Macron face à Bourdin et Plenel : un drame en 5 actes

Macron face à Bourdin et Plenel : un drame en 5 actes


Trois comédiens, une table et deux heures de spectacle. Le public du théâtre subventionné, rompu aux mises en scène exigeantes, ne sera pas surpris par l'unique représentation de "l'Interview", ce dimanche, à 20h35, au foyer du Théâtre national de Chaillot. Dans un décor art-déco grandiose avec vue sur la Tour Eiffel et le Champ de Mars, Emmanuel Macron, l'étoile de l'Elysée, tient le rôle du jeune prince. Jean-Jacques Bourdin, héraut des matinées de BFMTV, incarnera le tribun du peuple. Et Edwy Plénel, le tragédien de Mediapart, jouera le grand prêtre.

Une distribution exceptionnelle! "On a fait des propositions à l'Elysée depuis plusieurs mois, à l'occasion du premier anniversaire du quinquennat d'Emmanuel Macron. 'une émission avec Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel ", a expliqué Hervé Béroud, directeur général de BFMTV et metteur en scène de la soirée événement

Deux caméras à l'intérieur, deux à l'extérieur permettent de cerner le jeu des acteurs. "Le décor est fort mais l'interview très simple: une personne face à deux intervieweurs pendants deux heures.", Précise Céline Pigasse, directrice de l'information de BFMTV. Des mots, rien que des mots!

Drame contemporain

Création originale et éphémère, "l'Interview" repose sur les capacités d'improvisation des acteurs. Pas de texte établi, pas de réponses mais une série de problématiques qui s'empareront les acteurs et qui ont déjà encadré le cadre d'un drame contemporain. Mécontentement social, politique économique, laïcité, sécurité, terrorisme, questions migratoires, frappés en Syrie … La scénographie se veut en totale rupture avec " six décennies de ronronnement et de pompe présidentielle". "Chacun doit être soi-même", insiste Hervé Béroud:

"On connaît Jean-Jacques Bourdin accrocheur et Edwy Plenel est quelqu'un de très engagé, qui aura envie de demander des comptes au président de la République."

Emmanuel Macron a opté pour la «construction du personnage» développée par Constantin Stanislavski. «Peu importe que le jeu soit bon ou mauvais, l'important c'est qu'il soit vrai», dit l'immense dramaturge russe.

Quelle est la routine du président pour puiser dans son subconscient? "Il s'enferme dans son bureau avec ses fiches et il bachote comme un étudiant", explique son entourage. Le chef de l'Etat a aussi "beaucoup entendu" et "déjeuné avec François Bayrou et Marielle de Sarnez mercredi à l'Elysée pour avoir leur remontée de terrain". Ne restait pas au hasard, l'artiste du Palais s'est aussi "renseigné sur les sujets phares des deux présentateurs, leur marotte, histoire d'avoir quelques repères d'ici dimanche soir".

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Attelage fragile

Artiste militant, Edwy Plenel a dénoncé, par le passé, cet «exercice convenu de l'entrevue présidentielle, symbole par excellence de la puissance monarchique du pouvoir». Mais il a accepté le défi pour ne pas se dérouiller et relayer le questionnement sans concession de la société dans la grande tradition du Théâtre national populaire. Pas question d'oublier le peuple! Rédaction of the Mediapart dressing the bilan of this Presidency and right and the right. Et l'entretien présidentiel sera suivi d'un plateau de commentaires réservés aux femmes pour compenser le choix de deux intervieweurs "hommes de plus de 60 ans". Qui dit mieux?

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Jean-Jacques Bourdin, lui, n'a pas ce genre de préventions. Viril et dominant, il a simplement promis de "cogner" le président et comprend toujours l'occasion de laver l'affront fait à sa profession par Laurent Delahousse, auteur en décembre dernier d'une interview de Macron qu'il a publiquement critiquée pour sa complaisance … "Michel Drucker l'aurait mieux fait!", alors alors grincé Bourdin.

"Quand on fait du journalisme, qu'est-ce qu'on fait? Précisément, c'est pas la peine. "

Ce Figaro parle comme la plèbe. Mais il se fait plus volontiers la voix des usagers de la SNCF pris en otage que des cheminots en lutte. Son théâtre populaire s'accordera-t-il avec celui de Plenel? L'alliance des deux bêtes de scène est improbable. S'ils font cause commune, ils surjoueront. S'ils s'écharpent, ils passentont pour des cabots. C'est le dilemme Emmanuel Macron compte bien profiter. Les spadassins lancés à sa poursuite s'entretuer. Au cinquième acte, le jeune prince, qui a été manipulé, espère bien être couronné. Shakespearien!

Sylvain Courage

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