“En guerre”, “l’Homme qui tua Don Quichotte”… Notre sélection cinéma de la semaine

“En guerre”, “l’Homme qui tua Don Quichotte”… Notre sélection cinéma de la semaine


Le choix de "l'Obs"

♥♥♥ "En guerre" par Stéphane Brizé. Drame social français, avec Vincent Lindon, Mélanie Rover, Jacques Borderie (1h53)

Anatomie of a strike who foire: while that the factory. C'est la loi du capitalisme: détruire les emplois, faire du profit, sacrifier les 1.100 salariés. La grève commence; il faut établir le rapport de force, discuter avec les différents responsables, impliquer les services de l'état (qui, comme le haut fonctionnaire, ne peut pas grand-choisi), rassembler la base, surmonter les dissensions, se battre, se battre, se battre.

Stéphane Brizé s'interroge sur le désespoir des salariés, conduits à des gestes extrêmes. Le titre du film dit tout: c'est la guerre, désormais au cœur de notre société. Brizé raconte ce conflit (fictif, but réaliste) avec des images de reportage, des réunions de syndicalistes, des confrontations avec le patronat: Laurent Amédéo (Vincent Lindon), déterminé et dévoué, est montré dans toute la vérité d'homme: divorcé, rageur, prêt à rendre service, intransigeant, porteur d'une dimension sacrificielle.

Joue par des acteurs non professionnels, le film à une charge électrique étonnante: la colère qui jaillit des images n'est pas feinte ni jouée. Sur un sujet somme toute classique, le cinéaste injecte une dose massive d'énergie. Au fil des jours, puis des semaines, la situation s'envenime: la direction à faire des promesses qu'elle n'a pas l'intention de tenir. Tout dérapé, le front syndical se fissure: mencheviques (on prend ce qu'on nous offre) contre bolcheviques (on va jusqu'au bout).

Lindon – Brizé, deux hommes en colère

Comme dans certains films de Brizé («Quelques heures de printemps»), un autre horizon se profile, sous le discours revendicatif. On assiste à la fin d'une époque: il n'y a rien, plus d'ouvriers, plus de syndicats, plus de poings levés, plus de drapeau rouge. Le futur sera asocial, financier, écrasant. Alerte max, donc. Il y a, dans le film, une opération du Saint-Esprit: dans ces lieux ternes, ces murs d'usine, ces bureaux blancs, un acteur insuffle une tramontane d'enfer. Vincent Lindon, entièrement habité par le personnage d'Amédéo, allume la mèche, à chaque scène. Il est à la fois au diapason des autres et unique dans sa révolte. Cette marge entre la fiction et la flamme, on appelle ça le talent.

François Forestier

Les sorties

♥♥♥ "L'homme qui tua Don Quichotte", par Terry Gilliam. Comédie dramatique espagnole, avec Adam Driver, Jonathan Pryce, Olga Kurylenko (2h12). Sortie en salles le 19 mai.

Depuis plus d'un quart de siècle, Terry Gilliam rêve de son "Don Quichotte", mille fois remis sur l'ouvrage. Vœu enfin exaucé! Un cinéaste célèbre (et agaçant, joué par Adam Driver) revient sur les lieux de son film d'étudiant, une adaptation de Cervantès, en Aragon. Il s'aperçoit que cet ancien tournage à la fois, et le passé le rattrape, sous la forme d'un vieil acteur qui se prend pour le chevalier à la figure Triste (Jonathan Pryce).

Fiction, réalité et fantaisie s'entremêlent, et tout devient dingue jusqu'au bûcher final, lors d'une fiesta incroyable … La première partie du film traîne un peu, mais la deuxième, quelle folie cinématographique! C'est du Gilliam pur. Comme dans "Brésil" ou "Les Aventures du Baron de Münchhausen", la magie visuelle et le sens de l'absurde se conjuguent génialement. Du Gustave Doré sous amphètes: un feu d'artifice!

François Forestier

♥ "Et mon cœur transparent", par Raphaël et David Vital-Durand. Polaire français, avec Julien Boisselier, Caterina Murino, Serge Riaboukine (1h26).

Un homme, enquêtant sur la mort de son épouse, découvre qui était en réalité. Dans cette fiction portée par une recherche indéniable, les réalisateurs, deux frères, rivalisent de trouvailles picturales et d'idées de montage pour apporter le style à cette adaptation ironique du roman éponyme de Véronique Ovaldé. On regrette que, malgré les désirs, l'essentiel finisse par manquer: l'unité de mise en scène et le rythme d'exécution.

Xavier Leherpeur

♥♥♥ "Corpo Eletrico", par Marcelo Caetano. Comédie dramatique brésilienne, avec Kelner Macedo, Lucas Andrade, Welket Bungué (1h34).

Elias, 23 ans, travaille dans une usine de textile. Gay assumé et gourmand, il multiplie les conquêtes et s'enivre d'une exubérance qui tient à distance une mélancolie taraudante. On n'évoque pas assez souvent l'homosexualité en milieu ouvrier. C'est un des sujets de ce film pop, culotté et pudique.

L'intime et le social sont au cœur d'un scénario et d'une mise en scène qui, à l'image du héros, sont sans tabous. Ils captent, derrière l'ivresse fébrile de ce corps électrique et sexué, la tristesse d'amours déjà perdue et l'inquiétude d'un avenir incertain.

Xavier Leherpeur

♥ "Manhattan Stories", par Dustin Guy Defa. Comédie américaine, avec Abbi Jacobson, Michael Cera, Tavi Gevinson (1h25).

Quelques personnages pris dans le maelström de Manhattan: une fan de vinyles, un type qui a posté des photos de sa fiancée nue, une journaliste débutante, une grognon horlogère, une étudiante désabusée, une bourgeoise meurtrière …

C'est léger (trop), décontracté (trop), sympathique (un peu) et inabouti. Le premier film de Dustin Guy Defa cherche à capter l'énergie de la ville: bonne idée, mais tout reste suspendu, sans qu'on s'attache vraiment aux personnages. Il y a un essai qui doit être demandé.

François Forestier

♥♥♥♥ "Des spectres hantent l'Europe", par Maria Kourkouta et Niki Giannari. Documentaire franco-grec (1h39).

Hiver 2016. Il pleut tous les jours sur le camp d'Idomeni (Grèce). L'Europe a décidé de fermer ses frontières. Ceux qui vivent depuis les mois le long des barbelés, à l'émission d'épopées souvent héroïques, décident de la route aux trains de marchandises qui passent la frontière. Un blocus d'exilés, en somme. Tout est filmé à l'épaule, parfois en noir et blanc – on pense alors à John Ford et à ses "Raisins de la colère": des hommes, des femmes et des enfants qui montrent des spectres avec les longs et blancs impers du HCR, l'occupation des rails, le médiateur de la police, l'impossible dialogue. Mais que peut-être le «campement du monde» (contre les sociologues) contre la détermination des peuples poussés sur les routes du monde par la guerre et la dictature, portés par destin? L'Europe a peur. Les spectres ne sont pas ceux qu'on croit.

Anne Crignon

♥♥♥ "14 Pommes", par Midi Z. Documentaire birman (1h24).

Birman d'origine, produit par Taïwan et filmant à la frontière entre son pays natal et la Thaïlande, Midi Z est un cinéaste sans ancrage.
Un statut qui lui donne une distance lucide sur ses sujets
de prédilection: les trafics (femmes, drogue) et l'expatriation économique. Changement de thématique mais pas d'acuité dans ce documentaire tourné comme une fiction. Un entrepreneur birman souffrant d'insomnies se déchire dans un monastère bouddhiste avec quatorze pommes pour offrande. Le cinéaste cisèle une critique insidieuse de ces religieux prônant le dénuement (pour les autres) et le rejet des femmes (tout dans l'exploitant). Une hypocrisie taboue qu'il ne peut s'attaquer à l'avant, mais qu'il se rende magistralement grâce à l'impertinence de sa mise en scène.

Xavier Leherpeur

C'est raté

"No dormiras", par Gustavo Hernandez. Film fantastique argentin,
avec Eva de Dominici, Natalie de Molina (1h37).

Prix de la tête totale: une troupe de théâtre joue dans un hôpital psychiatrique abandonné (déjà, c'est louche). Le truc, c'est que la directrice impose aux acteurs de se passer de sommeil (ultralouche). Les fantasmes et les cauchemars s'en mêlent vite … Parabole philosophique sur les sacrifices de l'art ou fable surréaliste sur nos monstres intimes? Allez savoir. Le résultat, c'est la soupe aux choux: il y a de tout là-dedans, et sur touille. Le réalisateur veut faire du Dario Argento intello, prétentieux. Total: bobo la tête.

François Forestier

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