Baptiste, décontaminateur de scènes de drame : “Ça ne me plaît pas de voir du sang”

Baptiste, décontaminateur de scènes de drame : “Ça ne me plaît pas de voir du sang”


Baptiste Girardet peut travailler partout. Dans la chambre d'un couple ou le salon d'une personne âgée, dans la cage d'escalier d'un immeuble ou sur les rails d'une ligne à grande vitesse. Quelqu'un est mort, alors sur l'appelé.

C'est un suicide, un meurtre, des meurtres, un corps découvert tardivement parce qu'un voisin s'est inquiété d'une absence, d'une odeur. La mort s'est incrustée dans les meubles, les lattes d'un parquet, un plafond, peut-être un matelas.

Il peut y avoir des taches, du sang, des restes, des fluides humains liés à la brutalité du mort ou à la décomposition. «Un suicide par arme à feu, selon le calibre, ça fait des dégâts en 3D», explique Baptiste.

"Les familles ne devraient pas avoir à se nettoyer elles-mêmes"

En janvier 2017, ce trentenaire établi à Triel-sur-Seine (Yvelines) a co-créé Sang Froid, une entreprise spécialisée dans le nettoyage et la décontamination de sites dits "témoins d'incidents traumatiques". Un virage professionnel, mais aussi une continuité pour cet homme qui a passé 11 ans chez les pompiers et trois au sein de la police scientifique: "Sur dix interventions de la police scientifique, huit sont liées à la découverte de cadavre", détaille-t -il.

Jusqu'en 2014, l'Ined a produit des statistiques sur la mortalité de la population française . Sur 100.000 décès d'hommes, 55 ont été liés à une mort violente . 21 pour les femmes.

"Intervenant beaucoup entre juillet et août, à cause des chaleurs et des gens oubliés. Il est également important de noter les événements qui se produisent en France. "

Quand il évoque le nettoyage et la décontamination, jamais Baptiste ne parle d'une vocation. Il se trouve encore dans l'utilité sociale de son métier.

"Ça ne me plaît pas de voir du sang, je ne prends pas de plaisir.Je fais ça pour que les familles ne soient pas à faire elles-mêmes."

Il se souvient de la canicule de l'été 2003 pendentif dont il était pompier à Paris. Plus de 19.000 personnes sont mortes en France dans l'espace de trois mois. Il raconte les "dizaines de corps" découverts, parmi ceux qui sont membres d'une famille.

"J'avais 21 ans., On m'a trouvé chez les gens par les fenêtres, et aussitôt des nuées de mouches à viande s'en échappaient. appartement de 70 ans, il était là depuis plus d'une semaine. "

L'année suivante, un de ses proches se donne la mort après avoir tué ses deux enfants. Pour Baptiste, le dénominateur commun de ces deux traumatismes violents, ce sont les lieux qu'il a fallu réhabiliter. Les faits existant à nouveau, en tant que théâtres de drames, pour initier le deuil.

"Ce ne sont pas des humains", confie-t-il.

Treize ans et plus tard, le jeune homme à porté soi Sang Froid à la connaissance de cause. Aujourd'hui, il travaille avec deux techniciens à temps plein, ainsi que tous les autres personnes qui tournent sur un cycle d'astreinte toutes les 24 heures.

La neutralisation des odeurs et la décontamination des fluides humains 'agents pathogènes post-mortem, comme les virus ou les bactéries.

L'activité de l'entreprise ne se limite pas aux prestations d'après-décès. Les équipes de Sang ont travaillé sur les inondations qui ont touché l'Île-de-France en février dernier . Les forces peuvent être sollicitées dans le cadre du désencombrement et du nettoyage d'un individu hébergé par une personne atteinte du syndrome de Diogène .

Odeur de corps, cadavres d'animaux: je nettoie chez les personnes atteintes du syndrome de Diogène

Qu'est-ce que le métier de Baptiste fait à son corps? à son esprit? C'est quoi de travailler au contact de la mort et des familles endeuillées? Sur lui a demandé. À partir de maintenant, c'est lui qui raconte.

65 heures par semaine

J'exerce à temps plein. Ma journée de travail commence à 6h30 et se termine à 22h30, en dehors des astreintes. Auquel cas, il est d'être disponible tout sur une période de 24h tous les cinq jours.

Je travaille entre 65 et 70 heures par semaine, dont une quinzaine au travail administratif: il doit gérer les devis, les factures et les attestations de passage que l'on s'engage à fournir à nos clients. Y est détaillé l'intégralité du procédé que sur l'utilisé pour décontaminer.

Aujourd'hui, je ne vis pas de cette activité. On fait tourner la société, on règle les frais fixes et l'investit dans l'achat de matériel. Je me rémunère grâce à une activité d'audit de sécurité dans les établissements recevant du public (ERP).

Le dos, les genoux, les cervicales

Pour faire ce métier, il faut une condition physique particulière, les journées sont longues. Aussi, quand vous appelez la nuit, il faut être capable d'émerger rapidement. C'est pour ça que j'ai souhaité m'entourer d'une équipe de pompiers. Sur un de ces réflexes, cette biologie du corps qui fait que sur l'on se réveille vite ou qu'on arrive à se concentrer rapidement.

En théorie, une équipe doit être mobilisable en deux heures. Il faut être être réactif: savoir sur quel type d'intervention sur pièce, de quel matériel sur une éventuelle nécessité et ne rien oublier.

Physiquement, ce sont les dos, les genoux et les cervicaux qui sont les plus mobilisés. Le dos, c'est essentiellement lié au transport d'équipements lourds. Même si l'on est à des gestes et des postures adaptées, on sent que ça tire. L'exemple que j'ai en tête, ce sont les inondations sur le sur un récemment travaillé. Le nettoyeur à haute pression qu'on utilise pèse 134 kilos.

Le masque de protection pèse 700 grammes. Tenir la tête en position neutre, c'est un effort en soi.

Il faut le charger, le décharger, le porter jusqu'au lieu de l'intervention, sachant qu'il peut y avoir des marches sur le trajet. Utilise donc des diables et des plateaux à roue pour faciliter les routes. Ensuite, qui dit inondation dit boue à évacuer. Dans ces cas-là, il n'y a pas de secret, on utilise une pelle et une brouette.

Les genoux, c'est lié au fait que l'on passe beaucoup de temps à nettoyer des sols, en position quatre pattes. Les pantalons de travail comportent des poches au niveau de la rotule pour glisser des genouillères, l'idée de ne pas fragiliser tout ce qui est osseux et ligamentaire.

Les cervicales, c'est parce que le masque de protection que sur la porte pèse 700 grammes. Tenir la tête en position neutre, c'est un effort en soi. Pour les prestations d'après-décès, un chantier en six heures. Ça veut dire que l'on passe six heures sous un masque équipé de filtres, qui conforment la respiration. Il faut faire un effort d'aspiration pour inspirer. Pour l'expiration, c'est la même chose: l'air doit passer à travers un système de valves anti-retour. À l'air libre, il faut donc penser à respirer.

Ensuite, on transpire beaucoup: nos combinaisons sont étanches, tout comme le masque. Le corps fonctionne en circuit fermé.

Tous les ans, on medical check, up to verification that is a day on that the concern antitetikic vaccination and the leptospirose, une maladie qui peut transmettre les excréments de rongeurs.

Ni bonjour, ni condoléances

Dans mon travail, le plus difficile n'est pas la décontamination en elle-même, c'est l'approche des familles. Sur un travaillé avec un entraîneur. D'abord, on ne dit pas bonjour quand on arrive, parce qu'un jour marqué par la perte d'un proche n'est jamais un bon jour. Ensuite, je ne connais pas les gens auprès de qui j'interviens, donc je n'adresse pas de condoléances.

On se présente simplement en tant que techniciens et l'on donne nos prénoms. Nous restons identifiables pendentif l'intervention grâce à une carte professionnelle qui est apposée sur nos vêtements.

Il faut parvenir à être clair et concis, sans être brutal

Commencer par faire le tour des lieux, puis sur restitue à la famille ce que l'on envisage d'entreprendre. Ça passe par l'édition d'un devis qui ne figure pas sur chacun des postes. Le premier, c'est la main d'œuvre. Il faut bien amener le sujet, être clair et concis sans être brutal.

On dit des choses comme:

"Pour rendre ce lieu sain, il nous tombe amoureux X heures de travail."

On ne donne pas de détails, sauf si les proches sont en danger.

Puis sur DASRI (déchets d'activités de soins à risques infectieux). C'est un circuit de traitement des déchets dédiés aux objets contaminés.

On doit être un lit ou une commode par exemple, et on propose à la famille de prendre en charge. C'est à dire de les enlever de là où ils se trouvent.

Il faut toujours l'aval de la famille. Dernièrement, sur une personne qui se s'est suicidé sur une chaise à bascule, une chaise sur laquelle une femme a nourisson ses jumelles. Dans ces cas-là, on est ce que sont les éléments clés pour la famille et qu'elle peut faire le choix de garder. On voit ensuite si c'est faisable ou pas, en fonction de la dégradation des biens.

L'uniforme comme une carapace

Cette approche plutôt distanciée qu'on a avec les clients ne suffit pas pour gérer l'exposition à la mort. L'élément-clé qui nous protège, c'est notre tenue de travail.

Si les clients ne nous jamais tomber dans la combinaison, avec nos gants anti-coupures et nos masques, sur eux-mêmes dans un uniforme sombre et sans marquage. Au quotidien, je ne cesse jamais d'être Baptiste, mais quand je porte mon uniforme, je suis le technicien Baptiste. C'est un peu schizophrénique, mais en fait, c'est un outil qui nous permet de nous détacher, de prendre la distance avec le contexte émotionnel de l'intervention. Comme pour la police ou les pompiers, l'uniforme est une carapace.

C'est pour ça que sur le terrain, on ne cherche pas à savoir ce qui est arrivé. Ce n'est pas notre problème. Que la personne a décidé de mettre fin à ses jours, un crime eu eu lieu, ça ne nous regarde pas. Sur se contente du factuel: quels fluides doit-on traiter? quels sont les éléments lésés? à quel endroit? quelle quantité? quel volume doit-on jeter?

Après, il ne faut pas se mentir. Sur devine ce qui s'est passé. En fonction de la violence qu'il y a eu dans les actes, un corps qui rampe, c'est une chose qui se voit.

Il a pris une chaise, il nous a décontaminé les éléments de sa mère pendentif huit heures

Récemment, on est intervenu dans la cage d'escalier d'un immeuble où deux personnes ont été tuées. Sur quatre étages, les rambardes, les gaines techniques, les escaliers, les contremarches, tout était maculé de sang. Il y a donc des chantiers qui sont plus traumatisants que d'autres.

"Est-ce que c'est normal?"

Le suivi de tous les mois par une psychologue, avec qui l'on appelle les retours d'expérience. On se rencontre collectivement autour d'une table, et chacun fait partie de ses questionnements. Ça nous permet d'évacuer et de mieux travailler.

Nous sommes intervenus il y a quelques temps dans le salon d'une femme décédée d'une hémorragie digestive. Concrètement, ce sont des selles non-digérées, c'est très malodorant. Un enfant de cette femme a pris une chaise, s'est assis et nous a regardé décontaminer les éléments de sa mère pendentif huit heures d'affilée.

Est-ce que c'est normal? Pourquoi il a fait ça? Est-ce que c'était pour nous embêter? Est-ce que c'était une façon d'entamer un processus de deuil? C'est quelque chose dont on ne parle pas avec un psychologue.

Par notre action, sur les traces de l'événement traumatique. On joue un rôle symbolique très fort. Que le corps a occupé longtemps, que la mort ait été violente et qu'elle ait laissé des traces, il n'y a pas de travail de deuil possible pour la famille tant que ces stigmates ne sont pas effacés.

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