» «Elle comprenait la puissance cicatrisante de la beauté» et l'acmé: «Les tristesses s'oublient avec Botticelli, les pères s'atténuent avec Rembrandt, et les chagrins se réduisent avec Chagall.» Quant à la littérature, c'est encore une autre affaire.

Vers la beauté, par David Foenkinos,
Gallimard, 224 p., 19 euros.

Elisabeth Philippe

Paru dans "L'OBS" du 12 avril 2018.

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