Festival de Cannes, J+7 : notre palmarès à mi-parcours

Festival de Cannes, J+7 : notre palmarès à mi-parcours


Un petit bilan à mi-parcours alors que, la fatigue triomphante, les films se mélangent dans nos têtes et n'en forment plus un grand, hybride et foisonnant, miroir kaléidoscopique de l'air du temps, des drames de l'époque et de l'égocentrisme des artistes.

Aucune claque pour le moment, aucun chef d'œuvre sortant du lot, aucune cathédrale imprenable mais de belles églises, plus accueillants que d'ordinaire, résultat du rajeunissement des sélections et d'une volonté claire d'ouverture de la partie du délégué général, Thierry Frémaux.

Eva Husson décevante

La stratégie à donner des rats: l'égyptien "Yomeddine" et, surtout, "les Filles du soleil" d'Eva Husson . Toutes les bonnes caisses ont été finies pour Cannes: une actrice, deux actrices qui ont leurs serviettes de bain au festival, des thèmes chauds et internationaux: la condition féminine, le djihadisme, la guerre au Moyen- Orient. Manquait juste l'essentiel: un bon film.

Le deuxième long-métrage de la réalisatrice de "Bang Gang" est un groupe de combattants au Kurdistan, dirigé par Golshifteh Farahani, qui cherche à libérer leurs enfants de l'enclave où ils sont prisonniers. Elles sont suivies par une journaliste de guerre française (Emmanuelle Bercot, un bandeau sur l'œil, l'autre dans le vague). Mise en scène prétentieuse qui cite d'entrée "Apocalypse Now", seconds rôles sous-écrits, flash-backs impuissants sur le passé terrible des soldates et vacuité, pour ne pas dire naïveté, embarrassante du propos asséné avec une solennité de pacotille. Un ratage dans les grandes largeurs.

Le Spike Lee tout fou

Constat plus mesuré pour le Spike Lee, "BlackKkslansman", sur un fait divers incroyable mais vrai: l'histoire de Ron Stallworth, un policier noir de Colorado Springs qui, fin des années 1970, infiltra la cellule locale du Klu Klux Klan avec l'aide d'un collègue juif, Philip Zinnemann. Stallworth (John David Washington, le fils de Denzel) charmait d'abord les objectifs par téléphone puis Zinnemann (Adam Driver) s'invitait dans les rangs de l'organisation suprématiste blanche en se faisant passer pour lui.

Le cinéaste de «faire la bonne chose» attaque l'alt-droit de plein fouet et renoue avec sa colère politique, mais sur un ton frais et un rythme décontracté. On se croirait dans un épisode de "Starsky & Hutch" fustigeant l'Amérique de Trump et ses slogans, tout droit dérivé du ségrégationnisme. Une partie du film sur les canulars téléphoniques de Stallworth: quoi de plus efficace que de proposer des propos outrageusement racistes dans la bouche de celui qui est dans la cible pour faire rejaillir la bêtise.

Cette démonstration par l'absurde fonctionne pendant un temps. Puis, comme d'habitude, Spike Lee appui, ne jamais passer en place, mélange tout. Dans "BlackKklansman", les racistes sont tous plus ou moins dégénérés et les noirs, des caricatures de coolitude afro. Sauf que ce côté farce jure avec le lourdeur et le didactisme de la démonstration politique. Cerise sur le facho: les images de Charlottesville, d'une violence tétanisante, qui bouclent le film, achèvent de rendre anecdotiques les 2h08 qui ont précédé. Le retour de Spike Lee en compétition, 27 ans après "Fièvre de la Jungle", avait aussi un goût de rendez-vous imposé par l'état du monde et que par l'inspiration artistique.

Hirokazu Kore-Eda touchant

A l'inverse, on se rendait sans grande attente à la projection d'une famille de japonais Hirokazu Kore-Eda, en compétition pour quasiment chacun de ses films et qui avait tendance, ces dernières années, à se répéter en moins bien. Il est l'auteur de "Nobody Knows" et "Tel père, tel Fils", chronique doudou, sensible et cruelle, sur une famille pauvre – un couple, deux enfants et une grand-mère – qui recueille une gamine abandonnée et l'éduque selon ses codes: vol à l'étalage, débrouille et profil bas

On en reparlera, le film ayant des chances de finir au palmarès. Difficile de jouer le jeu des pronostics à ce stade de la sélection, de bonne tenue mais sans évidence. On va quand même s'y risquer, sachant qu'on attend encore de très gros morceaux: deux films pop et romantiques («Under the Silver Lake» et «Un couteau dans le cœur»); le retour du grand Lee Chang-dong, prix du scénario à huit ans pour "Poésie", avec "Brûlant"; et le pavé (3h10) du turc Nuri Bilge Ceylan (Palme d'or 2014 pour "Winter Sleep"), "le Poirier sauvage".

Nicolas Schaller

Notre palmarès à mi-cours

PALME D'OR

Espérée: "l'Eté", de Kirill Serebrennikov

Probable: "Une affaire de famille", de Hirokazu Kore-Eda

GRAND PRIX DU JURY

Espéré: "Une affaire de famille", de Hirokazu Kore-Eda

Probable: "Guerre froide", de Pawel Pawlikowski

PRIX D'INTERPRÉTATION FÉMININE

Espéré: Joanna Kulig pour "Guerre froide"

Probable: Behnaz Jafari pour "Trois Visages"

PRIX D'INTERPRÉTATION MASCULINE

Espéré: Vincent Lacoste et Pierre Deladonchamps dans "Plaire, aimer et courir vite"

Probable: Vincent Lindon dans "En guerre"

PRIX DE LA MISE EN SCÈNE

Espéré: "les Eternels" de Jia Zhang-ke

Probable: "l'Eté", de Kirill Serebrennikov

PRIX DU JURY

Espéré: "Trois Visages", de Jafar Panahi

Probable: "les Filles du soleil" d'Eva Husson

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