Voyage chez les oubliés du Médoc : cette misère qui se cache derrière les grands crus

Voyage chez les oubliés du Médoc : cette misère qui se cache derrière les grands crus


La saison des vendanges a commencé plus tôt que d'habitude dans le Sauternais. Je roule en campagne quand je retrouve un nez avec une grosse bouteille de vin en plastique de trois mètres de haut, plantée au milieu d'une petite butte, sur un rond-point. Les ronds-points sont des chauvins, ils étalent la fierté du terroir. Je m’autorise un deuxième tour pour admirer l’objet, digne de l’œuvre d’art contemporain. Les témoins viticoles sont illisibles, rongés par la pluie et le vent. Sous une brume épaisse, je traverse ensuite la Garonne pour rejoindre Langon, au sud de la Gironde. Après un nouveau tour-point, alors que je passais sous la voie ferrée, j’étais un homme, je jouais à l’air, j’avais un peu moins de voix. Sa veste bleue délavée est trop longue. Par réflexe, je mets mon clignotant et moi rabats sur le côté. Il accourt.

– Je vais à Preignac, moi lance-t-il.
– Moi aussi.

Il monte dans la voiture. Je jette un oeil sur son visage émacié, mal rasé. Une frange aux cheveux de paille tombe sur son front ridé. Il a de grandes poches sous ses yeux bleu clair.

– Vous avez une belle voiture, dit-il pour lancer la conversation.
– C’est une voiture de location, je réponds.

A cinq petits kilomètres, on the m’explique qu’il n’était pas une voiture et que son scooter est en panne. Il se trouve entre l’hôpital de Langon et ses médicaments contre l’épilepsie. Il a fait une crise dans un rang de vigne. Touche-à-tout, Pierre travaille à Preignac, au Château Haut-Bergeron, producteur de vin blanc liquoreux, le fameux Sauternes. Depuis quelques mois à peine, il s'est débarqué dans la région, sans rien.

L’histoire de Pierre

Son histoire, c’est un homme qui pendent trente ans a sillonné la France, partout où il est possible de louer une force de travail. Pierre est une incarnation de la flexibilité. Il a fait les saisons dans la vigne en Bourgogne. Il est retourné la terre dans les fermes. Il a été gardien maître-chien à Paris pour les salons. Dans les Landes, son dernier lieu de résidence, il faisait les 3×8 dans une usine de conditionnement de saumon Labeyrie. Un froid de canard, mais il résistait bien.

Un jour, il apprend par le journal local que c'est un château vers Saint-Émilion recrute, en échange du gîte et du couvert. Les châteaux, partout en Gironde, aussi étrange que cela puisse paraître, peinent à trouver des saisonniers. Certains vont jusqu’à proposer des primes de présence et de paniers, voire des avantages en nature. Pierre décide de tenter sa chance. Il prend ses affaires et se lance dans une traversée des Landes et de la Gironde. Cent quatre vingts kilomètres en scooter. Arrivé là, le gérant du château lui explique que l’offre est périmée.

Dépend, il redescend vers Langon, une quarantaine de kilomètres au sud. Sans logement et sans emploi, en plein hiver 2016, on fabrique un cabanon de fortune près de Preignac, l’un des cinq villages de l’appellation Sauternes. Sans domicile fixe, Pierre s'est vu refuser une place dans un premier château.

À Préignac, à traîner et à discuter avec le personnel de la mairie, il finit par se faire embaucher au Château Haut-Bergeron. One Time The Contract Sign, il peut enfin chercher un logement. Il se trouve un ancien garage à vélo transformé en appartement. Lorsque je dépose, il m’invite à boire un café. Sur le rebord de la fenêtre, Pierre a posé une plante verte. Elle absorbe le gazole des milliers de voitures et de camions qui circulent sur cette route dépendante de Langon à Bordeaux.

Au premier coup d’œil, la cuisine semble correcte, les murs rose pâle propres. Cuisine américaine et grand écran de télévision sur une chaîne musicale du câble. Un cendrier est posé au milieu de la table. Pierre me tend une cigarette et me dit: "Tu peux m’appeler Pierrot."

Voici deux mois que ne paie pas le loyer. La peinture, c’est lui qui a refait, pour cacher les erreurs proliférantes avec l’humidité. C’est même son propriétaire qui lui a apporté le pot de peinture. Parce que c'est le dit, le propriétaire, que le logement est insalubre, moisi et mal isolé. Pierrot m’explique que cet homme ait plusieurs appartements dans cette rue de la République. Tous aussi bricolés les uns que les autres. Le propriétaire est un viticulteur. Nous sortons du deux-pièces. Pierre tient à boire l’apéro au café du coin. Il prend un pastis, moi une grenadine. Pierre a fait face à ses acolytes de bistrot. En discutant de tout et de rien, alors il me raccompagne à ma voiture.

Une pauvreté "intense"

Il y a trois ans, je ne suis pas aventuré dans le couloir de la pauvreté. J’étais partie for a new week for the journal of the occupants. C’est la lecture de la note de l’Insee Aquitaine datée de juin 2011, intitulée «Pauvreté en ville et à la campagne, plus intense de la pointe du Médoc à Agen», qui m’était conduite jusque dans le Bordelais. L’étude utilisée était une expression de «couloir de la pauvreté» pour caractériser ce territoire, et son mot «couloir», retourné à un lieu étroit et sombre, avait été éveillé à ma curiosité.

D’autant plus qui était baptisé ainsi de très sérieux économistes et démographes de l’Insee publiant chaque mois des notes de conjoncture économique, des thèmes et des territoires précis. En un quatre pages format A4, la note 194 compare les données statistiques de l'Insee Aquitaine avec celles de la Caisse d'allocations familiales ( CAF ) et de la Mutualité sociale agricole ( MSA ) et confirme que

les bénéficiaires du revenu de solidarité active ( RSA ) […] sont nombreux dans un territoire dépendant de la pointe du Médoc à Agen, englobant des secteurs ruraux et d’autres fortement urbanisés.

On détaille le profil des 60.000 personnes de moins de 65 ans qui vivent sous le seuil de pauvreté. A taux de pauvreté individuel, à l'abri de la pauvreté, ils sont comparables à ceux des pays les plus pauvres de France: Nord-Pas-de-Calais et Languedoc-Roussillon. Un peu plus loin dans les quatre pages, une carte de la région Aquitaine délimité très finement avec un liseré rouge avec les zones où frappe une pauvreté «intense».

L’expression «couloir de la pauvreté» se résume bien: il se débute dans le Haut Médoc, descend le long de la Gironde, et passe sur la droite de l’estuaire à la hauteur de Blaye. Il comprend ensuite le Libournais, le Sauternais et le Langonais, avant de terminer son parcours et de se rappeler à Agen et Villeneuve-sur-Lot. Autant de territoires qui m’étaient inconnus.

En novembre 2014, l'Insee Aquitaine publiait une nouvelle note: «Un nombre croissant d'Aquitants couverts par le RSA entre 2010 et 2013.» Elle se glisse dans le couloir. pauvreté », une aggravation de la situation. En 2015, je suis en route pour le Bordelais pour la première fois, à la rencontre de nombreuses familles démunies, de responsables d'associations et de travailleurs sociaux qui tentent, de répondre aux besoins.

Un cadre si charmant

Cette pauvreté est vraiment réelle, mais je n'ai jamais pensé de me retrouver ce printemps-là au cœur d'un paysage planté de vignes vertes, à la bordure de Garonne ou de Dordogne. Tantôt des petites villes médiévales fortifiées, tantôt des villages aux beaux châteaux datant du du XVIIIe siècle. Au premier coup d’œil, le cadre paraît si charmant. Sans vraiment m’en rendre compte, j’étais entrée dans la région bordelaise par son visage caché: la pauvreté. Pour découvrir ensuite les aspects les plus célèbres et les plus touristiques: les châteaux et leurs vignobles.

Comment était-il possible que ce soit une région si verdoyante et si elle pouvait bien renfermer? En superposant la carte du «couloir de la pauvreté» à celui des grands crus, la correspondance est évidente: les points les plus anciens et les allocataires du RSA se fondant avec nos meilleurs vignettes, notre plus beau terroir, et plus étendant sur une rayonne d'une soixantaine de kilomètres autour de ces îlots de richesse. Exception faite de la Haute Gironde, région historiquement pauvre du Blayais, qui produit du vin de table mais ne possède pas de grands châteaux classés. En 2015, les liens entre la pauvreté et les châteaux, je l'avais à peine effleurés.

Pour comprendre les raisons d'une telle coïncidence entre la carte de pauvreté et les cartes de grands crus, il fallait y retourner plus longuement, opérer un jour, il y a qui ont été modestement, voire misérablement, et ceux , bien mieux lotis, qui possèdent les grands vignobles.

Pendant un an et demi, je sillonne ce couloir de 250 kilomètres de long sur 60 kilomètres de large, de Pauillac à Saint-Émilion, jusqu’au Sauternais. Trois territoires proches des uns des autres, positionnez-vous à cinquante kilomètres de Bordeaux, capitale du vin. This dédale and this enchaînement of communists in Florence, une fille de Florence et une fille de Florence à Verdelais, dans la caravane de Samuel et Mélinda à Pujols-sur-Ciron, dans la HLM d'Émilie à Castillon-la-Bataille, ou dans le studio de José et Asma à Pauillac. Mais aussi dans les mairies, les petites propriétés viticoles et les grands châteaux.

Le vignoble, une vieille histoire d’enrichissement

Le contraste persiste et précis. Mes questions aussi: pourquoi ces vins coûtent-ils si cher? À qui appartient les propriétés? Pourquoi les villages qui sont entourés sont-ils si délaissés? De quoi vivent leurs habitants? Pourquoi les moyens de transport sont-ils peu développés? Comment cohabitent ces vies qui s'opposent et se retrouvent pourtant le même territoire?

Peu à peu, la face visible de certains interlocuteurs à la simple évocation du sujet, j'ai senti à quel point associer la splendeur d'un patrimoine des plus importants de la France à la précarité s'avérait une entreprise délicate, presque malvenue. Chacun sait combien de vins de la région bordelaise sont liés comme un pilier et une vitrine de notre économie viticole, et plus encore de notre identité française.

Si vous êtes dans l'histoire culturelle du vin, une histoire, les contrastes sociaux qui sont dévoilés dans le Médoc, le Sauternais et le Libournais Stéphanie Lachaud, historienne de la vigne et du vin de l’époque moderne me confirme:

Historiquement, ces contrastes ont un sens. Ces trois territoires ont été capturés très tôt par les élites économiques bordelaises. Dès le XVIe siècle, les marchands bordelais s’enrichissent et investissent beaucoup dans les espaces viticoles. Profitant des crises climatiques et économiques, ils agissent au détriment des petits vignerons. Ces derniers perdent alors leur indépendance et deviennent des manouvriers à la solde des grandes exploitations. Sauternais, the technique of vendange is no one of the châteaux font appel à un personnel attitré de confiance, avec un savoir-faire qui n’est pas très bien rémunéré mais qui veut des avantages en nature. Et ce fonctionnement existe toujours. Pour les grands domaines, partout en Gironde, on trouve des équivalences.

Une réalité cachée

Ce fonctionnement, j’ai voulu comprendre, et les rencontres avec ceux qui coulent ne m’autorisaient pas d’entrevoir une réalité un peu moins connue, que ce soit l’autre soit à ignorer, soit à garder cachée. Tous les hommes et les femmes qui vivent dans le couloir de la pauvreté ont un lien avec la vigne, qu’ils soient directs ou indirects. Tous ont eu recours, vivent ou survivent grâce à des emplois inhérents à la viticulture.

The Economic Economic System in Bordelais propose aux grands châteaux une position dominante et prestigieuse, qui est traduite au niveau international par des bénéfices mirobolants, et au niveau local par leur emprise foncière et leur capacité d’emploi. En amont et en aval, la filière vitivinicole se compose d'une foule de secteurs gravitants autour du produit fini, avec de forts besoins de main-d'œuvre.

Depuis quelques années, les entreprises ou prestataires de services, à l'arrivée des châteaux sous-traités, des travaux viticoles, gagnent du terrain. L’œnotourisme de luxe est en voie de développement. Les entreprises de fabrication de bouteilles aux grands groupes s’agrandissent. Dans le même temps, les contrats saisonniers précaires se généralisent.

The wining the insights of the important law of the region bordelaise, who's you old, old that's one time, jamais, il n'y en a jamais plus. The time of châtelains qui ont été logés et nourrissés par le paternalisme au XIX et siècle, ce qui a été empêché par les forces syndicales et les coopératives ouvrières de prendre de l’essor.

Aujourd’hui encore, derrière la carte postale luxueuse et idyllique, quatre fois mille fois ballantes par les saisons.

© Rouergue

 Eric Aeschimann "class =" img-profil "/> </figure>
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