“Voyages à travers le cinéma français” : la master class de Bertrand Tavernier

“Voyages à travers le cinéma français” : la master class de Bertrand Tavernier


Dans les voyages à travers le cinéma français, série documentaire en huit épisodes, le réalisateur Bertrand Tavernier célèbre ses films fondateurs sans céder à la facilité de l'anecdote. Il compile des extraits et des archives, fait partager ses passions au delà des générations, des clivages ou des modes, et ses erreurs de spectateur en réhabilitant, par exemple, avec une sincérité vibrante "14 juillet", de René Clair ( 1933), qu'il reproche d'avoir d'abord sous-estimé. "C'est un exercice d'admiration et de gratitude qui m'a permis de découvrir, d'apprécier, aimer la France, explique-t-il les termes sept heures trente – oui, sept heures trente – de projection.

Ces films m'ont donné le goût de la mémoire, rempart essentiel à l'époque des tweets et de la tyrannie du présent. "

La combinaison de tir d'Alain Resnais, "Cinéaste du souvenir et de l'inconscient"

Bertrand Tavernier a, tout son existence, a effectué ce travail de passeur, notamment dans deux livres coécrits avec Jean-Pierre Coursodon – "50 ans de cinéma américain" et "Amis américains" – dédiés à ses maîtres hollywoodiens. Cette somme résolution subjective vient combler un manque. Sa flamme cinéphile née à l'âge de 5 ans et demi devant "Dernier Atout" de Jacques Becker, lors d'un séjour dans un sanatorium, qui a ignoré quatre ans de cinéastes français qui a accompagné sa route de Sacha Guitry (" "réalisateur du verbe", à l'instar de Tarantino ", selon Olivier Assayas, interrogé dans un des volets) à Resnais (réalisé par le biais de Sabine Azéma, actrice d'un dimanche à la campagne) "et de la vie et rien d'autre". "Voyages à travers le cinéma français" – au pluriel – Complet "Voyage à travers le cinéma français" – au singulier -, un long métrage de trois heures monté avec difficulté mais présenté en 2016 au Festival de Cannes, où le réalisateur flânait déjà avec un plaisir contagieux dans l'œuvre de Becker, Renoir ou Duvivier.

(StudioCanal)

Ici, sur ira chercher ce plaisir où l'on veut. Dans les séquences qui juxtaposent le ballet agile des mains des pickpockets de Robert Bresson et la finesse comique de Monsieur Hulot, le Gaston Lagaffe de Tati; "deux cinéastes obsessionnels", souligne Tavernier. Dans cet extrait de "Playtime", où il y a un groupe de danse: c'est Patrick Balkany. Dans cette interview unique télévisée de Julien Duvivier (mauvais client par excellence) où, tel un lapin effaré pris dans les phares d'une voiture, le réalisateur de la "Belle Equipe", "ce film où éclate la fierté appartenir à la classe ouvrière ", semble au supplice. Mais tout cela ne serait rien sans l'érudition de Tavernier. Car ce qui le passionne, c'est avant tout, analyses de scène à l'appui, que de 1935 dans "Golgotha", "Duvivier coupait le fils comme du Godard", de rapprocher Henri Decoin d'Otto Preminger, ou l'illustration à l'aide de trois longs métrages – "Le Plaisir", inspiré de trois nouvelles de Maupassant, "La Ronde" et "Lola Montès" – Le goût de Max Ophuls .

(Rue des Archives / RDA)

Sous cette balise élégante et pointue se cache, évidemment, une promenade subliminale au cœur de ses propres films. Une scène de pique-nique dans "La Maison Tellier", l'un des volets du "Plaisir", évoque un spectacle à l'escapade proustienne "Un dimanche à la campagne", et propose, peut-être, ce que Tavernier doit à Ophuls:

Entre 1945 et 2000 ". .

Une allusion à la probité d'Henri-Georges Clouzot, responsable des scénarios pour la Continental, confirmé par Joseph Goebbels qui contrôle le cinéma français dans la France occupée, ramène à «Laissez-passer»: un hommage à l ' Artisan du cinéma et de l'inspection du scénariste Charles Spaak, réalisateur du scénario des "Caves du Majestic" en grelottant dans les geôles allemands. Un commentaire sur la fonction de contrepoint dramatique des chansons dans la série et interprétées par Fernandel, Jean Gabin, Danielle Darrieux, Bourvil, Maurice Chevalier, Magali Noël, Suzy Delair (l'inimitable "Avec son tralala", dans "Quai des orfèvres "), fait écho aux rengaines du" Juge et l'assassin "ou des" Enfants gâtés ".

(Little Bear / Gaumont / Pathé)

Mais Bertrand Tavernier, et c'est sans doute le plus émouvant, exhume surtout ces cinéastes oubliés de connot des succès commerciaux ou de prestige, collectif de victimes, victimes d'un manque d'attention de la critique, de arbitraire des chapelles et des modes, ou d'une fin de carrière décevante. Il force alors les regards à se braquer sur Maurice Tourneur, auteur, dans "Justin de Marseille", d'un voyageur qualifié de "scorsesien"; sur Anatole Litvak dont "la Dame dans l'auto avec lunettes and fusil" est l'un des films préférés de Quentin Tarantino; sur Raymond Bernard, fils de Tristan Bernard, interné à Drancy, signataire de la plus belle version des "Misérables", et amateur du cadrage oblique; sur Henri Calef – – et qui refuse de porter l'étoile jaune.

"Tu vas voir, c'est un con mais il a du talent …" Il redonne aussi aux femmes la place qu'elles méritent en réévaluant Jacqueline Audry, ancienne assistante d'Ophuls et de Pabst: dans les années 1950, elle s'essaye au western, puis au road-movie, et tourna des films dont les héroïnes débattaient du plaisir féminin. Il ne néglige pas non plus l'effet que lui fit "la Pointe courte", premier long métrage d'une débutante nommée Agnès Varda, auteur des chansons de "Clé de 5 à 7" et de "Lola".

(Archives du 7e art / Films Sacha Gordine / AFP)

Au milieu de tout cela, le réalisateur rediffuse un extrait d'une interview de son père, René Tavernier, directeur de la revue "Confluences" et résistant. Ou se remémore son métier d'attaché de presse avec son ami Pierre Rissient. Ensemble, ils révolutionnèrent le métier, dans les années 1960, en décidant – heureux hommes! – de ne rien faire que des films qu'ils aimaient, c'est-à-dire de préférer "Les créateurs et leurs options politiques et esthétiques aux vedettes et aux ragots de tournage". Ils se mirent alors au service de Chabrol, de Godard, de Melville et de côtoyèrent Eric Rohmer chez qui Tavernier relève "une attention aux nuances et aux beautés de la langue française", comme il décèle chez Jacques Deray "Un caractère bougon, secret, à l'image de sa ville natale, Lyon". Plus de nouvelles idées sur Claude Autant-Lara, coupable de proposer des antisémites impardonnables mais "frondeur de vérités pas toujours bonnes à dire", fils "Journal d'une femme en blanc", pur plaidoyer pour l'avortement. Bertrand Tavernier a souvent fait des polémiques sur sa sensibilité artistique. Une sortie de cette classe de maître, un cours, une fois plus, pour le défenseur d'un cinéma plus patrimonial qu'avant-gardiste. Les autres salueront ses exaltations à la fois profitables, intimes et terribles altruistes.

A partir du dimanche 16 septembre, un épisode par soirée à 23h35 sur France 5 (8×52 min) – Une série de Bertrand Tavernier – production Little Bear, avec la participation de France Télévisions.

Voyage 1 : "Mes cinéastes de chevet – première partie" : Jean Grémillon, Max Ophuls, Henri Decoin.
Voyage 2 : "Mes cinéastes de chevet – seconde partie" : Sacha Guitry, Marcel Pagnol, Jacques Tati, Robert Bresson, la musique de Jean -Jacques Grünenwaldt.
Voyage 3 : "Les chansons, Julien Duvivier" : Les réalisateurs auteurs de chansons, Julien Duvivier.
Voyage 4 : "Les étrangers dans le cinéma français – Le cinéma sous l'Occupation, l'avant-guerre" : Viktor Tourjanski, Robert Siodmak, Albert Valentin, Jean-Paul Le Chanois.
Voyage 5 : "La nouvelle vague de l'accouchement": Claude Autant-Lara, René Clément , Georges Clouzot.
Voyage 6 : "Les Oubliés": Raymond Bernard, Maurice Tourneur, Anatole Litvak, René Clair, Georges Van Parys, Jean Boyer.
Voyage 7 : "Les Méconnus": Louis Valray, Pierre Chenal, Henri Calef, Gilles Grangier, Les femmes réalisatrices
Voyage 8
: "Mes années 60": Pierre Granier-Deferre, Jacques Deray, Michel Resille, Jacques Rouffio, José Giovanni, Yves Boisset, Eric Rohmer…



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